
Dédicace
À toute famille algérienne ayant donné un martyr pour la libération
de l’Algérie. Je dédie cette image lumineuse et pure du combat et du
sacrifice, celle qu’a tracée et incarnée le martyr Bouzidi Mohamed, «
Ogb-Ellil ».
| Introduction | 1 |
|---|---|
| Les contradictions de la Révolution | 2 |
| Une personnalité révolutionnaire singulière | 5 |
| Ogb-Ellil | 18 |
| Si Ahmed El Bouzidi | 25 |
| Essaïem Abdelkader | 26 |
| Si Ben Yahia El Bouzidi | 27 |
| Essaïem Essaïem | 27 |
| Hamdaoui El Mamoun | 28 |
| Le ralliement à la Révolution de libération et la direction du cinquième secteur |
30 |
| Organisation des secteurs | 36 |
| Organisation du cinquième secteur et déclenchement des opérations révolutionnaires |
38 |
| Centre de Moutas | 41 |
| Centre de Zegdouna | 41 |
| Centre de Wassar | 42 |
| Tlemcen, bastion des groupes de fidaïs | 47 |
| Bekhti Abderrazak | 52 |
| Le martyr Bouzidi Ahmed | 54 |
| Batailles et exploits | 58 |
| Opération de Sidi Yahia (El Kef) | 60 |
| Attaque de Wassar | 61 |
| Embuscade d’Es-Souiq | 61 |
| Opération de sabotage du train | 61 |
| Bataille de Sadd En-Nemr | 62 |
| Embuscade de Berbata et siège de Sabra | 64 |
| Bataille d’Er-Raha | 71 |
| Bataille d’Aïn El Ban (9-11 août 1956) | 76 |
| Le complot et le martyre | 83 |
| Mohamed Boudiaf | 107 |
| Abdelhafid Boussouf | 108 |
| Houari Boumediene | 112 |
| CONCLUSION – La Révolution et les criminels de la Révolution | 114 |
Introduction
Ce livre est une brève tentative pour faire connaître la personnalité
d’un héros de la Révolution de libération et d’un vaillant combattant,
que la direction d’Oujda, avec à sa tête Boussouf et Boumediene, s’est
employée à effacer et à faire disparaître de la mémoire de la
Révolution, sans y parvenir. Le nom de cet homme a continué d’être sur
toutes les lèvres, et son parcours ainsi que ses exploits ont continué
d’être racontés et transmis de génération en génération.
D’un autre côté, il constitue également un appel à la nécessité
d’explorer et d’examiner avec précision les événements et l’histoire de
la Révolution de libération, et à lever le voile sur ses différents
hommes, afin de distinguer ses véritables chefs et héros de ceux qui se
prétendent tels, des falsificateurs et des conspirateurs, car tout cela
restera étroitement lié à l’avenir de l’Algérie et exercera une
influence profonde sur la marche de son peuple, soit vers le déclin,
soit vers le mieux.
Les contradictions de la Révolution
Toute révolution générale dont les événements apportent des
changements radicaux et profonds se caractérise, quelles que soient ses
circonstances historiques ainsi que la nature de ses objectifs et de ses
finalités, par la formation, au cœur de ses événements, de ses batailles
et de ses luttes acharnées, et dès le départ, de trois catégories
fondamentales de personnes. Celles-ci atteignent un degré de clarté et
de différenciation tel qu’elles finissent par devenir distinctes et
parfois opposées, différentes par leur nature humaine et contradictoires
dans leurs orientations, puis dans leurs intentions et leurs
objectifs.
La première catégorie est celle des chefs et des héros. Ce sont des
hommes sincères dans les engagements qu’ils ont pris, fermes dans leur
foi et leurs principes, soucieux de les mettre en œuvre, de s’y tenir et
de les élever. Ni les horreurs ni les difficultés ne les en détournent ;
leurs qualités sont la sincérité, le dévouement et le sacrifice.
La deuxième catégorie est celle des conspirateurs et des manœuvriers.
Ce sont des hommes d’hypocrisie et d’ostentation ; leurs positions ne
sont pas claires, mais tortueuses et obscures. Dans tous leurs actes,
ils affectent ce qui n’appartient ni à leur nature ni à leur conviction.
À eux s’applique le sens du verset coranique qui dit : « Il est
grandement odieux auprès de Dieu que vous disiez ce que vous ne faites
pas. » Ceux-là guettent les autres et se replient vers les lignes
arrière, afin d’éviter les dangers et de se préserver des horreurs de la
Révolution. Ils planifient avec ruse et habileté pour un jour qu’ils
considèrent comme devant inévitablement venir. C’est pourquoi ils
recourent aux intrigues et aux complots contre quiconque se dresse
devant eux et s’oppose à cette nature ou à cette orientation
suspecte.
La troisième catégorie est celle des traîtres. Ceux-ci s’opposent
ouvertement et publiquement à la Révolution et à ses desseins ; ils ne
croient ni à ses objectifs ni à ses orientations. Ils n’hésitent donc
pas à rejoindre le camp des ennemis, auquel leur destin est lié et sur
lequel reposent leurs intérêts. Avant toute chose, ils voient dans cette
position une bonne décision et un choix judicieux, voire de la
perspicacité et une grande intelligence.
S’il est naturel que des individus de ces trois catégories se
trouvent dans chaque lieu de la Révolution et à tous les niveaux, parmi
le grand public comme au niveau de l’élite et de la direction,
l’essentiel est que chaque individu, quelle que soit sa position, agisse
et s’imprègne de ce qui correspond à la nature de l’une ou l’autre de
ces catégories.
Il est peut-être nécessaire de signaler, dans ce contexte, que la
Révolution algérienne de 1954 compte parmi les plus importantes
révolutions de libération du XXe siècle dans lesquelles se sont
constituées ces trois catégories fondamentales. On peut même dire que,
dès le déclenchement de la Révolution algérienne, se sont déclenchés
avec elle les exploits des héros, aux côtés des complots et des
intrigues des conspirateurs et de la trahison des traîtres défaillants.
Tout cela s’est cristallisé en même temps et s’est incarné sur un
terrain commun unique : le terrain de la Révolution. Des hommes se sont
voués à combattre le colonialisme et se sont engagés dans le sacrifice ;
d’autres se sont voués aux complots et aux intrigues ; d’autres encore
ont persisté dans la trahison et se sont accrochés à l’esprit
défaitiste.
Il convient de signaler à cet égard que, si ces trois catégories
étaient distinctes et clairement identifiables pendant la Révolution de
libération, leur situation est devenue confuse durant la période de
l’indépendance et s’est fortement imbriquée, notamment entre la
catégorie des héros et celle des conspirateurs. Cette dernière catégorie
a pu prendre le contrôle et s’infiltrer dans les centres du pouvoir,
puis jouer avec les intérêts de la société algérienne après avoir établi
un système politique fondé sur les complots, les intrigues et les
assassinats, dans une absence presque totale de ces véritables chefs et
héros qui représentaient réellement les espoirs et les aspirations de la
nation pendant la Révolution de libération. La réalité confirme qu’ils
sont morts et tombés en martyrs dans leur écrasante majorité. Quant à
ceux d’entre eux qui ont vécu jusqu’à l’indépendance, ils ont subi
persécutions et sévices au point de se retirer des événements,
abandonnant le destin de l’Algérie aux agissements des fauteurs de
troubles et aux complots des conspirateurs.
Ces trois catégories, au sein de la Révolution algérienne, n’ont
jamais été des catégories fermées et absolues, sans augmentation ni
diminution : il existait des erreurs et des insuffisances parmi les
chefs et les héros, comme il existait des prises de position et de la
modération parmi les conspirateurs,
ainsi qu’un réveil de la conscience chez les traîtres. Malgré cela,
rien n’a empêché le destin de la Révolution algérienne d’être
étroitement lié à la situation de ces trois catégories. Cela n’a pas non
plus empêché le destin et l’avenir de l’Algérie indépendante d’être liés
aux orientations de la catégorie qui s’est emparée du pouvoir et a
réussi à gouverner. À partir de ces contradictions, nous pouvons
certainement comprendre, d’une manière ou d’une autre, pourquoi la
situation de la société algérienne s’est dégradée dans tous les domaines
et pourquoi le système politique n’a pas réussi à se hisser au niveau
des aspirations et des espoirs de la Révolution, au fil des différentes
transformations qu’il a connues depuis l’indépendance de l’Algérie.
Une personnalité révolutionnaire singulière

Le martyr Bouzidi Mohamed « Ogb-Ellil »
« Ogb-Ellil » faisait partie de ces Algériens appartenant à la
première génération des chefs et des héros qui ont pu lancer la
Révolution de libération avec une sincérité et un dévouement absolus. Il
combattit l’armée coloniale avec courage et bravoure, affronta les
conspirateurs et les défaillants et leur tint tête alors qu’ils fuyaient
et se repliaient vers les lignes arrière. Il suivit également la trace
des traîtres et eut, à cet égard, des positions remarquées. Il forgea
ainsi sa personnalité révolutionnaire singulière, jusqu’à devenir connu
de tous pour son courage et son audace dans le combat et le sacrifice.
Il affronta danger après danger, sans esquive, hésitation ni recul. Pour
cela, il fut aimé de tous, et son rang s’éleva et se distingua sur le
terrain de la Révolution et de ses batailles.
Le détenteur de cette personnalité révolutionnaire était ferme et
rigoureux ; son visage portait des regards aigus et pénétrants, qui
semblaient sonder les profondeurs. Partout, son nom évoquait la fermeté,
la détermination et la discipline. Il était une source de terreur dans
les rangs de l’armée coloniale et parmi les colons. Dans les campagnes,
les mères effrayaient souvent les enfants lorsqu’ils pleuraient la nuit
en leur disant : « Arrête de pleurer, sinon Ogb-Ellil va t’entendre. » À
Tlemcen, où son nom était devenu courant depuis le déclenchement de la
Révolution, certains imaginaient que cet homme pouvait se trouver
partout et à tout moment. Des histoires furent racontées à son sujet :
certaines relevaient d’une réalité établie, d’autres étaient des
exagérations ou de l’imaginaire. La raison de tout cela n’était sans
doute que sa renommée, après qu’il eut acquis une grande maîtrise de
toutes les opérations révolutionnaires qu’il mena aux côtés des
moudjahidine. À ce propos, l’un des héros de la Révolution dans l’Ouest
algérien, le martyr Bousif, chef du troisième secteur, déclara un jour,
s’adressant1 à un groupe de moudjahidine : « Nous
tous, chefs de secteurs, menons de temps à autre des opérations et des
embuscades contre l’armée coloniale ; malgré cela, celui qui acquiert la
renommée et dont le nom est cité parmi les gens n’est autre
qu’Ogb-Ellil. » On lui attribuait la plupart des actions héroïques,
qu’il en fût lui-même l’auteur ou qu’elles eussent été accomplies par
d’autres moudjahidine.
Je ne connais aucun homme de la Révolution de libération qui, en une
courte période de lutte, ait porté autant de noms. Cet homme était connu
sous les noms suivants : « Mohand Lahcène », « Si Mokhtar », « Ogb-Ellil
», « Abdou », « Abbadi ». Il est évident que cette multiplicité de noms,
pour cette personnalité révolutionnaire, répondait nécessairement à un
besoin : se dissimuler aux yeux de l’administration coloniale ainsi
qu’aux yeux des harkis et des vendus. Elle témoigne aussi fortement de
l’acharnement de la police coloniale et de ses services de renseignement
à suivre ses traces et à le rechercher afin de le tuer ou de
l’arrêter.
Comment aurait-il pu en être autrement, alors que les moudjahidine
placés sous son commandement infligeaient à l’armée coloniale de lourdes
pertes lors d’attaques et d’opérations successives, qui se soldaient le
plus souvent par la victoire et la supériorité sur l’ennemi ? La volonté
acharnée de l’administration coloniale d’éliminer ce révolutionnaire
authentique apparut clairement lorsqu’elle prit une mesure sans
précédent dans toute la région : elle fixa, vers la fin de l’année 1956,
une récompense financière estimée à environ trente-cinq millions de
francs, généreusement promise à quiconque fournirait, d’une manière ou
d’une autre, des renseignements sur le lieu où il se trouvait. Cela
survint après que les moudjahidine, sous son commandement, eurent
assiégé puis investi le village de Sabra.
Ainsi, Ogb-Ellil était un révolutionnaire au sens véritable du terme.
Les significations et les fondements de la Révolution s’incarnaient dans
sa personnalité, et même dans tous ses comportements et toutes ses
attitudes, quelles que fussent les circonstances. Il disait souvent aux
moudjahidine, lorsqu’ils pensaient au sort de leurs enfants et se
souvenaient d’eux tandis que les difficultés et les dangers les
encerclaient de toutes parts : « Nos enfants sont comme n’importe lequel
des Algériens… Le premier jour, ce ne sont pas nos enfants envers qui
nous nous sommes engagés ; c’est envers le peuple algérien que nous nous
sommes engagés, afin de le libérer… » Je me demande s’il existe des
paroles plus éloquentes que celles-ci pour exprimer la sincérité du
sacrifice et le dévouement à la patrie ! Quoi qu’il en soit, toute la
fierté revient à Ogb-Ellil et aux martyrs qui lui ressemblent.
Pour rendre hommage à son rang, il suffit de signaler que les gens se
souviennent encore de ses exploits malgré le passage de dizaines
d’années. C’est un amour qui a atteint dans leurs cœurs un degré dont on
entend rarement parler ailleurs. Cet homme était connu pour faire passer
les moudjahidine avant lui-même en toute chose. On le vit souvent
remettre son arme préférée à l’un des moudjahidine simplement parce que
celui-ci souhaitait posséder une arme de ce type. Il ôta également à
maintes reprises sa chemise pour la donner à un autre moudjahid après
avoir constaté que la sienne était déchirée à un endroit. C’est par ces
gestes simples qu’il construisait ses attitudes, ce qui conféra à sa
personnalité une efficacité et une audace incomparables. Certains
moudjahidine qui l’accompagnèrent et vécurent la lutte avec lui
racontent qu’un jour, durant l’été 1955, alors qu’il traversait la
région d’Ouled Riah, un territoire situé entre Zenata et Sabra, il
rencontra sur son chemin un vieil homme envahi de tristesse et
d’affliction, contemplant son champ couvert d’orge dont les épis
commençaient à tomber alors que la saison des moissons était arrivée. Il
le salua puis lui demanda : « …Pourquoi as-tu laissé cette orge tomber
sans l’avoir encore moissonnée ? » Le vieil homme répondit qu’il n’y
avait, dans toute la région, aucun homme susceptible de l’aider à
effectuer la moisson ; il ne trouvait devant lui que des femmes et des
enfants. Ogb-Ellil quitta les lieux, laissant le vieil homme dans son
état d’incertitude et d’angoisse. Mais quelle ne fut pas sa surprise
lorsque, le lendemain, il revint sur son champ et vit un groupe de
moudjahidine, faucilles à la main et fusils sur les épaules, absorbés
par la moisson en plein jour. Ils ne quittèrent les lieux qu’après avoir
achevé leur travail de la meilleure manière.
Il ne fait aucun doute que les qualités de cet homme révolutionnaire
étaient nombreuses, au point que les gens continuèrent à les évoquer
sans lassitude, pendant comme après la Révolution. Elles allaient de son
extrême souci de préserver la Révolution – en cela semblable à la
première génération des révolutionnaires algériens – à sa fermeté en
tant que chef révolutionnaire, en passant par la pureté de ses
intentions et la qualité de son caractère, notamment dans ses rapports
et ses relations avec les moudjahidine. À côté de cela, il était dur et
d’un tempérament vif ; il n’hésitait ni ne reculait devant les missions
révolutionnaires, quelle qu’en fût la dangerosité. Ses positions
révolutionnaires étaient une « épée tranchante » qu’il incarnait sur le
terrain ; même face à la difficulté, rien n’était plus important que
l’intérêt de la Révolution. C’est pourquoi ses réactions étaient souvent
sévères et décisives envers certains éléments révolutionnaires qui
hésitaient ou se montraient défaillants dans l’exécution de certaines
opérations. Lors de l’une de ses visites à Tlemcen, au premier ou au
deuxième mois de l’année 1956, il rencontra plusieurs responsables
locaux de la ville : Ibrahim El Arbi, Bouayad, Brikci Rqiq Abdelhamid et
Mustapha Ben Yelles. Il affronta ce dernier avec dureté et le réprimanda
sévèrement en raison de son hésitation à exécuter certains ordres
révolutionnaires. À partir de ce moment, cet homme, troublé par
l’incident, se mit à rédiger des rapports secrets sur son chef à
l’intention du « groupe d’Oujda », avec lequel Ogb-Ellil était entré en
profond désaccord parce qu’il avait transféré la direction de la
Révolution vers la ville marocaine d’Oujda.
Il existe à ce sujet de nombreux récits et de nombreuses prises de
position. Ainsi, par exemple, il avait l’habitude de dire à tous ceux
qui faiblissaient ou avaient peur dans de telles situations : « Tu dois
appliquer les ordres de la Révolution, même s’ils mettent ta vie en
danger… Quant à toi, si tu as peur de mourir, sache avec certitude que
nous mourrons tous un jour. L’essentiel est que la vie de la Révolution
continue et demeure, car il y aura nécessairement, à tout moment, des
Algériens pour nous succéder. » Parmi les exemples qui montrent un autre
aspect de la personnalité de ce révolutionnaire figure ce que rapporte
le moudjahid Antar. 2Ce moudjahid, qui avait fui l’armée
coloniale, rejoignit les moudjahidine au début de l’année 1956. Au
moment de sa fuite, le martyr Larbi Ben M’hidi, chef de la Révolution
dans l’Ouest algérien, se trouvait en réunion avec Ogb-Ellil sur le
territoire de Zegdouna. Il fut alors recruté dans 3l’organisation du cinquième secteur,
en leur présence à tous les deux, avant de devenir par la suite un
meneur intrépide de nombreuses opérations révolutionnaires couronnées de
succès contre l’armée coloniale et ses positions.
Ce moudjahid raconte qu’après avoir rejoint la Révolution, il
découvrit, contrairement à ce qu’il imaginait, que les moudjahidine des
structures du cinquième secteur étaient organisés militairement d’une
manière qui n’était en rien inférieure à l’organisation de l’armée
coloniale. Il vit aussi que les combattants disposaient de nombreuses
armes automatiques et lourdes. De temps à autre, leur chef Ogb-Ellil les
rassemblait pour leur donner ce que le langage de la Révolution appelait
« la leçon », c’est-à-dire une brève allocution destinée à instruire et
orienter les moudjahidine de manière à renforcer leur enthousiasme
révolutionnaire. Comme à son habitude, il achevait ensuite ses paroles
en les informant de toutes les nouveautés concernant la marche de la
Révolution. Il leur lisait notamment les noms des moudjahidine tombés au
champ d’honneur, puis concluait le tout par la récitation de la Fatiha
et la lecture du verset coranique : « Ne crois pas que ceux qui ont été
tués dans le sentier de Dieu soient morts ; ils sont au contraire
vivants auprès de leur Seigneur et reçoivent leur subsistance. »
Ce moudjahid raconte également qu’Ogb-Ellil se montra méfiant et peu
rassuré à son sujet pendant les premiers jours qui suivirent son
ralliement à la Révolution, parce qu’il venait directement de l’armée
française sans contact préalable. Il mit donc secrètement en place un
dispositif destiné à le surveiller et à suivre ses mouvements. Ses
soupçons ne cessèrent qu’après l’avoir mis à l’épreuve au moyen d’une
opération offensive audacieuse qu’il planifia et exécuta lui-même. Cette
opération visait à incendier et détruire la ferme Giron, dans les
environs de Remchi, en mai 1956 ; la presse coloniale de l’époque la
mentionna dans le journal « L’Écho 4d’Oran ». L’opération se
solda par la destruction complète des lieux, la mort de trois membres de
l’armée française et la prise de plusieurs armes automatiques.
Le moudjahid Antar se souvient encore de tout cela avec fierté,
d’autant qu’à la suite du succès de cette opération, Ogb-Ellil le nomma
chef d’un groupe de moudjahidine dans le cinquième secteur. Il joua dès
lors un rôle dans l’entraînement des nouveaux moudjahidine au maniement
des différentes armes. Il acquit également une large renommée en
participant à de nombreuses batailles et opérations
révolutionnaires.
On peut également dire que le courage et la noblesse de ce
révolutionnaire authentique, « Ogb-Ellil », ne se manifestaient pas
seulement dans ses combats contre l’armée coloniale, mais aussi dans son
soutien aux moudjahidine, dans sa défense5 de
ceux-ci par tous les moyens et dans l’élévation de leur moral, tantôt
par des orientations, tantôt par des prises de position fermes. Il n’est
donc pas étonnant qu’il soit devenu, dans toute la région frontalière de
l’Ouest,
un modèle de sacrifice et d’attachement aux principes, à
l’inviolabilité et au caractère sacré de la Révolution. Lorsqu’il
réprimanda et menaça « Houari Boumediene » dans une situation critique,
cela exprimait précisément la fermeté de ses positions révolutionnaires
et reflétait sa grande sensibilité à l’égard des choses sacrées de la
Révolution et du djihad, auxquelles il ne permettait aucune atteinte,
quelles que fussent les circonstances.
Après qu’Abdelhafid Boussouf, qui était lui-même l’adjoint du martyr
Larbi Ben M’hidi, eut confié à Houari Boumediene la responsabilité
d’inspecteur général de l’armée en octobre 1955, celui-ci demeura
quelques semaines dans la région du cinquième secteur, dirigé par «
Ogb-Ellil », afin d’y exercer cette mission. Alors qu’il enseignait des
mouvements militaires à un groupe de débutants qui venaient de rejoindre
les rangs des moudjahidine, dans un lieu situé entre les montagnes de
Moutas et d’Ahfir, l’un des moudjahidine se troubla et se trompa en
exécutant le mouvement de demi-tour. Houari Boumediene se mit en colère
et, ne pouvant se contenir, lui lança avec emportement : « Ton Seigneur
! Je t’ai dit : demi-tour ! » Cette injure tomba comme la foudre sur ce
simple soldat rural. Il n’avait jamais entendu pareille chose parmi les
moudjahidine, qui étaient tous liés par un esprit de tolérance et de
djihad. Il ne comprenait pas non plus comment un tel comportement
pouvait émaner d’un responsable de la Révolution de ce rang. Le
moudjahid se retira des rangs, s’isola dans un endroit et y resta sans
bouger ni parler à personne, dans un état de profonde détresse et de
grande tension.
Il ne fallut pas longtemps pour que la nouvelle de cet incident
parvienne à Ogb-Ellil, qui rejoignit immédiatement ce groupe de
moudjahidine, puisqu’il se trouvait dans un lieu voisin et proche,
tandis que Boumediene était encore sur place. Dès qu’il l’aperçut, il le
scruta de son regard aigu, puis lui dit d’un ton dur et sévère : «
Sais-tu, Boumediene, que ce moudjahid que tu as insulté en visant le
Seigneur a laissé sa femme et ses enfants et rejoint les montagnes afin
de libérer l’Algérie, et que nous ne lui avons rien donné en échange,
jusqu’à ce que tu arrives, je ne sais d’où, pour le récompenser avec
toute cette insolence en insultant le Seigneur ? Par Dieu, puis par
Dieu, si je t’entends recommencer cela en face d’un seul moudjahid, je
te ferai disparaître dans un ravin », c’est-à-dire : je creuserai ta
tombe dans l’un des ravins. Naturellement, Boumediene connaissait
parfaitement les attitudes d’Ogb-Ellil, dominées par la dureté et la
fermeté. Il était également convaincu que cet homme ne proférait jamais
une menace sans la mettre à exécution. Il savait tout cela parce qu’il
l’avait observé de près dans des situations comparables, qu’il s’agisse
de sa fermeté face à l’armée coloniale et aux traîtres ou de la
nécessité d’imposer discipline et décision dans la conduite des
exigences de la Révolution.

Houari Boumediene en compagnie du moudjahid Ben Dahmane Mohamed
dans la région de Moutas, à l’intérieur du cinquième secteur, à la fin
de l’année 1955
Cet incident, et l’humiliation qu’il avait infligée à Boumediene
devant un groupe de moudjahidine, suffirent pour qu’à partir de ce
moment sa psychologie se charge de rancœur et de haine, et qu’il
nourrisse de mauvaises intentions à l’égard d’Ogb-Ellil. Il s’imprégna
6d’un esprit de vengeance au point de
veiller ensuite avec le plus grand soin à ne pas se trouver au même
endroit qu’Ogb-Ellil. Ces sentiments grandirent peu à peu en lui,
notamment après son départ pour Oujda au sein du « groupe d’Oujda »,
jusqu’à ce que son souci principal devienne de travailler, par tous les
moyens et toutes les voies, à se débarrasser de ce valeureux héros
révolutionnaire.
Ainsi, les réactions révolutionnaires et décisives de ce moudjahid
furent la cause de sa renommée et de son ascendant parmi les
moudjahidine, et même auprès de l’ensemble de la population. Mais elles
furent aussi, d’un autre côté, la cause de rancœurs et de ressentiments
dans l’esprit de ceux dont les dispositions personnelles ne leur
permirent pas d’atteindre sur le terrain un tel rang ni de tels
exploits. Ils finirent par se replier sur eux-mêmes dans la ville
d’Oujda, puis par se consacrer à la préparation de complots contre les
véritables héros de la Révolution, avant de se contenter d’une direction
administrative de la Révolution depuis l’extérieur de la Révolution, à
l’abri de tous les dangers et loin de toute prise de risque.
On peut dire que les attitudes et les exploits racontés au sujet de
ce solide chef révolutionnaire suscitent l’admiration. Il s’agissait
souvent de situations où une grande dureté s’alliait à une belle
douceur. En voici un exemple :
Dans la campagne de la région du village de Sabra, une personne
n’était pas convaincue qu’une révolution contre le colonialisme eût
commencé quelques mois auparavant. Il ne lui venait pas à l’esprit qu’il
existait des moudjahidine entraînés et armés qui affrontaient l’armée
coloniale, car il n’en avait encore jamais vu aucun. Cet homme répandit
ainsi beaucoup de doute et d’incertitude parmi les habitants de sa «
dechra », surtout lorsqu’il se mit à dire publiquement aux gens : «
Comment ces fugitifs dans les montagnes, qui sont peu nombreux et ne
possèdent que des fusils de chasse et des poignards, pourraient-ils donc
affronter des chars et des avions de guerre ? Voilà bien quelque chose
qui appelle l’étonnement et la dérision ! »
Afin de traiter cette situation et de faire face à ces rumeurs,
certains moudjahidine proposèrent qu’il fût nécessaire d’éliminer cet
homme et d’en faire un exemple pour quiconque serait tenté de propager
de telles rumeurs démoralisantes et génératrices de doute. Ogb-Ellil ne
retint cependant pas cette proposition et eut un autre avis. Il ordonna
que les différents groupes de moudjahidine fussent rassemblés et placés
en état d’alerte et de préparation, équipés de tous les moyens
militaires disponibles, armes légères comme armes lourdes, puis qu’ils
pénètrent dans la dechra au coucher du soleil. Ainsi, tous les
habitants, y compris l’homme qui propageait ces rumeurs, verraient la
réalité des moudjahidine : leur discipline extrême, leur pleine
préparation, leur volonté et la variété de leurs armes, ce qui
montrerait clairement leur capacité à affronter l’armée coloniale, si
grandes que fussent sa puissance et ses ressources.
Ce fut quelque chose de saisissant pour les habitants de la dechra
lorsqu’ils virent ce qu’ils virent au sujet des moudjahidine et
constatèrent l’étendue de leur équipement et de leur préparation à
entrer dans la guerre et le combat. Cette démonstration était sans doute
suffisante pour convaincre tout le monde du sérieux de la Révolution et
de la réalité des capacités des moudjahidine, d’autant plus que ces
habitants n’avaient jamais vu auparavant aucun de leurs groupes avec une
telle apparence, une telle organisation, une telle force et une telle
détermination.
Une autre situation témoigne à la fois de la dureté et de la
souplesse de cet homme révolutionnaire. Un jour, l’un des valeureux
moudjahidine, appelé « Belarbi El Wahrani », qui faisait partie du
groupe spécial l’accompagnant en permanence, s’entretint seul avec lui.
Cet homme courageux avait été capturé par l’armée coloniale à la suite
d’une embuscade soudaine, mais il avait réussi peu après à lui échapper
d’une manière tout à fait spectaculaire, alors même qu’il avait les
mains et les pieds liés et qu’une voiture « Jeep » le tirait au moyen
d’une corde serrée autour de son cou. Malgré cela, il réussit à échapper
à la mort et revint dans les rangs des moudjahidine. Ce moudjahid
s’isola donc avec son chef, hésitant et perplexe, puis finit par lui
dire directement : « Ne penses-tu pas, Ogb-Ellil, que lorsque l’Algérie
deviendra indépendante, d’autres gens viendront, peut-être parmi les
traîtres ou parmi ceux qui dirigent la Révolution depuis l’autre côté
des frontières – le groupe d’Oujda -, qu’ils prendront le contrôle de
tout au nom des martyrs et se disputeront les sièges et les postes,
tandis que nous, les véritables moudjahidine, nous nous trouverons dans
la situation de spectateurs regardant de loin le “festin” ? Quel sera
alors notre sort, celui de nos enfants, et quelle place aurons-nous dans
l’Algérie libre et indépendante ? »
Ogb-Ellil fut stupéfait par ce qu’il entendit de son compagnon de
djihad. Il le contempla longuement, puis lui dit d’un ton très courroucé
et sévère, mais en même temps mêlé de douceur et de tendresse : « Je
pense que ce que tu dis est juste. Je peux même t’assurer que beaucoup
de lâches et de pseudo-moudjahidine, qui n’ont pas tiré une seule balle
contre l’ennemi et n’ont participé à aucune bataille, se transformeront
du jour au lendemain, après l’indépendance de l’Algérie, en héros et en
chefs, sans parler des mensonges et des prétentions qu’ils raconteront
aux gens à propos de leurs propres exploits. Mais malgré tout cela,
écoute-moi bien : Dieu soit loué que tu m’aies dit cela alors qu’il n’y
a personne d’autre que nous. Je jure par Dieu le Très-Haut, et je jure
par le sang des nobles martyrs, que si tu répétais de telles paroles
devant un autre moudjahid, je te tuerais de ma propre main, et tu sais
pourtant que la place que tu occupes auprès de moi et l’affection que je
te porte sont plus grandes et plus chères que celles que j’ai pour mes
propres enfants. »
Ce moudjahid s’en alla avec en lui une certaine détresse, se sentant
comme s’il avait commis un péché ou une grave faute. Mais au fil des
jours, avec l’accumulation des expériences et des observations, il
saisit et comprit le sens et la portée de ce que son compagnon de djihad
avait voulu lui dire en s’adressant à lui d’un ton aussi dur, au point
de ne pas hésiter à le menacer de mort. Il comprit que, quelle que fût
la réalité de ceux qui prendraient le contrôle de l’Algérie à l’avenir,
et quels que fussent les bouleversements de la situation permettant aux
lâches et aux conspirateurs de bondir des obscures lignes arrière vers
le premier plan et le commandement, rien de tout cela ne devait, en
aucune circonstance, justifier la diffusion de telles suppositions,
représentations ou suspicions parmi les moudjahidine. Il fallait éviter
d’affaiblir leur ardeur ou d’émousser leur détermination à réaliser leur
objectif fondamental et unique : libérer le peuple algérien, rien
d’autre.
Les circonstances voulurent que ce moudjahid vécût assez longtemps
pour voir l’Algérie indépendante et pour voir le « groupe d’Oujda » et «
d’autres groupes » se précipiter et gagner la capitale à la vitesse de
l’éclair afin de prendre le contrôle des centres de puissance, en
s’appuyant pour cela sur la force de l’armée et du renseignement. Il les
vit se battre et rivaliser pour s’emparer du pouvoir et, à cette fin,
déclarer la guerre à toutes les autres parties. Ils ourdirent des
complots, art dans lequel ils avaient été parfaitement entraînés pendant
les années de Révolution à Oujda, sous la direction et la formation
d’Abdelhafid Boussouf. Ils assassinèrent tout opposant et tout
contradicteur, à l’intérieur comme à l’extérieur et où qu’il se trouvât.
C’est à partir de là que fut établi et formé le cœur du système
politique, sous le couvert du système socialiste. Il vécut aussi la
période où ceux qui, peu de temps auparavant, étaient intégrés à
l’administration coloniale ne tardèrent pas à occuper les premiers rangs
dans la conduite et l’administration de l’Algérie indépendante. Plus
encore, quelques années avant sa mort, il fut témoin de la manière dont
le président Houari Boumediene, après le coup d’État militaire du 19
juin, entreprit d’écarter par tous les moyens les officiers moudjahidine
des rangs de l’Armée de libération nationale, y compris au moyen
d’incitations matérielles, puis de les remplacer par des officiers
algériens ayant eu des liens avec l’armée coloniale, sous prétexte de la
nécessité de transformer l’Armée de libération, jusque-là simple armée
traditionnelle entraînée uniquement à la guérilla, en une armée moderne
et développée.
Quant à Ogb-Ellil, sa voie, comme celle des autres moudjahidine
sincères sur l’ensemble du territoire national, était celle du sacrifice
et du martyre. Pour lui, la Révolution ne signifiait rien d’autre que la
nécessité de libérer le peuple algérien du colonialisme français, et il
n’aspirait à rien au-delà. C’est lui qui disait constamment à ses
compagnons moudjahidine, en toute occasion : « Celui d’entre nous qui
meurt, meurt en martyr ; celui qui vit, vit heureux. 7»
Combien cet homme était sincère dans cette quête ! Il n’est donc pas
étonnant que les significations de la Révolution se soient véritablement
incarnées dans toutes ses orientations et toutes ses actions. Sa sœur «
Sakina », venue le voir au cours d’une nuit très sombre et ayant
remarqué sa fatigue et son épuisement, lui dit : « Ne t’en fais pas,
fils de ma mère, mon cher frère, ne sois pas triste. L’Algérie obtiendra
la liberté avec l’aide de Dieu, tu seras l’un de ses héros, et Dieu, par
Sa grâce, te récompensera de tout bien, toi et tous les moudjahidine. »
Il la contempla comme un frère contemple sa sœur, avec un regard plein
de compassion et de tendresse, puis dit : « Je n’attends rien, ma sœur.
Quand l’Algérie obtiendra la liberté, elle sera à d’autres gens. Et
puis, que voudrais-je encore, alors que Dieu m’a permis d’obtenir tout
ce que j’avais souhaité ? J’ai contraint les colons qui avaient asservi
et humilié les Algériens à vivre dans la peur et la terreur ; j’ai même
contraint certains d’entre eux, humiliés, à marcher pieds nus dans les
campagnes, et je leur ai fait goûter l’humiliation et l’abaissement.
»
Puis il se mit à lui raconter les faits de l’embuscade qu’il avait
tendue seul, durant l’été 1956, dans un virage de la route reliant
Tlemcen à Maghnia, près de la dechra de Wassar. En plein jour, il arrêta
une voiture transportant des colons et les obligea à enlever leurs
chaussures et à repartir d’où ils étaient venus, sans leur faire aucun
mal, uniquement parce qu’ils étaient des civils. Il resta ensuite un
moment à les regarder prendre la fuite, pieds nus et terrorisés.
Après avoir terminé le récit de cette histoire à sa sœur, il lui dit
de nouveau : « Que voudrais-je, ma sœur, après tout cela ? Rien d’autre
que le sacrifice et le martyre pour la libération de l’Algérie. »

« Al-Khansa », Sakina, sœur d’Ogb-Ellil
C’est avec cette extrême simplicité et cette noblesse qu’il s’adressa
à sa sœur « Sakina », qui continua de le pleurer après son martyre et le
pleure encore, bien qu’elle ait atteint un âge avancé et un état de
grande faiblesse. Cette « Al-Khansa », qui a perdu quatre frères, chacun
avec une histoire saisissante de son martyre, voit encore ses larmes
couler et se répandre comme celles des enfants chaque fois que le nom de
son frère est prononcé ou qu’on raconte devant elle l’une de ses très
nombreuses histoires révolutionnaires, comme si elle n’avait pas encore
compris ni ressenti que des dizaines d’années se sont écoulées depuis
son martyre.
Voilà l’homme révolutionnaire, et le révolutionnaire fait homme.
Telles sont quelques-unes de ses qualités et de ses caractéristiques
révolutionnaires, que les gens continuent d’évoquer de génération en
génération. Voilà une grâce parmi les grâces de Dieu, que seuls les
nobles martyrs atteignent. Tel est Ogb-Ellil, ou Si Mokhtar, dont le nom
terrifiait l’armée coloniale et se trouvait sur toutes les lèvres, des
plus âgés aux plus jeunes, comme l’a décrit l’un de ses compagnons
moudjahidine. Quel homme, quel révolutionnaire et quel martyr !
Ogb-Ellil

Le martyr Maarouf Abderrazak (à droite)
Le martyr Bouzidi Mohamed « Ogb-Ellil » (à gauche)
Le martyr Bouzidi Mohamed, fils de Lahcène, est né en 1918 au douar
de Temkessalet. Il s’agissait autrefois, c’est-à-dire il y a plusieurs
dizaines d’années, du principal lieu d’établissement des familles
Bouzidi dans la wilaya de Tlemcen. Le douar se situe au sud des deux
villages de Sabra et Bouhlou, en bordure de la zone montagneuse et des
terres forestières qui s’étendent jusqu’aux hauteurs de Moutas. C’est
une dechra isolée dont les habitants ne rejoignent les autres régions
qu’au prix de certaines distances. Il va sans dire que cette dechra
n’existe plus : l’armée coloniale la bombarda avec l’artillerie des
chars à la fin de l’année 1955, après l’avoir considérée comme une
source et un foyer des « hors-la-loi ». Elle la bombarda de nouveau
durant l’été 1956. Cette fois, ses habitants reçurent l’ordre d’évacuer
les lieux ; il ne s’y trouvait alors que des femmes et des enfants, les
hommes étant soit dans les rangs de l’Armée de libération, soit dans les
prisons et les camps de détention. Tous quittèrent alors leurs maisons
sans savoir où aller.8
Ses parents moururent à peu de temps d’intervalle, en 1944 et 1945,
période connue parmi les habitants de la région sous le nom d’« année de
la faim ». Très tôt, il dut alors assumer la responsabilité de subvenir
aux besoins de sa grande famille et d’en prendre soin, du fait de la
situation, puisqu’il était le frère aîné et déjà marié. Il accueillit
auprès de lui ses frères et ses sœurs, en plus de sa petite famille
composée de six enfants. Malgré l’extrême pauvreté et les difficultés de
la vie de cette époque, cet homme de la campagne assuma cette
responsabilité familiale sans jamais s’y soustraire. Puis vint le
déclenchement de la Révolution de libération en 1954, dont les
événements se répandirent à travers tout le pays. Il se retrouva
rapidement au cœur de ces événements, parmi les principaux moteurs et
les noms en vue du milieu révolutionnaire de la région où il vivait. Il
était véritablement cet homme débordant de vitalité qui entraîna tout le
monde, ses frères et les hommes de la dechra, l’un après l’autre, tous
d’âges 9voisins, et les conduisit, en tête
des premiers rangs, vers la voie du djihad, du sacrifice puis du
martyre. Au moment de la liberté et de l’indépendance, il ne resta
vivant parmi eux que ceux qui étaient encore enfants ou ceux dont le
destin avait été différent, ayant été arrêtés et détenus dans les
prisons et les camps ; ils étaient peu nombreux, très peu nombreux.

La famille du martyr « Ogb-Ellil »

La dechra de Temkessalet, lieu de naissance d’Ogb-Ellil
Dès le début, l’activité de cet homme fut liée au travail de la
terre, malgré la superficie limitée de celle-ci et son faible rendement
dû à sa nature montagneuse. Devant des conditions de vie globalement
très dégradées, il recourait souvent au travail journalier – sans même
savoir s’il travaillerait ou non le lendemain – dans les exploitations
des colons, nombreuses dans la région. La situation se poursuivit ainsi
: instabilité du travail à certains moments, absence totale de travail à
d’autres, et conditions devenant de jour en jour plus difficiles, en
fonction de moyens matériels qui étaient presque inexistants. Cela dura
jusqu’à ce qu’il ait la possibilité de travailler dans l’entreprise de
travaux publics « Scoma », en 1947, la même période où il rejoignit les
rangs du « Parti du10 peuple algérien ». Il devint alors
effectivement un militant actif, animé d’un ardent enthousiasme
national. Il s’investit immédiatement et profondément dans les
préoccupations et les questions du mouvement national, et, comme les
autres nationalistes, supporta de plus en plus difficilement la
domination et l’hégémonie des colons, sans parler de l’autoritarisme de
l’administration coloniale, de son encerclement et de son mépris des
Algériens. Tous ses espoirs, comme ceux des autres nationalistes, se
résumèrent dès lors à se préparer et à se tenir prêt à résister au
colonialisme et à l’expulser du pays.
Dans ces circonstances, ses relations se multiplièrent et ses
contacts se diversifièrent avec de nombreux hommes du mouvement
national, notamment avec les militants des rangs du « Parti du peuple
algérien » ou de l’« Association des oulémas musulmans ». Parmi eux
figuraient des hommes nationalistes sincères, aussi bien dans la région
où il vivait que dans l’ensemble des zones frontalières de l’Ouest.
Cette diversité des relations sociales qui caractérisait cet homme,
ajoutée à ses contacts avec certains militants actifs du mouvement
national, ainsi qu’à sa personnalité forte, habile et appréciée, fut
l’une des raisons qui lui permirent rapidement d’occuper une place
éminente dans l’activité et le militantisme au sein du mouvement
national au cours des années précédant le déclenchement de la Révolution
de libération. Cela apparut notamment lorsqu’on lui confia la
responsabilité d’un ensemble de cellules du « Parti du peuple algérien
», d’abord dans le secteur du village de Sabra, puis à Tlemcen. Cette
ville devint rapidement le principal siège de ses activités et un espace
essentiel de ses relations et de ses déplacements militants, surtout
après le renforcement de ses contacts avec de nombreux nationalistes
appartenant à la famille du chef du mouvement national, Messali
Hadj.
On peut dire, après tout cela, que cet homme atteignit l’apogée de
son militantisme et de son action nationale lorsqu’il adhéra
clandestinement, en 1948, à l’Organisation spéciale, qui constituait
l’aile11 militaire de l’organisation du «
Parti du peuple algérien » et au sein de laquelle se préparait
concrètement le déclenchement de la lutte armée contre la présence
coloniale. On sait que les membres de cette organisation secrète étaient
entourés de précautions particulières, au point qu’un membre connaissait
à peine les autres. Il en allait de même des opérations d’entraînement
et de préparation, ainsi que de la détermination des centres de stockage
des armes et des provisions, qui se déroulaient nécessairement selon des
directives d’une extrême confidentialité. Personne ne savait davantage
que ce qu’il devait savoir, et personne ne connaissait l’origine de ces
directives ni les responsables qui les dirigeaient. Malgré cela, il ne
fait aucun doute qu’« Ogb-Ellil » entretenait clandestinement des
contacts avec certains membres de cette Organisation spéciale, au moins
dans la région frontalière occidentale, tels que le Moqaddem Bouziane,
Kediri Hocine et le cadi Okacha, figures connues du mouvement
révolutionnaire dans la région. C’est peut-être en raison de ces
contacts et de ses déplacements clandestins dans le cadre des activités
de cette organisation qu’il fut arrêté à plusieurs reprises par la
police coloniale. Il fut toutefois chaque fois remis en liberté sans
qu’aucune accusation notable ne soit portée contre lui.
On sait que les arrestations policières de ce type, que
l’administration coloniale veillait à effectuer contre les nationalistes
actifs, avaient pour but de surveiller et de suivre leurs différentes
activités militantes, qui se déroulaient à grande échelle au sein des
organisations et des cellules du « Parti du peuple algérien ».
Il est certain que la renommée de ce militant se cristallisa d’abord
dans le périmètre du village de Sabra, qui portait sous la colonisation
le nom de « Turenne ». Bien qu’il12 fût habité dans sa
grande majorité par des familles et des groupes de colons, il n’était
pas pour autant dépourvu de familles algériennes. Quant à ses environs
proches et éloignés, ils étaient constitués de decheras et de douars
dispersés dans différentes directions. Autant ce village se distinguait
par son mouvement et son activité pendant son marché hebdomadaire,
installé chaque jeudi, autant il était enveloppé de monotonie et de
calme durant les autres jours de la semaine, au point que la vie de tous
les habitants s’était organisée autour du rythme de ce marché. Ils s’y
rencontraient dans les bons comme dans les mauvais moments, y
échangeaient achats et ventes, y nouaient les relations et les contacts
qui pouvaient se produire, puis chacun se séparait à la fin. Il
s’agissait aussi d’une manifestation commerciale, sociale et politique
pour les militants du mouvement national. Elle revenait et répétait ses
scènes chaque jeudi de la semaine, apportant à chaque fois son lot
bruyant d’événements et de nouvelles, qu’il s’agisse de la vie des
individus, de leurs familles et de leurs affaires publiques ou privées,
ou encore des questions du mouvement national et de l’état du combat
politique dans les rangs du « Parti du peuple algérien », ainsi que des
appels à la réforme sociale et religieuse au sein de l’« Association des
oulémas musulmans ».
Dans ce contexte, Ogb-Ellil, aux côtés d’autres militants, s’activait
à diffuser la prise de conscience parmi les gens : conscience de la
tragédie de l’Algérie colonisée, mise en garde contre le système
colonial autoritaire et la domination des colons, et appel au
recrutement et à la solidarité dans les rangs du « Parti du peuple
algérien ». Ce parti attirait et convainquait davantage les Algériens en
raison de ses orientations clairement nationales et de son absence
d’hésitation à réclamer la liberté et à appeler à l’indépendance.
Je reviens à ce point pour dire que toute cette activité se déroulait
souvent sous le couvert des relations commerciales d’achat et de vente,
mêlée aux activités ordinaires des gens dans le cadre du marché. Cela
permettait de dissimuler et de soustraire cette activité politique
hostile à la présence coloniale à la surveillance de la police
coloniale.
Ainsi, cet homme de la campagne, nationaliste, devint l’une des
figures connues et singulières parmi la population. Tous ceux qui le
connaissaient ou le rencontraient, notamment au marché hebdomadaire,
avaient pris l’habitude de l’appeler « Cherif », en signe d’expression
et d’estime pour son ascendance chérifienne, car il était alors d’usage
de distinguer les familles chérifiennes des autres. Parfois, on
l’appelait aussi par son prénom associé à celui de son père, « Mohand
Lahcène », selon cette prononciation, manière de le distinguer de tous
ceux qui portaient le prénom « Mohamed », très nombreux à cette époque,
en particulier dans les régions rurales et bédouines. Telle était aussi
l’image de sa personnalité dans l’esprit de ses connaissances et de ses
amis : celle d’un homme vaillant, fier de lui-même et habile dans ses
rapports avec tous. Son discours était marqué par le sérieux et la
capacité de convaincre ; sa personnalité par une forte présence, un
pouvoir d’attraction et une influence. Le courage, la fermeté et la
détermination qui marquaient sa vie à travers ses rapports et ses
relations avec les gens, aussi bien dans ses attitudes face aux
difficultés que dans celles qu’exigeaient les joies et les peines, sont
peut-être ce qui lui donna cette image populaire et façonna son
caractère, au point de le préparer à occuper cette position de
commandement singulière immédiatement après le déclenchement de la
Révolution de libération. Son nom devint alors le titre d’une des
légendes de la Révolution et un spectre qui sema souvent la terreur
parmi les soldats de l’armée coloniale. Cet homme était également connu
comme cavalier, parmi les cavaliers de la région qui se livraient à des
courses de chevaux lors des occasions. Il était aussi entraîné au
maniement des armes avant même son adhésion à l’Organisation13 spéciale, car il comptait parmi les
chasseurs les plus habiles. Sa maîtrise de la précision du tir suscitait
l’admiration. Il n’est donc pas étonnant que cette aptitude ait eu son
importance dans les batailles qu’il livra contre l’armée coloniale.
Nombreux furent les épisodes où ses compagnons moudjahidine furent
témoins de son habileté et de la vigueur de son combat, au point
d’acquérir la conviction – comme une évidence – que lorsqu’Ogb-Ellil
visait avec son fusil, il était impossible qu’une balle en sorte au
hasard ou se perde sans atteindre sa cible.
L’éloge des qualités de cet homme révolutionnaire resterait peut-être
incomplet dans ses significations et ses enseignements si l’on ne
mentionnait pas les qualités et les attitudes d’autres hommes auxquels
il était uni par des liens étroits et directs, chacun exerçant sur
l’autre une très forte influence. Certains étaient des hommes de sa
famille et de son douar, tels que Si Ahmed El Bouzidi, Si Ben Yahia El
Bouzidi, Essaïem Essaïem et Essaïem Abdelkader. D’autres étaient des
hommes de la région, tels que Kediri Hocine, le Moqaddem Bouziane, le
cadi Okacha et Hamdaoui El Mamoun. Tous étaient animés d’un authentique
esprit national. Ils guettaient l’ennemi colonial et attendaient avec
impatience l’arrivée du jour annoncé et le jaillissement de la première
étincelle du soulèvement contre le colonialisme. C’était le sentiment
général qui régnait et se répandait parmi tous les nationalistes à
l’échelle du pays. Parmi ces hommes sincères et dévoués, il me paraît
nécessaire d’en évoquer brièvement quelques-uns à titre d’exemple.
Si Ahmed El Bouzidi

Le moudjahid Si Ahmed El Bouzidi, chef du sixième secteur
(1954-1955)
Nationaliste, il reçut une formation en sciences religieuses à
l’université Al-Qayrawan de Fès. Considéré comme l’un des plus anciens
hommes du mouvement national dans la région, il fut nommé par la
direction de la Révolution dans l’Ouest algérien, dès le déclenchement
de la Révolution de libération,14 premier chef du
sixième secteur. Lorsqu’il fut arrêté à la fin de l’année 1955 par
l’armée coloniale, le martyr « Ferraj », appelé « Abdelmoumen », prit
après lui la direction de ce secteur.15
Après sa sortie de prison, au début de l’indépendance, ce chef prit
immédiatement la responsabilité du « Front de libération nationale »
dans la wilaya de Tlemcen. Il ne demeura à ce poste que quelques mois,
puis présenta sa démission à la suite d’un malentendu entre lui et les «
membres du bureau ». Cela le conduisit à se retirer définitivement de
l’activité politique et à s’installer à Sidi Bel Abbès, près de son
ancêtre « Sidi Bel Abbès El Bouzidi ». Il exerça dès lors la profession
d’enseignant jusqu’à sa mort en 1974. Il est nécessaire de préciser ici
que ce moudjahid vécut dans la probité et la pureté. Il ne demanda
jamais de « certificat d’adhésion » et mourut avec son intention
révolutionnaire intacte, à une époque où les gens se précipitaient pour
en obtenir, tantôt avec sincérité, tantôt par le mensonge et la
falsification. Il ne fut donc pas souillé par ce qui souilla les
falsificateurs parmi les moudjahidine, les chefs et les héros –
j’entends la souillure par le sang des martyrs. Son rang demeura élevé.
La meilleure preuve en est qu’une foule immense de moudjahidine et de
citoyens assista à ses funérailles, venant de partout. Même le moudjahid
« Hadj Ben Alla », alors assigné à résidence dans la ville d’Aïn El Turk
à la suite du coup d’État militaire du 19 juin 1965, dut, en tant que
cadre moudjahid du « Front de libération nationale », demander une
autorisation spéciale pour se déplacer et assister aux funérailles de
son compagnon de lutte à Sidi Bel Abbès.
Essaïem Abdelkader
Il était appelé « Si Aïssa ». Son ascendance remonte à la famille
Bouzidi, et il comptait parmi les figures nationales les plus en vue
dans les rangs du « Parti du peuple algérien ». Au début de la
Révolution de libération, il fut nommé chef du septième secteur, qui
comprenait la ville de Sidi Bel Abbès et ses environs. Après son martyre
en 1959,16 plusieurs chefs moudjahidine lui
succédèrent. Ce moudjahid17 prit part à plusieurs
batailles contre l’armée coloniale, connues de tous, spécialistes comme
simples gens, dans la région du septième secteur.
Si Ben Yahia El Bouzidi

Le martyr Si Ben Yahia El Bouzidi
Jeune juriste religieux, il étudia à l’université Al-Qayrawan de Fès
et enseigna le Coran et le fiqh dans 18les écoles coraniques. Il compte
parmi les premiers martyrs de la région. Il fut martyrisé au début de
l’année 1955, après avoir été enlevé par les gendarmes coloniaux, puis
abattu par balles sous les yeux de toute la population. Ce martyr joua
un rôle actif et continu dans la diffusion de la conscience nationale
parmi les hommes des campagnes. Il ne cessa d’appeler à la nécessité de
résister au colonialisme et n’hésita jamais à diffuser les vertus du
djihad. C’est pour cela que l’autorité coloniale l’arrêta et le tua
immédiatement, sans aucun procès.
Essaïem Essaïem
Ce valeureux moudjahid appartenait lui aussi à la famille « Bouzidi »
et comptait parmi ses hommes les plus en vue. Il fut connu dès le début
pour son audace et son dynamisme dans la Révolution. Il participa comme
élément essentiel à l’organisation du cinquième secteur, supervisé par «
Ogb-Ellil ». Au cours des derniers mois précédant son martyre, il était
basé dans la région d’« Aïn El Hout », près de Tlemcen, en qualité de
chef d’un groupe de moudjahidine. Il participa avec une grande bravoure
à plusieurs batailles contre les soldats ennemis, notamment à la
bataille féroce au cours de laquelle il fut martyrisé en 1958. L’armée
coloniale l’encercla dans une zone agricole alors qu’il se déplaçait
avec un groupe de moudjahidine pour gagner un autre lieu. L’ennemi les
encercla avec une armée considérable appuyée par des dizaines de chars.
Lorsque ce chef comprit la gravité de la situation, il ordonna à ses
hommes de se disperser dans toutes les directions et à chacun de tenter
de forcer les rangs ennemis, où les soldats se tenaient serrés épaule
contre épaule, dans une difficile tentative pour sortir de
l’encerclement. Ce fut une tentative dangereuse au cours de laquelle les
moudjahidine combattirent avec acharnement et ne laissèrent à l’ennemi
aucune possibilité de dominer la bataille. Cela obligea l’armée ennemie
à reculer ; les bombes au « napalm » et les tirs des chars prirent
ensuite le relais et incendièrent le lieu, le « champ de bataille »,
avec tout ce qu’il contenait d’êtres humains, d’animaux et de
végétation. Environ soixante-dix moudjahidine et civils furent ainsi
martyrisés. Leur chef, « Essaïem Essaïem », fut ensuite capturé à demi
mort, atteint de brûlures graves. Ils l’attachèrent à l’avant d’un char
et le promenèrent ensuite partout, l’exhibant devant les habitants
civils. Cet acte barbare s’acheva par sa mise à mort et la mutilation de
son corps. C’est ainsi que ce héros fut martyrisé avec un groupe de
moudjahidine, après avoir infligé au colonialisme des dizaines de morts
et de blessés.
Hamdaoui El Mamoun
Ami intime d’« Ogb-Ellil », chacun des deux s’éloignait rarement de
l’autre durant la période qui précéda le déclenchement de la Révolution
de libération. Ils avaient ainsi des attitudes semblables, qu’il
s’agisse de virilité, de générosité ou d’hostilité au colonialisme.
« El Mamoun » vivait avec sa grande famille, composée de plusieurs
couples et d’un nombre d’enfants supérieur à douze, sur une terre
appelée « Manakher », dans les montagnes de « Moutas ». Sa maison était
entourée de forêt et de hauteurs de tous côtés. Il vécut dans un
isolement complet, se consacrant à l’élevage du bétail et à
l’apiculture. Outre le fait qu’il était un homme doté d’une personnalité
exceptionnelle et singulière, il était fort physiquement et de belle
apparence. Son visage était orné d’une barbe blonde bien taillée.
Quiconque le voyait pouvait avoir l’impression de se trouver devant l’un
de ces vigoureux Arabes d’autrefois, tels ceux dont la poésie arabe
ancienne donne mention ou description.19
Bien que cet homme, qui entretenait une relation particulière avec «
Ogb-Ellil », comme je l’ai dit précédemment, soit mort quelques mois
après le déclenchement de la Révolution, sa maison, qui était un lieu de
générosité et d’hospitalité, se transforma rapidement en un centre
principal et stratégique de la Révolution. Ogb-Ellil en fit notamment un
centre majeur au sein de l’organisation du « cinquième secteur ». Ce
lieu devint véritablement un point de rassemblement et un siège des
directions révolutionnaires, où les moudjahidine affluaient de toutes
parts.
La plupart de ses fils tombèrent en martyrs, sa maison fut détruite,
sa terre ravagée et tous ses biens disparurent, alors qu’il était
considéré à l’époque comme l’un des hommes aisés de la région. Tout cela
fut sacrifié afin de soutenir la Révolution, en donnant ce qu’il avait
de précieux et de cher, jusqu’à sa famille et ses enfants, pour la
libération du peuple algérien.
Tels étaient les liens de sacrifice et d’altruisme qui unissaient ces
hommes ; telle était leur image de dévouement et d’abnégation au service
de la cause nationale.
Le ralliement à la Révolution de libération et la direction du cinquième secteur
Il est connu qu’au cours des années qui précédèrent le déclenchement
de la Révolution de libération, Ogb-Ellil resta parmi ceux qui croyaient
le plus fortement au leadership national incarné par la personnalité
exceptionnelle de Messali Hadj et qui lui étaient le plus attachés
durant toute sa direction du mouvement national. Comme la majorité des
Algériens, il s’attacha à sa personnalité nationale. Ils voyaient dans
ses positions une incarnation de l’esprit national et étaient convaincus
par ses orientations politiques tranchées dans son opposition au
colonialisme. Cela apparaissait dans sa revendication de la liberté et
de l’indépendance pour l’Algérie arabe et musulmane, position par
laquelle il se distinguait et surpassait tous les mouvements et partis,
20qu’ils fussent assimilationnistes ou
réformistes. Ogb-Ellil conserva sans hésitation ni défaillance ce
sentiment intime qui le liait au chef du mouvement national, tel qu’il
s’incarnait dans le Parti du peuple algérien puis dans le Mouvement pour
le triomphe des libertés démocratiques, même après que les conflits et
les divisions apparurent clairement au sein des structures de l’Union
des libertés démocratiques lors du congrès d’avril 1953. Les discussions
du congrès firent apparaître des divergences profondes et aiguës au sein
du « Comité central », aussi bien sur les questions idéologiques que sur
celles liées à la forme de l’organisation et au mode de gestion du
parti. Naturellement, ce conflit et cette divergence – dont les
véritables secrets sont encore absents ou tenus à l’écart des historiens
du mouvement national – s’aggravèrent. Comme de nombreux hommes et
militants du parti de l’« Union des libertés démocratiques », Ogb-Ellil
resta dans l’attente tandis que les événements au sein du parti
continuaient d’évoluer et de se transformer. Il ne se laissa ni
influencer ni emporter par les rumeurs et les accusations qu’un groupe
de centralistes, parmi lesquels figuraient des individus de gauche et de
l’Internationale communiste, ne cessait de diffuser et de propager
auprès de l’ensemble des militants contre la personnalité du chef du
mouvement national. Ces différends et ces 21prétentions ne tardèrent pas à être
invoqués comme justification pour nourrir des tendances propres à la
mentalité régionaliste, et devinrent également une source
d’intensification des polémiques et des débats stériles entre
militants.
La position de ce militant ne connut donc, pour cette raison, aucun
changement manifeste, malgré sa participation à l’importante réunion
tenue le 15 octobre 1954 au domicile du moudjahid et figure éminente du
mouvement national « Kediri Hocine ». Cette réunion se tint au village
d’« El Khemis » sous la 22supervision du martyr «
Larbi Ben M’hidi », venu porteur d’un message d’« Ahmed Ben Bella »
recommandant de prendre soin de la personnalité de ce héros, « Larbi Ben
M’hidi », et de se rassembler autour de lui afin d’étudier la manière de
préparer le déclenchement de la Révolution de libération dans la région
occidentale. Des nationalistes participèrent à cette rencontre :
certains avaient adhéré à l’Organisation 23spéciale du Parti du peuple,
d’autres étaient actifs dans le mouvement national d’une manière ou
d’une autre. Ces hommes étaient venus en qualité de représentants de
différentes zones de la région. Il s’agissait, dans l’ordre, de : Kediri
Hocine, Mokhtari Abdelkader, Bouguiren Ramdane, Hansali Messaoud,
Mostaghanemi Ahmed, Belkheir Ben Seddik, Chaabane El Kurd, Bouzidi
Mohamed « Ogb-Ellil », Bouzidi Ahmed « Si Ahmed » et Essaïem Abdelkader
« Si Aïssa ».
Ce qui devait se produire eut lieu lors de cette réunion locale
supervisée par le martyr « Larbi Ben M’hidi ». Quelques jours à peine
s’écoulèrent avant que la Révolution de libération n’éclate avec fracas
à l’échelle du pays, comme l’avait planifié la direction nationale
représentée par le « Comité national révolutionnaire pour l’unité et
l’action », comité qui se cristallisa et prit le nom de « Front de
libération nationale » immédiatement après le déclenchement de la
Révolution armée, le 1er novembre 1954. Ses débuts consistèrent en des
actions offensives et de sabotage contre des dizaines de centres
coloniaux dans les différentes régions du pays. Naturellement, les
premiers moudjahidine de la région frontalière occidentale procédèrent
ce même jour à l’incendie et à la destruction de la forêt de « Fernane
», exploitée pour la production de bois dans la région d’« Ahfir »,
hauteurs situées au sud24 du village de « Sabra » et entre
les monts de Tlemcen et ceux de « Moutas ». Quelques jours passèrent
après cet événement révolutionnaire national d’une très grande
importance. Pendant ce temps, « Ogb-Ellil » resta dans l’attente et
l’observation, comme de nombreux hommes de l’Organisation spéciale qui,
25en pratique et depuis plusieurs
années, préparaient le déclenchement d’une révolution armée contre le
colonialisme. Il ne leur était pas facile, semble-t-il, d’abandonner
l’ancien système révolutionnaire et de rejoindre un nouveau système
révolutionnaire, massif et général, sans hésiter ni s’assurer
concrètement et réellement de la situation.
Au cours de cette période, le martyr « Larbi Ben M’hidi », alors
appelé « Essadek », se rendit dans la dechra de « Temkessalet ». Il
était le premier responsable de la direction de la Révolution dans la
région occidentale du pays, tandis que « Hadj Ben Alla » était son
premier adjoint dans cette mission et « Abdelhafid Boussouf » son second
adjoint. Je reviens au récit : il arriva dans cette dechra accompagné
d’« Abdelhafid Boussouf » et d’un groupe important de pionniers de la
Révolution dans la région, parmi lesquels Si Ahmed El Bouzidi, le
Moqaddem Bouziane, Essaïem Abdelkader, El Wahrani Ahmed, Ben Halilem
Boucharb, Essaïem Essaïem, Bouzidi Belabbès et d’autres moudjahidine.
Ils se réunirent dans une « cabane » appartenant à un militant nommé
Moulay El Mehdi El Bouzidi, sur une terre appelée El Aïrsa. Le premier
et dernier objectif de cette rencontre était de convaincre « Ogb-Ellil »
de la nécessité de rejoindre le nouveau système révolutionnaire, le «
Front de libération nationale ». La rencontre se poursuivit pendant
plusieurs heures consécutives. Un groupe se trouvait à l’intérieur,
composé de membres de la direction de la Révolution, tandis qu’un autre
groupe attendait dehors, composé de simples moudjahidine et militants.
Pendant ce temps, les discussions s’enflammaient souvent, les voix
s’élevaient et le débat devenait intense, donnant à ceux qui attendaient
à l’extérieur de la cabane l’impression que les divergences
s’aggravaient et que les points de vue s’opposaient. À d’autres moments,
le calme et le silence s’installaient, laissant penser qu’une
compréhension et un accord étaient proches. Je ne pense pas que ce qui
suscitait la divergence et le désaccord entre ces moudjahidine dans ces
circonstances ait été autre chose que les questions liées à la réalité
de la Révolution et à son avenir, puis à ses répercussions et à
l’organisation de ses structures, ainsi qu’au rapport de tout cela avec
la nouvelle situation à laquelle était parvenu le mouvement national et
avec son chef « Messali Hadj ».
La réunion finit par s’achever. Tous sortirent pleins d’espoir, les
signes de compréhension et d’accord sur les opinions et les positions
visibles sur les visages. Immédiatement après, il fut annoncé sur place,
devant tout le monde, que la direction de la Révolution dans la région
occidentale nommait « Ogb-Ellil » chef du « cinquième secteur ». Les
moudjahidine et militants présents accueillirent cet événement avec joie
et satisfaction, en raison de la place qu’occupait cet homme dans leur
esprit et de sa personnalité militante connue de tous. Je dois néanmoins
signaler à ce propos que l’un des moudjahidine présents lors de cette
nomination ne s’abstint pas 26de la commenter en
s’adressant à tous les membres de la direction présents : « Comment
pouvez-vous nommer aussi rapidement “Mohand Lahcène” responsable de nous
tous, alors qu’il vous était encore opposé il y a27
peu, qu’il a manifesté devant vous tous une position dure et
intransigeante et qu’il n’a rejoint le “Front de libération nationale”
qu’au prix de grands efforts ? » Quoi qu’il en soit, cette décision
provenait sans aucun doute de la connaissance qu’avaient ces dirigeants
de la personnalité révolutionnaire de l’homme et de leur certitude quant
à l’étendue de ses capacités et de ses moyens, aussi bien pour
convaincre les gens de rejoindre la Révolution que pour ce qui
concernait son courage et sa disposition à consentir les plus grands
sacrifices. Leur appréciation de l’homme venait aussi de leur pleine
conscience qu’ils avaient affaire à un membre actif de l’Organisation
spéciale clandestine, organisation28 dont les membres
avaient reçu un degré d’entraînement et de préparation leur permettant
d’entrer dans la guerre et d’affronter les horreurs et les difficultés
de la Révolution armée avant même la naissance du « Front de libération
nationale ». Aucun des moudjahidine présents ne le savait, notamment,
bien entendu, celui qui avait formulé cette objection et cette remarque.
C’est de cette manière et à partir de ces considérations qu’Ogb-Ellil
fut officiellement nommé chef du « cinquième secteur », dans le cadre de
la première organisation révolutionnaire générale mise en place après le
déclenchement de la Révolution de libération. Cette organisation
divisait le territoire national en trois grandes zones, chacune se
divisant à son tour en plusieurs secteurs, en nombre variable selon 29les circonstances et les
possibilités de chaque région. Il est utile de signaler que cette
première organisation, appliquée au début de la Révolution de libération
et maintenue jusqu’à l’application du système des « wilayas » au début
de l’année 1957, se caractérisait essentiellement par le principe de la
décentralisation dans l’organisation et la gestion, ainsi que dans la
conduite des activités et des actions révolutionnaires, à partir du
principe de l’initiative, en fonction des données et des circonstances
locales de chaque région et de chaque secteur. Cela fit des chefs de
secteurs, durant cette période, de véritables héros et chefs de terrain,
aux premiers rangs des situations difficiles et parfois complexes,
puisqu’ils affrontaient directement les conditions difficiles qui
existaient alors dans l’organisation et la conduite des événements de la
Révolution, puis dans la nécessité de les concrétiser et de les affirmer
sur le terrain contre l’armée coloniale, dans chacun des secteurs des
différentes zones à l’échelle du pays. On peut donc dire, sans
hésitation, que ce sont ces chefs de secteurs, les « pionniers », qui
eurent, sans contestation, le premier mérite, durant cette période
critique de la vie de la Révolution de libération, d’en faire une
réalité tangible et un phénomène général et étendu à l’ensemble du
pays.
C’est précisément durant cette étape difficile et critique qu’«
Ogb-Ellil » brilla sur le terrain révolutionnaire. Il y fut même
véritablement l’un des maîtres. Il forgea avec mérite sa personnalité
révolutionnaire, et sa renommée se répandit comme celle d’un combattant
valeureux. Il devint un symbole cité en exemple pour l’héroïsme,
l’abnégation et le dévouement. Autant cet homme était connu pour sa
constance, sa fermeté et la pureté de son intention et de son dessein,
autant il incarna et montra tout cela dès le premier instant à travers
sa capacité et son talent remarquables à organiser le « cinquième
secteur », qu’il dirigea pendant une courte période ne dépassant pas
quelques mois. Ce secteur se dota ainsi d’une solide structure de base,
aussi bien dans le domaine militaire que dans celui des organisations
civiles, ainsi que dans les domaines des communications et du
ravitaillement. Cet effort continu prépara efficacement le lancement de
l’action révolutionnaire dans les différentes régions. Ces actions
révolutionnaires furent décisives et influentes, témoignant d’un courage
exceptionnel, et valurent à « Ogb-Ellil » ainsi qu’à ses compagnons
moudjahidine une large renommée dans l’ensemble de la région
occidentale. Cela se produisit malgré les problèmes fondamentaux et les
difficultés réelles et embarrassantes auxquels la Révolution algérienne
était précisément confrontée durant cette période, notamment le problème
de l’organisation militaire et celui de l’armement et du ravitaillement.
Ce sont ces mêmes problèmes qu’« Ogb-Ellil » parvint à dépasser et à
surmonter au niveau du « cinquième secteur » grâce à ses attaques
répétées contre les centres coloniaux, comme je l’ai déjà indiqué.
Organisation des secteurs

Structure du cinquième secteur (1954-1957)
On sait que la région occidentale, à l’instar des autres régions
d’Algérie, fut divisée après le déclenchement de la Révolution de
libération, dans le cadre de la première organisation révolutionnaire
générale, en plusieurs30 secteurs partant des différentes
zones frontalières de l’Ouest et se dirigeant vers l’est. Chaque secteur
couvrait une aire géographique déterminée, aux limites claires au nord
et au sud, tandis que son étendue demeurait généralement indéterminée
vers l’est. C’est ainsi que, dans le cadre de cette première
planification géographique stratégique, sept secteurs furent constitués
dans la région occidentale.
Premier secteur
Il s’étendait de Marsa Ben M’hidi, sur le littoral, jusqu’à l’oued El
Mouilah au sud, et comprenait également l’arch des Maaziz, région qui
comprend le nord de Hammam Bougrara. Il était dirigé par « El Hansali
».
Deuxième secteur
Il comprenait la région de Nedroma avec ses différents archs :
Djebala, Souahlia, Beni Meshel, Beni Abed et Beni Khaled. Il était
dirigé par le martyr appelé « Belhassen ». Après son martyre, Si
Abdelkader Chenouf lui succéda.
Troisième secteur
Il était constitué des archs des Beni Ouarsous, de Lahassa, de Beni
Saf, de Sidi Safi jusqu’à El Maleh, Oran et Mostaganem à l’est. Il était
dirigé par le martyr Arafoui Mohamed Salah, appelé « Bousseif ». Parmi
les chefs les plus connus qui vécurent dans ce secteur figuraient Hadj
Ben Alla et le colonel Othmane.
Quatrième secteur
La limite de départ de ce secteur était l’oued El Mouilah en
direction de Mecheria au sud. Il comprenait l’arch des Beni Ouassine, y
compris la ville de Maghnia, puis l’arch des Beni Boussaïd et la région
d’El Khemis, en plus d’Ouled Nhar. La direction de ce secteur fut
assurée par le martyr Mataïch Abdelkader, appelé « Djaber ».
Cinquième secteur
Il commençait au village de Tafna à l’ouest et se dirigeait vers
l’est. Ses relations organisationnelles et ses militants atteignaient
les régions de Tiaret. Il comprenait Sidi Moudjahid jusqu’au douar
Boussedra, la région du Kef, puis se dirigeait de là vers l’est pour
inclure les monts de Moutas et de Tlemcen jusqu’à Ouled Mimoun. Au nord,
il comprenait les abords méridionaux de Bougrara, puis la région d’Ouled
Riah, Remchi et Ben Sekrane jusqu’au village d’« Ogb-Ellil », dans la
région méridionale d’Aïn Témouchent. Quant à la zone centrale de ce
secteur, elle comprenait les régions de Sabra, Zelboun, Beni Mester et
Beni Ournid. La ville de Tlemcen demeura la zone stratégique de ce
secteur, dont le chef jusqu’en 1957 fut le martyr Bouzidi Mohamed,
appelé « El Mokhtar » et « Ogb-Ellil ».
Sixième secteur
Il comprenait l’arch des Beni Bahdel en direction de Beni Hediel. Son
centre principal se trouvait à Aïn Ghoraba, puis il se dirigeait vers
l’est entre les monts méridionaux de Tlemcen et Ouled Ouriach, jusqu’aux
régions d’Ouled Mimoun vers Sidi Bel Abbès. La direction de ce secteur
fut assurée par Bouzidi Ahmed, connu sous le nom de « Si Ahmed ».
Lorsqu’il fut arrêté par l’armée coloniale en 1955, son adjoint appelé
Abdelmoumen, le martyr « Ferraj », prit sa place.
Septième secteur
Il comprenait de manière générale les environs de Sidi Bel Abbès dans
toutes les directions et atteignait les abords de la ville de Saïda. Le
chef de ce secteur était le martyr Essaïem Abdelkader, appelé Si Aïssa.
Dans cette région, le commandement fut ensuite assuré par Tayebi Larbi
et d’autres chefs.
Telle fut donc la manière dont les secteurs furent répartis dans la
région occidentale du pays au début de la Révolution de libération. Tels
furent les noms des premiers moudjahidine et des chefs pionniers qui
lancèrent la Révolution de libération dans cette région et en
concrétisèrent les événements sur le terrain dans des conditions
extrêmement difficiles. Il est remarquable que trois de ces chefs – Si
Ahmed, Si Aïssa et Ogb-Ellil – fussent originaires du même douar et
appartinssent même à la même famille et au même lignage.31
Organisation du cinquième secteur et déclenchement des opérations révolutionnaires
On peut dire que le « cinquième secteur », dont Ogb-Ellil assura la
direction, se transforma en peu de temps en un terrain de différentes
opérations révolutionnaires contre l’armée coloniale, après la création
et la mise en place de toutes les structures de base du secteur, dans
les domaines militaire et civil. Cela comprenait la fourniture des
moyens nécessaires aux actions révolutionnaires. Cet effort continu
aboutit, dans une première phase, à la constitution de huit groupes de
l’Armée de libération, chacun comprenant de 35 à 40 moudjahidine. À la
tête de cette organisation fut placé l’adjoint militaire du chef de
secteur, le moudjahid El Wahrani Ahmed, appelé « Si Lakhdar ». Dans le
même temps fut constituée l’organisation civile, qui comprit bientôt des
dizaines de groupes et de cellules, en plus de groupes de « mouhajirine
» et de « mousabiline ». La responsabilité de 32cette organisation fut confiée à
l’adjoint civil du chef de secteur, le moudjahid Slimani Madani. Puis
fut mis en place un système de renseignements et de communications, dont
le martyr Ben Abderrahmane El Aïd, appelé « Brikci », prit la 33responsabilité. En plus des
organisations précédemment mentionnées, un système de fidaïs fut
constitué à Tlemcen sous la supervision du « cinquième secteur ». Il ne
cessa de s’étendre efficacement et comprit, en peu de temps, des
dizaines de cellules dont le nombre augmentait jour après jour.

Groupe de gendarmes parmi les moudjahidine du cinquième
secteur

Moudjahidate au sein de l’organisation du cinquième secteur ;
photographie prise en mai 1956 dans la région de Sabra
Il faut remarquer à ce sujet que les structures du « cinquième
secteur », sous la direction d’« Ogb-Ellil », ne se limitèrent pas à la
mise en place des structures prévues par le système de la Révolution
durant cette période. Elles allèrent au-delà. Deux groupes de
moudjahidine furent créés d’une manière audacieuse et singulière par
rapport aux autres régions du pays. L’un était consacré aux hommes de la
« gendarmerie », chargés de l’organisation et de la coordination entre
le volet militaire et la vie civile, organisation conçue à l’imitation
du système de la gendarmerie coloniale. Le second était un groupe
spécial de « choc », composé de quelques moudjahidine qui se
distinguaient par leurs capacités de combat et leur vaillant esprit
révolutionnaire. Chacun d’eux possédait des qualités de courage
impossibles à décrire. Dans l’ensemble, ils formaient le groupe spécial
qui accompagnait presque en permanence Ogb-Ellil et avec lequel il
entretenait des liens étroits. Les moudjahidine en général comptaient
aussi souvent sur eux pour accomplir les missions difficiles ou
dangereuses. Nombreuses étaient, dans ces circonstances, les missions
révolutionnaires qui exigeaient et nécessitaient ce niveau de
performance révolutionnaire. Parmi ces hommes valeureux, je citerai le
martyr Maarouf Abderrazak, le martyr Bekhti Abderrazak, le martyr El
Habib appelé « Abdelhamid », le martyr Rachedi Ahmed appelé « Ahmed El
Hadj », le moudjahid Ben Dahmane Mohamed et le moudjahid Belgharbi El
Wahrani. En plus de tout cela, le « cinquième secteur » disposait
désormais de centres principaux ou de certains sites stratégiques qui
servaient souvent de lieux de rencontre aux directions révolutionnaires
de toute la région occidentale. Ils étaient également utilisés comme
lieux de regroupement des moudjahidine, qui y affluaient de toutes
parts.
Centre de Moutas
Il fut d’abord établi dans la maison d’« El Mamoun », située dans une
région caractérisée par ses hauteurs et la densité de sa forêt, aux
chemins difficiles, ce qui la rendait relativement isolée de l’emprise
de l’armée coloniale. Ce centre revêtait une très grande importance. Il
devint un point de destination pour tous les révolutionnaires et
moudjahidine, ainsi qu’un siège de réunion et de rencontre des
directions révolutionnaires. Il conserva cette importance jusqu’à ce que
l’armée coloniale incendie sa forêt dense en 1958.

Mont Moutas
Centre de Zegdouna
Il s’agit d’une terre argileuse, aride et isolée, presque inhabitée.
Elle se situe au nord du village de Sabra et s’étend jusqu’aux abords de
Hammam Bougrara. Elle est traversée et entrecoupée de plusieurs ravins
profonds qui constituaient des cachettes naturelles pour les
moudjahidine. Il en allait de même de certaines habitations rurales
isolées les unes des autres et dispersées çà et là. Elles servaient de
refuge aux moudjahidine, qui s’y retiraient depuis les zones
montagneuses chaque fois que la nécessité l’exigeait.34
Centre de Wassar

Le centre de « Wassar », situé à quelques pas de la route
principale
Il s’agit d’une petite dechra composée de quelques habitations
rurales regroupées, située entre Sabra et Maghnia. La route reliant
Tlemcen à la frontière marocaine passe à proximité ; il s’agissait alors
de la principale route reliant les villes de l’Ouest algérien en
direction du Maroc. Malgré sa proximité immédiate avec cette route,
quotidiennement parcourue par les patrouilles et les convois de l’armée
française, ce « site » demeura un lieu « dissimulé » auquel les
directions révolutionnaires et l’ensemble des moudjahidine avaient
souvent recours. Il constituait un point de passage des zones
montagneuses vers le nord, et inversement.
On peut dire que le proverbe arabe « expliquer ce qui est évident est
l’un des problèmes les plus difficiles » s’applique à ce centre. Il ne
serait jamais venu à l’esprit de l’armée ennemie et de ses services de
renseignement que, dans cet endroit visible de tous, se trouvait un
siège de la direction d’« Ogb-Ellil » et un lieu où les moudjahidine
affluaient de temps à autre. Et je n’exagère pas en disant, à cette
occasion, que les convois de l’armée coloniale passèrent souvent par cet
endroit et s’y arrêtèrent même, tandis qu’« Ogb-Ellil », qu’ils
recherchaient partout et par tous les moyens, s’y trouvait à quelques
mètres seulement de leurs yeux.
Il est peut-être nécessaire de signaler ici que ces centres
principaux de l’organisation du « cinquième secteur » furent souvent
fréquentés par différentes figures de la direction de la Révolution de
libération, notamment pendant la période 1955-1957. Parmi les plus
importantes figurait naturellement le martyr Larbi Ben M’hidi, qui
connaissait directement ces lieux. Il est également nécessaire de
signaler, d’un autre côté, que les centres créés par « Ogb-Ellil » ne se
limitaient pas aux frontières supposées du cinquième secteur. Il prit
également l’initiative de créer les premiers centres sur la bande
frontalière, puis à l’intérieur du territoire marocain. On peut citer à
titre d’exemple le centre général de la Révolution de libération établi
dans la ferme d’un militant marocain appelé « Miloud Ould El Caïd ». Cet
homme rejoignit la Révolution grâce aux efforts d’« Ogb-Ellil », mettant
à sa disposition tous les moyens matériels et humains qu’il possédait,
sans rien ménager pour soutenir la Révolution et les moudjahidine. Ce
centre, bientôt connu sous le nom de « maison de Miloud Ould El Caïd »,
se remplit de moudjahidine, à la fois pour les soins et le 35traitement des blessés, et pour
l’organisation et l’activation des opérations de communication et de
ravitaillement. « Ogb-Ellil » utilisa ce site pour rassembler les
différents moyens révolutionnaires – armes, munitions et vêtements –
afin de les introduire sur le territoire algérien lorsque les
circonstances le permettaient.
On constate qu’après le martyre d’« Ogb-Ellil », ce centre commença
peu à peu à perdre sa vitalité et son activité révolutionnaire
habituelles, jusqu’à ce que son importance disparaisse complètement.
Cela se produisit après que la direction du « groupe d’Oujda » eut
resserré l’étau autour de ce militant marocain et l’eut placé sous
pression, au point qu’il fut contraint d’abandonner son aide à la
Révolution et de se consacrer à la place au commerce. La raison en était
qu’ils connaissaient bien la nature de la relation révolutionnaire qui
le liait à « Ogb-Ellil », ainsi que sa connaissance des secrets de
l’assassinat de ce chef.
L’activité révolutionnaire de ce chef audacieux ne s’arrêta pas là.
Il désigna également deux centres importants de la Révolution à
l’intérieur de la ville marocaine d’Oujda. Le premier se trouvait au
domicile de Khalil Mohamed et de ses frères. Cette famille, originaire
de Tlemcen, s’était installée à Oujda avant le déclenchement de la
Révolution de libération. Ce militant, Khalil Mohamed, exerçait le
métier de tailleur, ce qui l’amenait souvent à fournir à « Ogb-Ellil »
des vêtements militaires. En outre, cette maison était utilisée
clandestinement pour accueillir de nombreux hommes de la Révolution
blessés ou malades appartenant aux structures du « cinquième secteur ».
Il faut aussi mentionner l’aide considérable que la famille « Khalil »
apporta à de nombreux émigrés venus fuir les malheurs de la guerre et la
violence du colonialisme.
Le second centre se trouvait au domicile d’« Abderrahmane Ben Khadim
». C’était un militant des Ouled Sidi Cheikh. Une relation particulière
et une forte amitié s’étaient établies entre lui et « Ogb-Ellil ». De ce
fait, sa maison devint un lieu utilisé pour différents contacts et
services révolutionnaires, notamment les rencontres entre les directions
révolutionnaires et la tenue de réunions secrètes.
Il convient de signaler que le « cinquième secteur », du fait de son
extension dans l’organisation révolutionnaire d’une part et, d’autre
part, de sa position avancée dans tout ce qui concernait l’action
révolutionnaire et ses exigences, attira des moudjahidine et des
militants venus de différentes régions et zones. Entre 1955 et 1957,
plusieurs moudjahidine y assumèrent diverses responsabilités de
commandement, notamment la direction de détachements et de groupes
militaires. Tous comptaient parmi les meilleurs hommes et les héros les
plus valeureux. Chacun avait ses propres récits et exploits de terrain,
auxquels il m’est impossible de rendre ici toute l’attention qu’ils
méritent. Pour exprimer la place de ces chefs moudjahidine, il suffit de
signaler le fait que leur écrasante majorité tomba au champ d’honneur,
ce qui explique leur nombre important par rapport à la courte période
durant laquelle ils exercèrent leurs responsabilités. Il était naturel
que chaque fois qu’un chef tombait au champ d’honneur, un autre
moudjahid vienne le remplacer dans sa mission. Rien d’étonnant à cela :
ils commandaient les moudjahidine et se plaçaient à leur tête dans
chaque bataille et au cours de chaque opération révolutionnaire. Dans
tout cela, « Ogb-Ellil » était pour eux tous l’exemple et le modèle à
suivre. Parmi les chefs qui assumèrent la responsabilité de détachements
de moudjahidine au sein du « cinquième secteur », sous le commandement
d’« Ogb-Ellil », je citerai : le martyr Heddadji Bachir, le martyr Ben
Abderrahmane Mohamed (Brikci), le martyr Maarouf Mohamed (Mohamed
Moussa), le martyr Ben Azzouz Mohamed, le martyr Bouzidi El Habib
(Abdelhamid), le martyr Aouf Mansour, le martyr Bouziane Lahcène, le
martyr Bouazza Zitouni, le martyr Ben Miloud Abdelkader, le martyr
Essaïem Essaïem, le martyr Si Rabah (Bekhti), le moudjahid Negadi Ben
Ziane et le moudjahid Sahnoun Mohamed (Antar). Trois autres moudjahidine
rejoignirent cette constellation de héros : Arbaoui Abdallah, Ben Miloud
et Inal Djaafar. Ils venaient des premier et deuxième secteurs et
avaient tous déserté l’armée française. À l’occasion de leur ralliement
au cinquième secteur, « Ogb-Ellil » rassembla, en juin 1956, les
différents détachements de moudjahidine dans une région appelée « Aïn El
Ban », voisine des monts de « Moutas », et les présenta aux moudjahidine
après avoir fait l’éloge de leurs qualités et de leur rang
révolutionnaire. Lors de ce même rassemblement, il nomma le 36moudjahid Arbaoui Abdallah chef
d’une section de moudjahidine et lui donna le nom d’« Ahmed ». Celui-ci
devint plus tard connu sous le nom de « Nehrou ». Il va sans dire que ce
héros devint ensuite célèbre pour ses opérations répétées contre l’armée
coloniale. Parmi les plus connues et les plus audacieuses figure
l’attaque de la caserne ennemie de Sidi El Abdelli en 1958, qu’il
planifia et dirigea avec un autre héros valeureux, le martyr « Zitouni
». Cette opération aboutit à la capture d’environ 23 appelés français
effectuant leur service militaire, à la prise d’une37
grande quantité d’armes et de matériel de guerre, ainsi qu’à la mort de
dizaines de soldats professionnels à l’intérieur de la caserne.
Il ne fait donc aucun doute que les organisations révolutionnaires,
les structures militaires et civiles ainsi que les différents centres
mis en place par « Ogb-Ellil » dans le cadre du « cinquième secteur » et
au-delà atteignirent un niveau d’importance et d’efficacité qui permit
de doter les moudjahidine 38de différents moyens de
guerre et d’organisation. Cela fit d’eux les maîtres des opérations
révolutionnaires et fit de lui l’un des pionniers de la Révolution sur
le champ de bataille, renforçant ainsi son rang et accroissant sa
renommée au sein de la Révolution et parmi l’ensemble des
moudjahidine.
Tlemcen, bastion des groupes de fidaïs

Ogb-Ellil, lourdement armé ; à ses côtés, le fidaï Mohamed Ben
Bekhti, appelé « Mami », tombé en martyr en 1957. Photographie prise à
Tlemcen en 1956
La ville de Tlemcen occupa une place notable dans le domaine de
l’organisation des fidaïs, aux côtés des autres structures
révolutionnaires liées au réseau des « communications, renseignements et
ravitaillement », notamment durant la période de l’organisation
révolutionnaire en secteurs (1955-1957). Comme cette ville constituait
dès le début un site stratégique parmi les positions du « cinquième
secteur », « Ogb-Ellil » prit l’initiative d’y former des groupes de
fidaïs placés sous la responsabilité de trois moudjahidine connus pour
leur audace et leur dynamisme : Bouskaya Abdelkader, El Houari et
Bouhamidi. Dans un premier temps, ces trois moudjahidine réussirent à
organiser plusieurs groupes de fidaïs qui s’implantèrent dans les
quartiers populaires de la ville. Peu de 39temps après, en 1956, la mission
d’organiser les fidaïs fut confiée au moudjahid « Mourad Rachid »,
appelé « Mansour ». Cet homme joua un rôle actif dans la dynamisation et
l’extension du réseau des fidaïs, avec l’aide et le soutien de jeunes
éléments appartenant, pour la plupart, à des familles de la ville qui
entretenaient depuis longtemps des relations militantes avec Ogb-Ellil
avant le déclenchement de la Révolution, dans le cadre du mouvement
national et des cellules du « Parti du peuple ». Tout cela n’empêcha
cependant pas l’apparition de groupes de fidaïs rattachés à d’autres
structures révolutionnaires, relevant globalement de tel ou tel secteur
dans le cadre de l’organisation révolutionnaire de la région
occidentale. En outre, certaines cellules clandestines de fidaïs
apparurent à Tlemcen à partir d’initiatives individuelles locales,
conduites par de jeunes nationalistes enthousiasmés par la Révolution
qui, malgré leur jeune âge, étaient hostiles au colonialisme et
désiraient par tous les moyens rejoindre les moudjahidine dans les
montagnes. On peut citer, à titre d’exemple, la cellule de fidaïs
dirigée par le martyr « Lotfi Boudghen », aux côtés du martyr « Bekhti
Abderrazak », de Djelloul Kellouche, Djamel Bekhti, Tahar Gouar, Sid
Ahmed Kahia Thani, Sid Ahmed Feïli et d’autres. Cette cellule se
constitua après qu’ils eurent pris contact avec une autre cellule
clandestine de fidaïs active dans la région d’« El Kalaa », dans le
cadre du système des fidaïs dépendant du « cinquième secteur ». Après
que cette cellule – dirigée par le martyr Lotfi – eut été découverte par
la police coloniale en octobre 1955, à la suite d’attaques audacieuses
menées par ses membres qui avaient alors semé la terreur dans Tlemcen,
son chef, Lotfi, et plusieurs de ses compagnons furent 40contraints de fuir et de se réfugier
dans la région d’« Ouled Riah ». Ils y restèrent plusieurs jours dans
l’attente d’un contact avec l’une des 41structures de la Révolution afin de
rejoindre les rangs des moudjahidine. On sait qu’immédiatement après que
le martyr Lotfi eut rejoint les moudjahidine, une rencontre eut lieu
entre lui et « Ogb-Ellil » dans un lieu appelé « Tidjdit », à l’ouest de
l’oued Zitoun. Parmi les personnes présentes figurait le moudjahid «
Wahrani Ahmed », adjoint militaire. Au cours de cette rencontre, Lotfi
proposa, dans le cadre de ses propos sur le rôle de Tlemcen et sur le
renforcement de l’organisation révolutionnaire parmi ses habitants, de
transformer la ville et ses environs en un secteur spécial et
indépendant, au lieu de la maintenir rattachée au « cinquième secteur ».
Ogb-Ellil l’écouta avec une grande attention, puis lui répondit, comme à
son habitude, directement : « Il semble que tu sois venu assoiffé et
avide de responsabilités à Tlemcen… alors que tu ne disposes d’aucun
statut organisationnel qui t’y autorise… Bien plus, toi et tes
compagnons êtes encore sous surveillance du point de vue de la
Révolution… Il vaut mieux que tu fasses preuve de réflexion et de
patience, cela vaut mieux pour toi… L’essentiel est que je t’enverrai
à la direction, et qu’ils fassent ce qu’ils veulent… »
On sait que la ville de Tlemcen fut ensuite transformée, après le
martyre d’« Ogb-Ellil » et après l’application du système des wilayas au
début de l’année 1957, en un secteur spécial dont la responsabilité fut
confiée au moudjahid Moudjahid Boumediene, appelé « Abdeljabbar », qui
avait été l’un des officiers du « cinquième secteur ».
Quoi qu’il en soit, l’organisation des fidaïs à Tlemcen, sous la
gestion révolutionnaire du « cinquième secteur », prit des dimensions
diverses et mena des activités révolutionnaires variées, allant des
attaques à la grenade contre les centres coloniaux aux menaces, par
différents moyens et procédés, contre les personnes collaborant avec la
police coloniale, en passant par l’exécution d’opérations de mise à mort
contre des éléments traîtres et la contrebande d’armes et de munitions.
Dans ce domaine, un groupe de fidaïs d’une extrême clandestinité et
précision fut constitué. Ses membres étaient certains militaires
algériens présents à l’intérieur des casernes de l’armée coloniale. «
Ogb-Ellil » leur confia une mission particulière, limitée exclusivement,
parmi toutes les activités possibles, à la contrebande de « munitions »
vers les moudjahidine. Tlemcen connut effectivement une opération
importante dans ce domaine, peut-être unique à l’échelle de la
Révolution de libération. Ces éléments clandestins présents dans l’armée
coloniale entreprirent de faire sortir secrètement et régulièrement une
quantité de « munitions », qui était à chaque fois stockée dans un
entrepôt de marchandises appartenant à un Juif, près du « palais de
justice », dans la rue aujourd’hui appelée « Es-Silm ». Tout cela se
faisait grâce aux ouvriers algériens de l’entrepôt, qui étaient des
militants clandestins. Cette opération audacieuse se poursuivit pendant
plusieurs mois. Après qu’une quantité importante de « munitions » eut 42été rassemblée dans cet entrepôt, un
militant fut chargé de les transporter. Il travaillait comme chauffeur
d’un véhicule de transport de type Renault appartenant à un membre d’une
famille connue pour sa proximité avec l’administration coloniale. Ce
militant transporta cette cargaison de cartouches,43
d’un poids proche de vingt-cinq quintaux, en février 1956. Il partit de
Tlemcen vers le village de Sabra, puis vers la dechra de « Wassar », où
« Ogb-Ellil » et quelques compagnons moudjahidine 44l’attendaient.
Si l’on examine la nature de ce plan de fidaïs du début à la fin – la
source de la contrebande se trouvant à l’intérieur même des casernes
coloniales, puis le rassemblement et le stockage dans un entrepôt
appartenant à un « Juif » dans une zone très fréquentée et surveillée,
près du palais de justice, puis le transport effectué avec un véhicule
appartenant à une personne à laquelle l’administration coloniale faisait
confiance, sur une route principale parcourue par de nombreuses
patrouilles militaires -, on comprend sans aucun doute l’efficacité de
la méthode qui caractérisait « Ogb-Ellil » et ses compagnons
moudjahidine. On comprend aussi l’étendue de leur audace et de leur
détermination à pénétrer les zones ennemies, quelles que fussent les
mesures de sécurité et les dispositifs de garde qui y étaient mis en
place. On peut donc dire que l’action des fidaïs à Tlemcen avait sa
méthode propre pour exécuter les opérations et s’en retirer. J’en
citerai, à titre d’illustration, trois procédés principaux :
Le fidaï attend dans le voisinage de l’opération et guette, notamment
lorsque l’opération vise à lancer une grenade ou à tuer un membre de
l’ennemi ou des traîtres. Il attend jusqu’au passage fortuit d’un
véhicule de transport couvert à l’arrière. Il exécute alors l’opération
puis saute immédiatement à l’arrière du véhicule, sans que personne ne
le remarque, pas même le conducteur, et n’en descend qu’une fois que le
véhicule s’est éloigné et a quitté le périmètre de l’opération. De cette
manière, le fidaï évite de fuir au milieu des citoyens et échappe
également à la poursuite de la police coloniale dans les routes et les
rues.
Le fidaï arrive dissimulé à l’arrière d’un véhicule de transport
couvert, à l’inverse de la première méthode. Lorsqu’il atteint le lieu
prévu, il exécute l’opération et reste caché jusqu’à s’être éloigné du
lieu dangereux. Il saute alors de la même manière discrète et disparaît
des regards.
Le fidaï porte un uniforme militaire semblable à celui de l’ennemi.
Le déguisement est ainsi parfaitement maîtrisé et il peut passer et
s’approcher des soldats et de la police coloniale sans attirer
l’attention. Il arrivait même souvent que le fidaï ou le groupe de
fidaïs parvienne à pénétrer à l’intérieur des centres et des casernes
militaires lorsque cela était nécessaire. On sait que cette méthode des
fidaïs – se déguiser avec l’uniforme de l’ennemi – caractérisa la ville
de Tlemcen plus que toute autre. Parmi les fidaïs les plus célèbres qui
se distinguèrent par cette méthode du déguisement comme moyen d’attaquer
les centres ennemis en profondeur figurait le martyr Bekhti
Abderrazak.
Bekhti Abderrazak

Le martyr, fidaï et moudjahid, Bekhti Abderrazak en 1955
Il était à la fois fidaï et moudjahid. Il compte parmi les fidaïs qui
brillèrent dans ce type de déguisement et d’infiltration. Sans aucun
doute, sa peau blanche, ses yeux clairs et sa maîtrise du français l’y
aidèrent. Il rejoignit l’organisation des fidaïs en octobre 1955. Bien
qu’il comptât alors parmi les plus jeunes fidaïs de Tlemcen, il devint
l’un des plus dangereux dans les attaques et les opérations contre les
éléments ennemis. C’est pourquoi la police secrète coloniale, poussée
par la vengeance, enleva son père, le martyr « Mohamed Sghir Bekhti »,
puis l’emmena dans la région d’El Ourit, à l’est de Tlemcen, où elle le
tua avec une grande brutalité et jeta son corps au bord de la route.
Tout cela, comme je l’ai dit, en représailles contre son fils, l’élève
fidaï, qui avait mené plusieurs opérations audacieuses. Parmi les faits
les plus étonnants racontés au sujet de son audace dans l’action des
fidaïs, on dit qu’il parvenait souvent à entrer et à s’enfoncer au cœur
des centres coloniaux déguisé dans leur uniforme militaire, sans qu’ils
découvrent sa véritable identité ni ne le distinguent des soldats
coloniaux. Cet élève fidaï exceptionnel rejoignit les moudjahidine
immédiatement après le martyre de son père et se retrouva alors aux
côtés du chef du « cinquième secteur ». À partir de ce moment, il devint
pour « Ogb-Ellil » le fils bien-aimé, le compagnon de combat et le
moudjahid audacieux dans toutes les opérations et les batailles contre
l’armée coloniale, jusqu’à l’accompagner avec la même détermination et
la même intention pure dans le sacrifice et le martyre.
Il est peut-être nécessaire, dans le cadre de l’évocation de l’action
des fidaïs à Tlemcen, de signaler l’opération de sabotage et d’incendie
du « bureau de Sebdou ». Cette opération audacieuse fut ordonnée avec
insistance par « Ogb-Ellil »45 et exécutée par l’une
des cellules de fidaïs le 16 mars 1956. Le siège de cette administration
coloniale visée se trouvait derrière la poste centrale – il existe
toujours au même endroit. Cette administration coloniale supervisait
plusieurs régions allant d’« Aïn Nehala » à l’est jusqu’à la région d’«
El Bouihi » à l’ouest. Après avoir exécuté l’opération avec une grande
maîtrise, ce groupe de fidaïs prit cinquante fusils, quinze
mitraillettes et dix pistolets, ainsi qu’une grande quantité de
munitions, plusieurs machines à écrire, une duplicatrice manuelle et
tous les « cachets » de l’administration coloniale qui se trouvaient sur
place. Le moudjahid Ben Dahmane Mohamed, membre essentiel de cette
cellule de fidaïs et chauffeur particulier du « gouverneur », transporta
tous ces objets dans la voiture du « gouverneur » lui-même et se dirigea
vers la dechra de « Mellilia », à l’ouest de Hennaya, où un groupe de
moudjahidine l’attendait. Après que les moudjahidine eurent reçu cette
quantité d’armes et de matériel de guerre, le moudjahid ramena la
voiture sur la route reliant Tlemcen à Hennaya, dans la zone proche de «
Sidi Kanoun », où il l’incendia avant de rejoindre les moudjahidine.
À la suite de cette opération de fidaïs, qui eut un grand
retentissement dans les milieux coloniaux, les forces coloniales se
mirent en mouvement dans toutes les directions afin de tenter de suivre
les traces des fidaïs et des moudjahidine. Elles imposèrent pour cela un
siège sévère englobant toute la zone montagneuse, des montagnes de Terni
et de Beni Hediel jusqu’aux montagnes de Sabra. Ce « ratissage »
militaire intensif s’étendit ensuite jusqu’aux montagnes de Beni Bahdel.
Tout cela reposait sur leur conviction que les moudjahidine se
réfugieraient dans les zones montagneuses et forestières, alors que
ceux-ci se dirigeaient vers le nord, en empruntant les oueds et les
ravins reliés les uns aux autres, à partir de l’ouest de « Mellilia »,
vers « Ouled Riah » et « Zegdouna ».
Il convient de mentionner qu’en outre, la dechra de Mellilia fut le
théâtre de plusieurs opérations révolutionnaires. L’une des plus
célèbres fut l’épisode au cours duquel le plus jeune frère d’Ogb-Ellil
tomba en martyr. C’est aussi au cours de cet épisode que l’armée
coloniale rassembla les habitants de cette dechra – hommes, femmes et
enfants – à l’intérieur de la mosquée et les y retint plusieurs jours en
guise de punition collective pour avoir aidé et caché les
moudjahidine.
Le martyr Bouzidi Ahmed
Il n’est pas inutile de raconter brièvement l’histoire du martyre de
ce frère cadet, qui n’avait pas plus de vingt ans, afin peut-être de
présenter à la jeunesse algérienne une autre image du sacrifice pour la
patrie et de lui permettre ainsi de distinguer les véritables héros des
autres : ceux dont le nom n’a été cité ni dans les livres, ni dans les
discours, ni lors des commémorations, et qui ne se sont pas rendus à
l’ennemi, même lorsqu’ils étaient encerclés dans leurs cachettes,
contrairement à beaucoup de ceux qui se sont rendus en levant leurs
armes et qui sont encore vivants tout en prétendant au djihad et aux
exploits héroïques.
Le 4 janvier 1958, l’armée coloniale reçut des informations livrées
par un traître, selon lesquelles quatre moudjahidine, chargés de poser
des mines et de couper les fils barbelés et conduits par « Bouzidi Ahmed
», se cachaient dans une maison de la dechra de Mellilia. Des forces
militaires 46appuyées par des chars et des
véhicules blindés se précipitèrent alors sur les lieux et encerclèrent
la dechra de tous côtés. Les soldats se déployèrent et prirent position
sur chaque hauteur, à même le sol et sur les toits des maisons. La
maison dont la cour abritait la « cache » des moudjahidine fut encerclée
de très près et directement. La propriétaire de la maison, la martyre «
Ferouani Yamna », se hâta de 47s’approcher de la cache
secrète au milieu de la cour pour leur murmurer qu’ils étaient désormais
en danger : l’armée coloniale se trouvait partout et la maison elle-même
était encerclée par une force considérable (… voyez donc ce que vous
allez faire…).
Les moudjahidine furent saisis et troublés par cette nouvelle
soudaine : ils étaient désormais encerclés à l’intérieur de la « cache
». Quelques instants plus tard, ils entendirent le commandant de l’armée
coloniale leur dire au haut-parleur : « … Vous êtes encerclés… nous
connaissons votre nombre et l’endroit où vous vous trouvez… il ne vous
reste qu’à vous rendre… sortez, les mains au-dessus de la tête…
»
Les moudjahidine n’avaient plus le temps d’examiner la situation.
Certains sortirent leur grenade, en retirèrent la goupille sans
réfléchir et se tinrent prêts à la faire exploser sur eux-mêmes, par
crainte de se rendre et d’être capturés. Leurs autres compagnons les
imitèrent aussitôt et se préparèrent à faire de même. Leur responsable,
Bouzidi Ahmed, intervint cependant avec une grande fermeté et une grande
détermination : « … Comment pouvez-vous vous tuer sans résister ?…
Que vont dire les gens ?… Ils diront que nous nous sommes tués par
peur de l’ennemi… Et si vous désirez mourir, la mort est de toute
façon “dehors” et nous attend… » À peine eut-il terminé ses paroles
qu’il jaillit vers l’extérieur comme une flèche, d’une manière que seuls
Dieu et les compagnons qui le virent faire pourraient décrire. Il lança
une grenade sur un groupe de soldats qui encerclaient la « cache » au
milieu de la cour, puis se rua sur eux en tirant à droite, à gauche et
dans toutes les directions. Après avoir semé la terreur et le désordre
dans leurs rangs et tué huit d’entre eux, il réussit à les dépasser, à
sortir de la cour, à échapper au siège de la maison puis à celui de la
dechra. Alors qu’il était sur le point de se jeter dans l’un des ravins
du côté est, un soldat ennemi, posté à l’arrière avec une mitrailleuse
lourde (« piassa »), l’aperçut et lui tira une rafale qui l’atteignit
par derrière sur plusieurs parties du corps. Ce héros tomba alors en se
roulant dans la poussière, exactement comme tombe un cheval fougueux,
après s’être vengé pour lui-même et pour ses compagnons moudjahidine.
Ceux-ci suivirent ses pas en tentant à leur tour de forcer
l’encerclement et tombèrent en martyrs les uns après les autres à
l’entrée de la cache.48

Le martyr Bouzidi Ahmed, le frère cadet, assis et portant des
lunettes. Sur cette photographie, il porte les vêtements de son frère «
Ogb-Ellil ». À ses côtés, le moudjahid Ben Azzouzi El Hocine, membre du
groupe de gendarmerie du cinquième secteur.

Les quatre martyrs tombés le 4 janvier 1958 pendant le siège de
Mellilia (Hennaya), parmi lesquels le martyr Bouzidi Ahmed. Son corps se
trouve en haut de la photographie, formant comme une pointe de flèche ;
il fut effectivement la « pointe de la flèche » lors de son attaque
contre l’armée ennemie.

Les armes des quatre martyrs
Batailles et exploits

De droite à gauche : le martyr « Ogb-Ellil », le moudjahid Ben
Dahmane Mohamed et le martyr Mohamed El Hadj
Il est extrêmement difficile, dans ce domaine, d’embrasser l’ensemble
des opérations révolutionnaires, avec leurs différents types et leurs
détails. Nombreuses et variées furent les opérations menées par les
moudjahidine dans le cadre des structures du « cinquième secteur » sous
la direction d’« Ogb-Ellil ». Certaines constituaient de véritables
batailles décisives au cours desquelles les moudjahidine affrontaient
directement les forces coloniales. D’autres étaient des attaques, des
embuscades surprises, des opérations de fidaïs ou des actes de sabotage
contre les installations coloniales ; elles se comptaient par
dizaines.
Il est remarquable, à cet égard, que tout cela ait été réalisé en une
courte période n’excédant pas les deux années 1954-1956, étape difficile
de la vie de la Révolution de libération. Son destin était alors
étroitement lié au degré de réussite de ces opérations et de ces
attaques audacieuses à l’échelle du territoire national. C’est ce qui
rendit son existence générale et certaine et donna une impression claire
du sérieux et de l’efficacité de son déclenchement. Avant toute chose,
cela reflétait le degré de maîtrise par la Révolution de l’ensemble des
moyens humains et matériels. Elle devint ainsi une réalité tangible
défiant la présence coloniale.
À cette étape précise, la Révolution de libération avait donc
réellement un besoin urgent de telles opérations militaires réussies et
influentes, non seulement pour désorganiser le colonialisme français,
mais aussi pour gagner la confiance du peuple algérien et l’inciter à se
rassembler autour d’elle et à rejoindre son organisation.
Il est certain que, dans ce domaine, celui du combat, « Ogb-Ellil »
était un combattant redoutable. Sa renommée se répandit à travers toutes
les batailles qu’il mena avec ses frères moudjahidine. Il se distingua
sur le terrain comme une personnalité de commandement, non comme ces
dirigeants qui se repliaient et restaient en retrait de toutes les
batailles, fuyant toute confrontation. Il était au contraire audacieux
et courageux, recherchant le sacrifice et aspirant au martyre. La
meilleure preuve en est qu’il fut souvent blessé au cours de telle ou
telle bataille. Ce combattant se distinguait par une méthode
particulière dans les opérations révolutionnaires, fondée sur la riposte
directe contre l’armée coloniale chaque fois que celle-ci menait des
opérations militaires visant les moudjahidine ou tuait et maltraitait
les civils. Bien souvent, ses ripostes de représailles intervenaient
alors même que les militaires coloniaux étaient encore en train de se
retirer de leurs opérations et n’avaient pas encore rejoint leurs
positions. Cet homme révolutionnaire avait compris dès le premier
instant que la force de la Révolution résidait dans cette méthode de
guerre. Elle constituait en outre une expression concrète du degré de
préparation des moudjahidine ainsi que de leur capacité et de leurs
moyens de riposter en toutes circonstances et dans toutes les
situations. Il savait aussi, sans aucun doute, que cette méthode
révolutionnaire envoyait au système colonial un message clair : il
devait comprendre qu’il affrontait une armée organisée et entraînée,
disposant de force, de moyens et d’une capacité d’initiative, et non pas
seulement – comme le régime colonial le répétait constamment – un groupe
limité de bandes et de hors-la-loi, ou, selon les termes dont il usait
pour les qualifier, des terroristes et des bandits cachés dans les
montagnes.
À dire vrai, il n’existait pas, à ma connaissance, durant cette
période précise et à l’échelle de la Révolution dans son cadre national,
d’armée de moudjahidine organisée, entraînée et armée de différentes
armes légères et lourdes comparable à celle que « Ogb-Ellil » avait
préparée et mise en condition pour combattre, au plus haut niveau des
techniques révolutionnaires et avec les meilleurs moyens de guerre. À
partir de cette préparation rigoureuse, la région placée sous la
supervision du « cinquième secteur » connut une série d’opérations
révolutionnaires et militaires qui désorganisèrent l’armée coloniale et
contribuèrent ainsi efficacement, aux côtés des autres régions du pays,
à amener l’administration coloniale – qui s’y refusait – à prendre
conscience et à reconnaître la réalité de la Révolution armée ainsi que
sa capacité d’organisation et de combat. Il nous suffit ici de présenter
les plus importantes de ces opérations, sans entrer dans le récit
détaillé d’autres attaques révolutionnaires qui se produisaient
fréquemment çà et là et qui étaient nombreuses et variées. En voici
quelques exemples.
Opération de Sidi Yahia (El Kef)
Au cours de cette opération, les moudjahidine détruisirent plusieurs
camions militaires et éliminèrent tous les soldats qui s’y trouvaient.
Profondément affectée par cette opération, l’armée coloniale n’hésita
pas, immédiatement après, à tuer environ quarante civils désarmés, tous
originaires de la même région.

Un groupe de moudjahidine dans l’organisation du cinquième
secteur sous la direction d’« Ogb-Ellil » en 1955
Attaque de Wassar
Elle se solda par l’incendie d’un autobus, d’un camion militaire de
type « GMC » et d’une voiture « Jeep ». Cela conduisit l’artillerie
ennemie, installée dans le poste militaire du douar de « Tafna », à
intervenir en bombardant la région au hasard.
Embuscade d’Es-Souiq
Il s’agit d’un lieu situé entre Sabra et l’oued Zitoun, sur la route
reliant Tlemcen à Maghnia. Un groupe de moudjahidine y arrêta plusieurs
véhicules transportant des colons et des hommes enrôlés dans les rangs
de l’ennemi. Ils furent enlevés puis exécutés par les moudjahidine après
avoir été conduits vers la zone montagneuse.
Opération de sabotage du train
Elle se produisit à quelques kilomètres du village de Sabra. Le train
se dirigeait vers Maghnia. Une partie importante de ses wagons fut
détruite et la voie ferrée subit de graves dégâts.

Opération de sabotage du train réalisée par les moudjahidine du
cinquième secteur à la fin de l’année 1955
(Région de Sabra)
Telles sont quelques-unes des opérations et attaques exécutées par
les moudjahidine entre 1955 et 1956. Quant aux opérations importantes
menées par les valeureux moudjahidine sous la direction d’« Ogb-Ellil »
et qui constituaient de véritables guerres contre l’armée ennemie
coloniale, on peut citer quatre batailles acharnées. Toutes témoignèrent
du courage de ce chef et de la vaillance ainsi que des sacrifices de
tous ses compagnons moudjahidine, fermement convaincus du caractère
inéluctable de la victoire, de la nécessité de l’indépendance de
l’Algérie et de la libération de son peuple du colonialisme
français.
Bataille de Sadd En-Nemr
En avril 1956, sur ordre d’« Ogb-Ellil », les moudjahidine
surveillèrent les mouvements d’un convoi militaire de l’armée coloniale
qui avait l’habitude, de temps à autre, de pénétrer dans les montagnes
de « Moutas » en empruntant la route montagneuse reliant Sabra à Moutas.
La mission de ce convoi était la reconnaissance puis la surveillance de
la zone montagneuse, caractérisée par ses chemins difficiles et ses
forêts denses. Cette surveillance dura environ vingt jours, au terme
desquels les moudjahidine purent connaître avec précision et de manière
déterminée la force et l’équipement du convoi. Ils relevèrent également
ses horaires de passage et de retour ainsi que tout ce qui concernait
les déplacements de l’armée ennemie dans cette région. Cela leur permit
finalement de fixer avec précision le moment où tendre une embuscade
dans un emplacement stratégique favorisant la surprise et permettant de
paralyser les mouvements de l’ennemi au cours de l’attaque, afin de lui
infliger le plus grand nombre possible de pertes matérielles et
humaines.
L’attaque eut effectivement lieu contre ce convoi militaire,
conformément au plan, dans un endroit appelé « Sadd En-Nemr », à un
virage de la route, dans un ravin situé au-dessus de l’oued « El Aïrsa
», vers le sud. Le lieu se caractérise par sa pente, sa profondeur et
une forêt dense composée notamment de chênes, de genévriers et de
lentisques. L’attaque surprise des moudjahidine se solda par la
destruction de trois camions militaires et la mort de vingt-cinq
soldats, tandis que certains d’entre eux s’enfuirent à travers la forêt
dense en direction du village de Bouhlou, où se trouvait le siège de
l’administration coloniale. Les moudjahidine prirent aussi un grand
nombre d’armes au cours de cette attaque : mitraillettes, fusils
américains et grenades.

Le martyr « Ogb-Ellil », portant des lunettes ; à sa droite, le
moudjahid Ben Dahmane Mohamed et le martyr Ben Maarouf Abderrazak ; à sa
gauche, le martyr Mohamed El Hadj
On sait que le « chef » Houari Boumediene, qui faisait alors partie
de la direction de la Révolution dans la région occidentale avant de
s’établir à Oujda, fut témoin de cette opération militaire. Il prit
position loin de « l’aventure » et observa de là le déroulement du
combat du début à la fin. Alors que les moudjahidine étaient occupés à
rassembler les armes et le matériel de guerre abandonnés par les soldats
français, « Ogb-Ellil » aperçut à plusieurs dizaines de mètres un soldat
en fuite, qui semblait avoir été distancé par son groupe ayant échappé à
l’enfer de la bataille. Il le vit emprunter vers le nord, depuis le lieu
du combat, une pente couverte d’une forêt dense et difficile d’accès. Il
braqua son fusil sur lui et suivit pendant quelques instants les
mouvements de ce soldat qui courait de toutes ses forces pour tenter de
disparaître du lieu dangereux. Il apparaissait puis disparaissait, et
cela continua jusqu’à ce qu’il soit sur le point d’échapper au regard. À
ce moment-là, une seule balle, pas davantage, partit du fusil d’«
Ogb-Ellil » dans sa direction. Il s’approcha ensuite d’un moudjahid et
lui demanda d’aller au milieu des broussailles, à l’endroit même, pour
vérifier ce qui s’était passé. Après avoir disparu un certain temps dans
la forêt, le moudjahid revint confirmer la mort de ce soldat, en
rapportant l’arme qu’il avait sur lui.
Grâce à ce plan précis, les moudjahidine maîtrisèrent donc cette
patrouille coloniale et ne laissèrent à ses soldats aucune possibilité
de mouvement. Ils tuèrent la majorité d’entre eux, tandis que d’autres
réussirent à s’enfuir sans se retourner.
« Ogb-Ellil » se retira ensuite vers le douar de « Temkessalet ».
Pendant la pause, il leur adressa, comme toujours, une allocution dans
laquelle il expliqua le sens de cette opération. Il souligna qu’elle
constituait un message adressé à l’ennemi afin qu’il comprenne que les
moudjahidine étaient présents partout, notamment dans les zones
montagneuses, et qu’il n’était désormais plus facile pour l’armée
coloniale de pénétrer dans ces lieux sans payer un prix élevé ; elle
devait au contraire toujours s’attendre à des surprises de ce type de la
part des moudjahidine.

Un groupe de moudjahidine dans la région de « Zegdouna » (entre
Sabra et Hammam Bougrara), à la maison d’« Ogb-Ellil », en 1956, peu
avant sa destruction par l’armée coloniale française
Embuscade de Berbata et siège de Sabra
Le 22 juin 1956, plusieurs groupes de moudjahidine du cinquième
secteur se positionnèrent sur un terrain montagneux au sud du village de
« Sabra », près d’un lieu appelé « Moul Ed-Dechra ». Au même moment, de
grandes forces de l’armée française avançaient de nuit vers les zones
montagneuses méridionales, entre les monts de « Moutas » et les monts
d’« Ahfir » à l’ouest. Ces forces militaires venaient de Tlemcen et de
Maghnia en convois successifs. Dans un premier temps, elles se
rassemblèrent sur le terrain de sport du village de « Sabra », puis,
dans une seconde étape, les hélicoptères les transportèrent vers les
hauteurs méridionales déjà mentionnées. Le lendemain, elles lancèrent à
partir de là une vaste opération de ratissage. Les moudjahidine s’en
rendirent compte et commencèrent à se retirer de la zone vers
différentes directions éloignées de l’encerclement. Certains partirent
vers l’est pour dépasser les monts d’« Ahfir ». Deux groupes se
dirigèrent quant à eux derrière les hauteurs d’« El Brij », appelées «
El Kalaa », vers le sud. Le premier groupe était dirigé par le martyr «
Maarouf Abderrazak », appelé « Mohamed Moussa », valeureux moudjahid qui
resta aux côtés d’« Ogb-Ellil » dans toutes les épreuves et les
difficultés. Il tomba en martyr au début de l’année 1957 lors d’un
affrontement avec l’armée ennemie sur le mont « Boudjoudar », au nord de
l’oued Tafna.
Le second groupe était dirigé par « Bouzidi El Habib », également
appelé « Abdelhamid ». Lui aussi était un héros valeureux et l’un des
compagnons permanents d’« Ogb-Ellil ». Il tomba en martyr au début de
l’année 1959 dans la région d’« Oum El Allou », à l’est de Tlemcen. Les
groupes de moudjahidine se retirèrent ainsi de cette manière pour se
rassembler de nouveau dans la dépression de l’oued Bouhdad. Malgré cela,
certains petits groupes de moudjahidine restèrent en arrière, çà et là à
l’intérieur de l’encerclement, où l’armée coloniale les surprit après
avoir pris le contrôle de toute la région. Des combats et des
affrontements dispersés éclatèrent, entraînant le martyre de trois
moudjahidine,49 tandis que onze mousabiline furent
capturés avec eux. Tous furent exécutés plus tard après avoir été
maltraités et avoir eu les dents brisées. Pendant que l’opération de
ratissage se poursuivait, l’un des valeureux moudjahidine surprit les
soldats ennemis par une rafale tirée de sa mitraillette et en tua cinq
sur-le-champ. Comme il était encerclé de tous côtés par l’armée ennemie,
il tomba en martyr immédiatement après. En résumé, dans cette zone
soumise au siège, des accrochages et des échanges de tirs eurent lieu à
différents endroits entre des moudjahidine, le plus souvent cachés à
l’intérieur de l’encerclement, et l’armée ennemie. Cela provoqua des
morts dans les deux camps.

De droite à gauche : le martyr Ogb-Ellil, le moudjahid Ben
Dahmane Mohamed,
le martyr Mohamed El Hadj
Mais l’armée ennemie, alors qu’elle se retirait, n’hésita pas à tuer
plusieurs civils désarmés par vengeance et de manière indiscriminée, ce
qui porta le nombre des martyrs à environ quinze, entre moudjahidine et
civils. Pendant ce temps, « Ogb-Ellil » et un petit groupe de
moudjahidine appartenant au détachement spécial – parmi lesquels Bekhti
Abderrazak, Ahmed El Hadj, Belarbi El Wahrani, Ben Dahmane Mohamed et
d’autres – étaient arrivés à « Zegdouna », du côté qui domine Hammam
Bougrara par le sud, venant de la direction de Tlemcen. Ils finirent par
s’installer dans l’une des maisons rurales. Alors que le propriétaire
leur présentait un peu de nourriture, un agent de liaison entra
précipitamment, dans un état de panique, pour informer « Ogb-Ellil » des
actes criminels commis par l’armée coloniale, en particulier contre les
citoyens civils. Il lui apprit en même temps que les forces coloniales
se mettaient en mouvement pour se retirer. À peine « Ogb-Ellil »
entendit-il cette nouvelle qu’il se leva d’un bond et s’adressa à ses
compagnons moudjahidine en disant : « … Je jure par le sang pur des
martyrs qu’aucun de nous ne se reposera et que nous ne mangerons rien
avant d’avoir vengé nos martyrs et donné aux soldats français une dure
leçon qu’ils n’oublieront pas… » Tous se préparèrent alors et
vérifièrent soigneusement leurs armes avec calme et détermination,
conscients du sérieux de leur chef dans de telles situations. Ils
partirent en laissant derrière eux la nourriture, sans que personne n’y
touche, alors qu’ils en avaient naturellement un besoin pressant. Ils se
dirigèrent à très grande vitesse depuis le territoire de « Zegdouna »,
au nord de Sabra, vers le sud, parcourant une distance d’environ huit
kilomètres à travers l’oued Berbata, où personne ne pouvait remarquer
leur présence, jusqu’à atteindre un carrefour. Une route mène de là à
Maghnia, l’autre vers le village de Bouhlou et Sidi Moudjahid. L’endroit
est une dépression proche du mausolée de « Sidi Mohamed Ben Halilem ».
C’est par ce site que les forces coloniales devaient passer sur le
chemin du retour. Les moudjahidine y tendirent une embuscade
soigneusement préparée aux soldats revenant de l’opération de ratissage.
Le plan consistait à laisser passer les premiers éléments du convoi et à
attaquer sa queue.
Au début de leur attaque, les moudjahidine utilisèrent des cocktails
« Molotov », puis se mirent à tirer sur les soldats ennemis depuis
différentes positions. Un camion militaire fut entièrement détruit et
vingt et un soldats furent tués, la plupart alors qu’ils tentaient de
fuir les flammes. Parmi eux se trouvait un officier de l’armée française
qui sauta de son camion en feu avec une mitrailleuse lourde qu’il
cherchait par tous les moyens à emporter afin qu’elle ne tombe pas entre
les mains des moudjahidine, en raison de son importance et de sa valeur
militaire. « Ogb-Ellil », qui se trouvait près de lui, remarqua sa
tentative, se jeta sur lui et engagea un corps-à-corps. Il ne tarda pas
à le renverser au sol, à le tuer et à lui arracher la mitrailleuse, qui
vint 50s’ajouter à l’importante quantité
d’armes et de munitions prises au cours de cette attaque.51
Si cette opération audacieuse fut menée par les moudjahidine comme
une vengeance directe contre les soldats français pour les meurtres
commis, sans distinction, contre certains moudjahidine et civils,
l’affaire ne s’arrêta pas là. Aux yeux d’« Ogb-Ellil », tout cela ne
suffisait pas encore à venger les crimes de l’armée coloniale.
Après le retrait successif des moudjahidine et leur dispersion en
différents endroits de la région de « Zegdouna », d’où l’attaque
précédente avait été lancée, et après l’arrivée de tous les moudjahidine
qui avaient réussi à échapper à l’encerclement, « Ogb-Ellil » rassembla
les moudjahidine de tous les différents détachements alors que le soleil
déclinait. Il leur déclara que l’opération de vengeance contre les
soldats français ne devait pas s’arrêter là et qu’une autre mission
révolutionnaire restait à accomplir afin de prouver au colonisateur que
la Révolution possédait une force militaire et des hommes robustes et
entraînés lui permettant, quelles que fussent les circonstances, en tout
lieu et à tout moment, de prendre l’initiative et d’attaquer pour se
venger. Pour mettre cette idée en pratique, un plan urgent fut établi
avec pour objectif d’encercler le village de Sabra puis d’y pénétrer,
malgré la présence encore massive dans la région d’une grande armée
venue de différents endroits, comme indiqué précédemment. Il va sans
dire que l’objectif de cette opération était avant tout de semer la
terreur parmi les colons et de démontrer que les moudjahidine étaient
capables d’attaquer l’ennemi chez lui et à l’intérieur de ses propres
centres.
Au début de l’exécution du plan, les avions de reconnaissance
survolaient encore la région. Les moudjahidine décidèrent donc de porter
des « djellabas » pour dissimuler leur uniforme militaire pendant leur
déplacement vers l’oued « Bourdim », le plus proche d’eux, qui devait
constituer l’itinéraire principal par lequel ils atteindraient les
abords du village. Le plan d’encerclement conduit par « Ogb-Ellil » et
ses compagnons du détachement spécial consistait donc à entourer le
village de Sabra par ses quatre côtés, chaque groupe de moudjahidine
prenant position dans une direction déterminée.
Le premier groupe fut dirigé par le martyr Bouzidi El Habib
(Abdelhamid), le deuxième par le martyr Maarouf Abderrazak (Mohamed
Moussa), le troisième par le moudjahid Negadi Ben Ziane et le quatrième
par le moudjahid Sahnoun Mohamed (Antar). L’ensemble de ces groupes
était placé sous l’autorité du responsable militaire du secteur, le
moudjahid El Wahrani Ahmed (Si Lakhdar). Les chefs reçurent l’ordre de
ne pas ouvrir le feu, quelles que fussent les circonstances, avant
d’entendre des coups de feu provenant de l’intérieur du village.
Parallèlement, un détachement spécial placé sous la direction du martyr
Zitouni Bouazza, vêtu d’uniformes militaires semblables à ceux de
l’armée française et armé du même type d’armes, fut chargé, grâce à ce
déguisement, de pénétrer dans les rues du village et d’apparaître comme
une patrouille de l’armée ennemie. Après le coucher du soleil, ce
détachement de moudjahidine réussit effectivement à entrer et se mit à
parcourir les rues du village. Alors qu’il y circulait, il croisa une
patrouille de l’armée coloniale. Quelques instants plus tard, les
moudjahidine ouvrirent soudainement le feu sur les soldats ennemis. Tous
furent tués ; ils étaient environ onze. Les moudjahidine s’emparèrent de
leurs armes et se retirèrent immédiatement. Dès que les moudjahidine qui
encerclaient le village entendirent les coups de feu, ils ouvrirent le
feu simultanément de toutes les directions et firent exploser des
grenades en différents endroits afin de désorganiser l’armée ennemie, de
l’empêcher de se déplacer librement et de semer la panique dans ses
rangs.
Peu de temps après le retrait des groupes de moudjahidine, qui
avaient exécuté cette opération révolutionnaire avec un succès complet
et au moment fixé, les projecteurs furent allumés, suivis d’une pluie de
tirs d’artillerie dans toutes les directions et de manière aléatoire.
Les moudjahidine avaient toutefois déjà commencé à mettre en œuvre la
dernière phase du plan, consistant à vider entièrement la région de leur
présence. Il était prévu, comme d’habitude, que l’armée coloniale mène
le lendemain une opération de ratissage et de grande ampleur, compte
tenu des forces militaires et des moyens matériels dont elle disposait.
Deux groupes de moudjahidine accompagnés du chef de secteur prirent donc
la direction des monts « Fellaoucen » au nord. Le troisième groupe se
dirigea vers les monts d’Ouled Mimoun, tandis que le quatrième suivit
l’oued Tafna vers le sud pour s’établir dans les monts de Beni Hediel.
Comme prévu, les forces coloniales ratissèrent entièrement la région,
mais elles ne réussirent à trouver aucune trace des moudjahidine.
L’examen de cette double opération révolutionnaire audacieuse,
exécutée en peu de temps comme une riposte directe et puissante des
moudjahidine et qui coûta à l’ennemi 32 morts, nous conduit sans aucun
doute à mesurer les sacrifices des moudjahidine et à comprendre leur
degré de préparation, aussi bien dans l’entraînement et la capacité de
combat que dans le dévouement à la Révolution et à ses objectifs de
libération. C’est ce que les moudjahidine de l’organisation du cinquième
secteur, sous la direction d’« Ogb-Ellil », incarnèrent dans toutes les
situations révolutionnaires. Ce chef ne négligea rien et ne faiblit ni
n’hésita dans le cadre de sa responsabilité pour faire de la Révolution
une réalité concrète, dont les objectifs nationaux ne devaient en aucun
cas être poursuivis avec relâchement ou défaillance.

La route empruntée par un groupe de moudjahidine, où il affronta
une patrouille de soldats coloniaux
Bataille d’Er-Raha

Les montagnes où se déroula la bataille d’« Er-Raha » ; leurs
forêts furent entièrement incendiées
Cette bataille compte parmi les combats les plus acharnés et décisifs
de cette période de la vie de la Révolution dans toute la région
occidentale. Les moudjahidine y affrontèrent directement l’armée
coloniale pendant deux jours entiers, les 23 et 24 juillet 1956. Tous
les moyens de guerre et de combat y furent employés, des armes légères
aux armes lourdes, de l’artillerie aux avions. Il arriva que les
valeureux moudjahidine pénètrent profondément et traversent les rangs
ennemis, transformant la bataille en corps-à-corps, homme contre homme,
où l’on utilisa les armes blanches, c’est-à-dire les coups de poignard.
En raison de l’intervention massive des tirs d’artillerie et des
bombardements aériens concentrés, qui ne cessèrent jamais durant toute
la bataille, le vaste champ de bataille, pourtant en plein jour, se
transforma en quelque chose ressemblant à une nuit noire. L’affaire ne
s’arrêta pas là : l’intensité et l’enchevêtrement des combats
augmentèrent au point que les groupes de moudjahidine combattants se
dispersèrent et se retrouvèrent éparpillés partout et dans toutes les
directions. Chacun d’eux devint isolé et livré à lui-même, sans autre
recours, au milieu d’une immense armée ennemie, que sa bravoure et son
acharnement au combat. Dans cette bataille féroce, le moudjahid avait
souvent beaucoup de mal à distinguer ses compagnons des soldats ennemis.
À dire vrai, il arrivait fréquemment que l’un heurte l’autre sans
avertissement, et tous deux s’engageaient alors dans un combat physique
à l’arme blanche. Dans cette bataille, malgré l’étendue du terrain, il
n’existait plus aucun recoin où se réfugier ni aucune issue permettant
de sortir. Il n’y avait plus non plus de temps, ni même d’instants, pour
reprendre son souffle, calmer l’effroi de l’âme et se maîtriser face à
l’horreur de la bataille, à la gravité de la situation, à la violence
des combats et à la confrontation avec la mort.
Telles sont les réalités de la féroce bataille d’Er-Raha.
L’administration coloniale ne manqua pas de citer dans son rapport le
nom du chef des moudjahidine qui y participait et d’en déterminer
précisément l’identité : El Mokhtar Bouzidi, « Ogb-Ellil ». Il est
nécessaire, à ce sujet, de présenter le rapport de l’administration
coloniale tel qu’elle le publia à l’époque dans sa presse,52 sans aucun changement, à
l’exception des faits concernant le nombre de morts dans les rangs
ennemis et ses pertes au cours de cette bataille, ou le nombre de
martyrs parmi les moudjahidine.
Texte sur la bataille d’« Er-Raha » tel qu’il fut publié dans le
journal L’ÉCHO D’ORAN
– Rapport de l’administration coloniale (traduction) :
– Bilan de la bataille de « 53Turenne » : 64 rebelles
tués.
– La bataille fut menée par des unités de l’armée française et
atteignit une intensité allant jusqu’au corps-à-corps, sur un terrain
extrêmement difficile.
– Tlemcen, 23 juillet 1956. Le violent engagement a eu lieu hier et
avant-hier (21-22 juillet), dans la forêt d’Er-Raha située à environ
cinq kilomètres au sud-est de « Turenne », en direction de la forêt
d’Ahfir. Il s’agit d’une région qui se termine par des ravins sauvages,
profonds, isolés et densément boisés, difficiles à pénétrer. Cette zone
est considérée depuis longtemps comme l’un des principaux bastions des
rebelles. Elle est traversée par un passage montagneux reliant la route
nationale Tlemcen-Turenne à la route n° 54, très fréquentée, qui relie
Tlemcen à Beni Bahdel. Ce passage s’élève à travers la région d’« Ahl El
Ghafer », au pied de plusieurs sommets montagneux dont l’altitude
dépasse 1 300 mètres.
Les renseignements précis disponibles, recueillis avec soin, ont
finalement permis aux forces militaires d’exécuter efficacement une
opération surprise préparée et conduite par le colonel commandant ce
secteur. Il faut souligner qu’aucune information n’a filtré au sujet de
cette opération, ce qui a permis à nos unités d’intervenir rapidement en
bénéficiant de l’effet de surprise.
Le groupe de rebelles était estimé à environ 300 hommes. Il était
extrêmement bien armé et disposait d’un grand nombre d’armes
automatiques. Il était dirigé par le dénommé Mokhtar Bouzidi,54 originaire de la région
elle-même.
Ce groupe était également composé d’hommes du même « douar », ce qui
constituait un appui certain pour les « fellagas ». Il faut reconnaître
que le commandement, ayant conscience de toutes les difficultés
possibles dans cette région, put ainsi assurer un dispositif militaire
entièrement dissimulé. Les jeunes appelés qui avaient été mobilisés
s’étaient, quant à eux, particulièrement adaptés à la guérilla, sans
difficulté. Leur expérience du combat avait atteint un niveau qui
suscita l’admiration de leurs chefs.
Une bataille féroce :
L’affrontement fut rapide et violent. Nos forces encerclèrent les
rebelles qui avançaient avec la plus grande difficulté dans une bataille
où ils furent surpris par une progression soudaine. Les hors-la-loi
prirent position de tous côtés sur un terrain difficile, abrités
derrière les rochers.
L’unité du Dragon de55 la Légion étrangère, renforcée par
des unités militaires de colons, affronta un feu nourri de fusils, de
mitraillettes et de mitrailleuses lourdes. Il ne fait aucun doute que
les hors-la-loi employèrent toutes les forces dont ils disposaient,
puisqu’il leur était impossible d’échapper à l’étau des forces
régulières – du moins pendant la journée. Il ne leur restait donc aucun
choix : se défendre ou mourir. Cette conviction inéluctable de l’ennemi
constitua un stimulant naturel. Il devint nécessaire, dans cette
situation, de déloger les hors-la-loi de leurs positions en imposant le
corps-à-corps, dans des conditions particulièrement tragiques.
Le flot des mitrailleuses se déversait à trois ou quatre mètres de
distance. Il faut imaginer un instant ce que pouvait être cet assaut
dans des broussailles hautes comme un homme, ne permettant aucune
visibilité. Il n’y avait que les coups de feu, qui venaient tantôt de
l’avant, tantôt de l’arrière ; le souffle des tirs arrivait même de
toutes les directions.
La tension nerveuse des combattants dans cette bataille acharnée
atteignit son paroxysme. L’intervention immédiate de l’artillerie lourde
et de l’aviation fut demandée afin de soulager nos valeureux soldats et
de leur permettre de reprendre leur souffle. Mais la nuit était déjà
tombée et la bataille dut s’interrompre.
La chance de la nuit : les hors-la-loi comprirent que leurs chances
de s’échapper pendant la nuit à travers un encerclement très hermétique
étaient devenues impossibles, malgré leur parfaite connaissance du
terrain de la bataille et de l’emplacement de chaque arbre.
La bataille reprit au petit matin avec toute sa violence et sa
férocité, alors que le brouillard était encore présent. Les hors-la-loi
réussirent à aménager quelques positions retranchées afin de sécuriser
leur fuite vers la forêt d’« Ahfir » et le douar de « Temkessalet ». La
bataille prit alors définitivement fin.
Le bilan provisoire communiqué ce soir fait état de 64 morts parmi
les hors-la-loi, comptés 56et identifiés pendant
l’opération de tri. De nombreuses armes, différentes et variées, ont été
récupérées. Du côté des forces régulières, nous déplorons quelques morts
et environ 15 blessés. (Fin.)
Il ne fait aucun doute que ce rapport colonial décrivant la bataille
d’« Er-Raha » ne pouvait rendre compte de tous les aspects de la
bataille ni de l’étendue de sa férocité. Au contraire, il s’employa à
inverser et à falsifier de nombreux faits, parce qu’il se préoccupait
avant tout de faire l’éloge de la puissance de l’armée coloniale et de
ses capacités de combat. Il formula à cet égard des affirmations
mensongères et des contrevérités évidentes. Malgré cela, il donna une
description précise de l’intensité et de l’ampleur de la bataille,
description confirmée par le témoignage de certains moudjahidine qui
participèrent à cette bataille féroce et sont encore en vie. Ils la
résumèrent en disant qu’elle avait été une journée d’enfer. Pendant la
bataille, il n’y avait aucune distinction entre les heures du jour et de
la nuit. Les obus de l’artillerie et les bombardements aériens étaient
devenus comme un grondement de tonnerre qui ne cessait ni ne s’apaisait.
Les moudjahidine et les soldats français s’étaient complètement mêlés.
L’affrontement était le plus souvent un combat dans lequel chaque homme
faisait face à un autre. À tout moment, on entendait les gémissements
des hommes s’élever ou des cris venir d’ici ou de là, tandis que le
grondement des mitraillettes se déversait sans interruption et que les
coups de fusil assourdissaient les oreilles. Chaque balle, comme le dit
l’un des moudjahidine, ne permettait pas de savoir où elle allait finir
sa course – en vous ou dans quelqu’un d’autre – tant le combat était
enchevêtré et confus. Après l’intervention de l’artillerie lourde et de
l’aviation, appelée en renfort par le « colonel », chef de l’armée
coloniale, en raison du grand nombre de pertes dans ses rangs et parce
qu’il avait compris que ses forces étaient désormais sous la domination
des moudjahidine, il devint nécessaire pour ces derniers de se jeter
sans hésitation au contact et de s’imbriquer dans les rangs ennemis.
Cela donna à la bataille une autre dimension de violence et de férocité.
Les bombardements aléatoires, qu’ils viennent de l’artillerie ou de
l’aviation, atteignaient alors souvent directement les soldats ennemis
au lieu des moudjahidine, en raison du grand nombre de soldats ennemis
et du petit nombre des moudjahidine.
Bien que cette bataille féroce fût déséquilibrée, puisque les forces
de l’armée coloniale dépassaient deux mille hommes tandis que les
moudjahidine étaient environ trois cents – soit l’écrasante majorité des
moudjahidine composant le cinquième secteur -, le nombre des morts de
l’armée ennemie dépassa néanmoins 130 soldats, et celui des blessés se
compta par dizaines. Cela est confirmé par le long temps mis par les
ambulances militaires à évacuer les morts et les blessés du champ de
bataille après la fin des combats : elles poursuivirent cette opération
pendant trois jours consécutifs, sans interruption. En revanche, l’armée
d’« Ogb-Ellil » compta vingt-quatre martyrs et environ quinze blessés de
différentes gravités.
Bataille d’Aïn El Ban (9-11 août 1956)
Depuis le début du mois d’août 1956, des groupes de l’Armée de
libération relevant des structures du « cinquième secteur » s’étaient
installés dans la zone montagneuse comprenant les hauteurs de « Moutas »
et d’« Aïn El Ban ». Ces deux zones voisines se situent à environ trente
kilomètres à l’ouest des monts de Tlemcen et sont couvertes d’une forêt
dense. Toute la région est également traversée par de nombreux oueds et
ravins, en plus de profondes pentes. Cela en faisait un centre difficile
d’accès que les différents détachements de l’Armée de libération avaient
l’habitude de fréquenter, soit pour se rencontrer et communiquer entre
eux, soit pour les nécessités de la dissimulation et de la protection
contre les dispositifs de surveillance coloniaux. Malgré cela, ces
derniers, après avoir surveillé la région plusieurs jours de suite,
découvrirent la présence de certains groupes de moudjahidine. L’ennemi
colonial mobilisa alors deux mille (2 000) soldats et lança rapidement
une vaste opération de ratissage couvrant toutes les zones jusqu’à
atteindre, vers l’ouest, les monts de Beni Bahdel qui dominent le
village de « Kadara ». Comme cette opération avait commencé de nuit, les
moudjahidine ne s’en aperçurent que lorsqu’un de leurs groupes rencontra
certaines lignes avancées des unités de l’armée ennemie. Cela se
produisit à l’aube du 13 août et provoqua un affrontement soudain,
suffisant pour avertir tous les groupes de moudjahidine, dispersés dans
différents endroits, qu’une vaste progression des forces de l’armée
coloniale avait couvert toute la région. À partir de ce moment, les
différents groupes de moudjahidine engagèrent des affrontements
dispersés avec l’ennemi en tentant de traverser ses rangs et de sortir
de l’encerclement. Cette situation d’affrontements se poursuivit jusqu’à
la tombée de la nuit, qui facilita la rupture de l’encerclement par les
moudjahidine à travers les oueds et les ravins difficiles d’accès. Dans
l’ensemble, ces affrontements firent dix (10) morts et quelques blessés
dans les rangs ennemis, et cinq (5) martyrs dans l’Armée de
libération.
Le lendemain, 14 août, vers dix heures du matin, l’ennemi découvrit,
à l’ouest d’« Aïn El Ban », la présence d’« Ogb-Ellil » et de trois
moudjahidine de son détachement spécial : Bekhti Abderrazak, Maarouf
Abderrazak et Rachedi Ahmed. Cela se produisit à la suite de nouveaux
affrontements entre certaines unités de moudjahidine et l’armée ennemie
dans une zone proche d’eux. Les forces coloniales concentrèrent alors
leurs efforts pour resserrer l’encerclement. Peu de temps après, elles
les entourèrent de toutes parts, équipées de différentes armes
meurtrières. Tandis que ces forces avançaient au sol en tirant dans
toutes les directions, treize (13) avions de guerre couvraient le ciel
au-dessus d’eux et se relayaient pour les bombarder. Dans ces
circonstances éprouvantes, « Ogb-Ellil » et ses compagnons moudjahidine
concentrèrent notamment leurs efforts sur leurs tentatives acharnées de
protéger le journaliste égyptien, Si Hocine, qui les 57accompagnait et fut témoin de cette
bataille. Malgré cela, ils combattirent avec bravoure pour affronter
l’armée coloniale et lui résister. Ils l’obligèrent à interrompre sa
progression vers eux, laissant le champ aux raids et aux bombardements
aléatoires des avions. Cela donna aux moudjahidine la possibilité
d’échapper à l’emprise de l’ennemi et de quitter la zone dangereuse
après s’être dispersés et avoir emprunté les ravins et les pentes
étroites.
Mais les avions de reconnaissance réussirent une nouvelle fois à
découvrir « Ogb-Ellil ». Cette fois, il était seul et avançait à travers
la forêt dense qui s’étend jusqu’aux hauteurs extrêmes dominant par
l’est le village de « Kadara » – « Aïn Boudaou » -, un terrain
montagneux situé entre « Beni Bahdel » et « El Kef ». Les avions de
guerre concentrèrent alors leur action sur « Ogb-Ellil » seul et se
mirent à le poursuivre en le bombardant devant lui, derrière lui et de
toutes parts. Il fut blessé et brûlé à plusieurs endroits. Un éclat
pénétra notamment dans son oreille et un autre atteignit sa main. Les
avions continuèrent à le poursuivre, comme s’ils avaient reconnu son
identité, jusqu’à ce qu’il disparaisse de leur surveillance et qu’ils
perdent complètement sa trace. Ils intensifièrent alors leurs
bombardements dans toutes les directions, en vain. L’ampleur du
bombardement effraya les habitants du village de « Kadara », qui
assistaient à cette scène terrifiante dans leur région montagneuse.
Lorsque tout cela se rapprocha de leur village, ils s’enfuirent avec
leurs femmes et leurs enfants vers l’oued Kadara et se cachèrent dans la
Grotte jaune. Cette grotte préhistorique peut abriter des dizaines de
personnes. Alors qu’ils y étaient entassés et terrorisés, « Ogb-Ellil »
entra soudain parmi eux, épuisé, les vêtements déchirés et le sang
coulant de plusieurs parties de son corps. Il leur dit immédiatement : «
… Ne vous inquiétez pas et n’ayez pas peur. Les avions ont perdu ma
trace… Ils ne savent pas que j’ai pris cette direction… Il vaut
mieux que vous restiez ici jusqu’à ce que les choses se calment et que
les avions s’en aillent. »
« Ogb-Ellil » quitta immédiatement cet endroit en direction des monts
de « Boussedra », puis atteignit par la suite la ville marocaine d’«
Oujda », où le groupe d’Oujda résidait et se reposait sous la direction
de Boussouf Abdelhafid et de Houari Boumediene. Ces deux hommes, dans
ces mêmes circonstances difficiles d’affrontement avec l’armée
coloniale, disposaient, dis-je, du temps et d’un vaste espace de
sécurité et de stabilité pour se consacrer et s’immerger dans la
préparation d’un complot de trahison. Ce fut ce complot ignoble à la
suite duquel « Ogb-Ellil » tomba en martyr. Si « Ogb-Ellil » affronta
les forces coloniales dans des batailles acharnées sans qu’elles
parviennent à l’atteindre, malgré les moyens de renseignement et de
destruction dont elles disposaient, c’est parce qu’il s’agissait avant
tout d’un affrontement d’hommes contre des hommes, où la victoire
revenait à celui qui faisait preuve de courage et d’héroïsme et dont la
cause reposait sur des principes sincères et des objectifs justes.
L’affrontement de Boussouf et de Boumediene contre lui ne pouvait, quant
à lui, reposer que sur les complots, les intrigues et les coups portés
dans le dos. Ce sont des caractéristiques viles qui continuèrent à les
distinguer pendant la Révolution à Oujda, puis après la Révolution dans
l’Algérie indépendante.
Le rapport qu’« Ogb-Ellil » rédigea au sujet de la bataille d’« Aïn
El Ban » et envoya à la direction de la Révolution indique peut-être et
contient directement la nature du complot qui se préparait contre lui.
Il fait également allusion aux moyens ignobles qu’ils adoptèrent et
érigèrent en méthode et en procédé de conspiration et de trahison.

L’oued emprunté par « Ogb-Ellil » en direction des monts de
Boussedra
Site de la bataille d’« Aïn El Ban »

La Grotte jaune où se cachèrent les habitants du village de
Kadara à la suite de la terreur provoquée par l’aviation ennemie qui
poursuivait « Ogb-Ellil » lors de la bataille d’« Aïn El Ban »
Rapport d’« Ogb-Ellil » sur la bataille d’Aïn El Ban (11-8-1956)58
Front de libération nationale
Cinquième secteur
Objet : rapport du chef de secteur
– Dimanche 11 août 1956, je suis entré dans le cinquième secteur
accompagné de Si Hocine, journaliste égyptien.
– Le 13 août, nous nous sommes déplacés avec lui vers Aïn « Boudaou
». Si Hocine n’a pas pu poursuivre la marche et, après de grandes
difficultés qui ont failli nous coûter la vie, nous avons réussi à nous
dégager de l’encerclement, vers le milieu de la journée.
Le soir, j’ai envoyé le journaliste à la direction, car il nous
gênait dans l’accomplissement de notre travail puisqu’il ne pouvait plus
continuer à marcher ; il rejoignit donc la direction.
Le lendemain, 14 août, nous avons été de nouveau encerclés à Beni
Bahdel, après un bref accrochage survenu à quelques kilomètres de nous
avec l’un de nos groupes.
Un avion ennemi nous repéra vers dix heures du matin et nous fûmes
étroitement encerclés. Ensuite, les avions de chasse, au nombre de 13,
se mirent à nous bombarder directement. Je fus blessé au cours d’un des
affrontements, alors que nous étions quatre (4) moudjahidine contre
environ 2 000 soldats ennemis.
Les balles des chasseurs traversèrent ma casquette et mon pantalon.
Le soir, nous réussîmes à nous dégager de cet encerclement, et nous
étions comme des morts.
J’ai rejoint l’endroit vers lequel je me dirigeais (le Maroc) et j’ai
signalé ma présence sur place à la direction, qui a reçu mon
rapport.
J’ai attendu d’être convoqué afin de rendre compte de mon état de
santé, mais je n’ai reçu aucune convocation. Au contraire, ils ne
faisaient qu’interroger les militants du secteur à mon sujet. Leur
préoccupation était de savoir si Si Mokhtar était parti ou non. Ils
posaient des questions sur moi comme si j’étais venu en promenade.
Situation à Oujda : à mon entrée à Oujda, ils chargèrent des gens de
me surveiller et de suivre mes déplacements afin de connaître mes
activités et mes mouvements.
À Oujda, de nombreux militants des cellules présents furent frappés,
comme Dali Youcef Redouane, et cela depuis environ trois mois.
– Didouh : il dut vendre les bijoux de sa femme afin de nourrir ses
enfants qui mouraient de faim, puis il fut arrêté et frappé le 20 août
1956.
– Attar : il fut arrêté et frappé le 28 août 1956.
(Fin.)
FRONT ET ARME DE LIBERATION
NATIONALE ALGERIENNE
5ème secteur
Objet : Rapport du chef du 5ème secteur
1-Le dimanche 11 Août 1956 je rentrai au 5ème secteur en compagnie de
Si Hocine journaliste Egyptien
Le 13 Août nous fûmes avec le reporter à Aïn Boudaoud
Si Hocine ne pouvait pas marcher après plusieurs sacrifices qui
faillirent nous coûter la vie, nous fûmes libérer de cet encerclement
vers l’après midi. Le soir j’ai envoyé le journaliste au commandement
car il nous gênait dans nos actions, il ne pouvait pas marcher. Il
rejoignit le commandement. Le lendemain 14 Août fûmes de nouveau
encerclés à Béni-Bahdel. Après un bref accrochage que fit quelques
kilomètres de nous une de nos section, nous fûmes repérés vers 10h du
matin par des avions. Nous fûmes encerclés étroitement et bombardés par
des avions de chasse qui étaient au nombre de 13. Je fus blessé après un
accrochage car nous étions 4 contre 200 soldats ennemis.
Mon chapeau fût criblé de bales par les bombardiers ainsi que mon
pantalon. Vers le soir nous fûmes libérés de cet encerclement. Nous
étions à moitié morts. Je regagnai le Maroc. Arrivé à destination, j’ai
signalé ma présence dans cette région au commandement, qui reçu mon
rapport, j’ai patiné pensant qu’on allait me convoquer pour se rendre
compte de mon état de santé. Je ne reçu aucune convocation mais plutôt
ne faisant que questionner les militants à mon sujet, ils étaient
chargés d’enquêter si Mokhtar était parti ou non.
Ils questionnaient après moi comme quelqu’un qui serait venu se
promener.
II- La situation à Oujda : Quand je suis entré à Oujda ils chargèrent
des sentinelles de me filet pour voir mes attitudes et mon travail.
III- A Oujda : Ils ont bastionné plusieurs de mes cellulaires:
Dali Youcef Redouane, il y a environ trois mois
Didouh : allait vendre les bijoux de sa femme pour nourrir ses
enfants qui crevaient de faim, il fût arrêté puis bastionné
20/08/1956.
Attar : fût arrêté puis bastionné le 28/08/1956.
Tous
IV-Stop…
-
Photographie du rapport
Le complot et le martyre

Le martyr « Ogb-Ellil » – Si Mokhtar, en 1955
Après avoir réussi, avec de grandes difficultés, à échapper à
l’emprise de l’armée coloniale lors de la bataille d’« Aïn El Ban », «
Ogb-Ellil » rejoignit Oujda, atteint de plusieurs blessures. Dans ces
circonstances précises, le groupe d’Oujda, dirigé par Boussouf (Si
Mabrouk) et Boumediene, était à l’affût, comme indiqué précédemment. On
sait que ce groupe, après s’être établi dans cette ville à l’écart des
horreurs et des dangers de la Révolution, après y avoir transféré la
direction de la Révolution dans l’Ouest algérien au début de l’année
1956, n’avait plus qu’à mettre en place un système policier de
renseignement lui garantissant de demeurer et de se stabiliser dans
cette ville et chargé d’exécuter les intrigues et les complots qu’il
élaborait, ainsi que les méthodes de trahison et de coups dans le dos
qu’il planifiait contre tout moudjahid qui s’opposait à lui ou
contestait sa fuite de l’enfer de la Révolution, qui affrontait sa
direction et critiquait ses comportements et ses agissements suspects :
le fait de se soustraire par des voies détournées à la participation
effective sur le terrain de la Révolution, de jouer avec l’argent de la
Révolution et de l’utiliser à des fins personnelles, ou encore de
dénoncer les manifestations d’oisiveté et de débauche dans les rues de
la ville, d’autant que tout cela se faisait au nom de la Révolution et
sous le slogan de l’application de la « légitimité de la Révolution ».
Naturellement, cette légitimité suspecte et falsifiée ne provenait pas
de l’intérieur de la Révolution, comme on pourrait spontanément le
penser ou comme certains l’imaginent et le prétendent, mais de
l’extérieur, loin de son terrain. Or, « Ogb-Ellil », partant de ses
principes révolutionnaires et de ses qualités nationales, ne pouvait
accepter l’existence d’une direction révolutionnaire militaire qui se
distinguait de l’ensemble des moudjahidine et, loin des dangers de la
Révolution et de l’enfer des batailles, s’immergeait dans la vie des
bureaux, la débauche et les complots, tandis qu’elle poussait les autres
au combat et à la mort. Quoi qu’il en soit, le conflit qui atteignit son
paroxysme entre « Ogb-Ellil » d’une part et la direction du groupe
d’Oujda d’autre part avait ses circonstances et ses causes réelles,
notamment celles liées à leur manière de participer à l’action
révolutionnaire et à la nécessité de concrétiser cette participation sur
le terrain. Il s’agissait en outre d’un conflit qui révélait dès le
début des positions divergentes et contradictoires sur de nombreuses
questions concernant les exigences de la conduite de la Révolution dans
la région frontalière occidentale : par exemple, les tentatives de
distinguer une catégorie dirigeante monopolisant le pouvoir
révolutionnaire, dont la mission se limitait à donner des ordres et qui
se tenait à l’écart de toute participation réelle ou directe aux actions
révolutionnaires ; sans parler des désaccords sur les problèmes
d’armement, de communication et de ravitaillement, dont « Ogb-Ellil »
estimait nécessaire qu’ils fussent traités directement au niveau des
secteurs plutôt que par l’intermédiaire de la prétendue catégorie
dirigeante. Il devint clair que la direction du groupe d’Oujda
cherchait, par différents moyens et procédés – tels que l’usage
arbitraire de l’autorité de la Révolution -, à consacrer un fait
accompli consistant désormais à gérer seule les affaires de la
Révolution depuis Oujda. Il s’agissait d’une gestion « administrative »
défaillante, opposée et contradictoire avec les réalités
révolutionnaires du terrain, car les orientations de ce type de gestion
se concentraient essentiellement sur le monopole des responsabilités de
commandement et sur leur conservation, sans la moindre concurrence,
aventure ou confrontation avec les dangers de la Révolution. Or cette
confrontation et cette prise de risque constituaient, selon les
positions d’« Ogb-Ellil », le fondement du succès de la Révolution. Tout
révolutionnaire, surtout s’il était militaire comme les membres du
groupe d’Oujda, devait donc en faire preuve et s’y engager. C’était
seulement ainsi que l’on pouvait distinguer les véritables hommes de la
Révolution de ces lâches défaillants.
L’essentiel dans tout cela est que, face à cette opposition et à
cette critique qu’« Ogb-Ellil » soulevait désormais à partir de ses
positions révolutionnaires fermes, la direction d’Oujda acquit la
conviction que cet homme représentait pour elle un danger imminent :
premièrement, pour la poursuite de son existence comme direction
installée à Oujda ; deuxièmement, pour tout ce qui concernait ses
complots et ses plans visant à s’accaparer les centres de force dans le
système de la Révolution, en préparation d’une prise de contrôle du
pouvoir et du régime dans l’Algérie indépendante à 59l’avenir.

Dar El Melhaoui à Oujda, centre de la direction d’Oujda
Leur sentiment croissant du danger que représentaient ses positions
face à tous ces plans et complots reposait sur deux réalités :
L’augmentation de son rang révolutionnaire et l’accroissement de sa
renommée auprès de tous les moudjahidine et militants, et même auprès de
l’ensemble de la population. Où qu’il allât et où qu’il s’installât, il
occupait une place et jouissait d’un prestige, en raison de ses succès
successifs dans les opérations où il dirigeait les moudjahidine contre
l’armée coloniale.
Son affrontement avec eux en tant que direction installée à Oujda et
sa demande constante qu’ils entrent sur la terre de la Révolution et du
combat. On sait qu’« Ogb-Ellil » était le seul, parmi les dirigeants
révolutionnaires de la région et parmi tous les chefs de secteurs de
l’époque, à s’être opposé à ce groupe et à avoir insisté pour qu’il
participe effectivement à la Révolution, là où les oueds et les
montagnes d’Algérie l’abritaient, et non au moyen de cette participation
illusoire depuis Oujda, où leur vie était dominée par la débauche,
l’oisiveté et le gaspillage des fonds de la Révolution.
On peut dire à ce propos que l’opposition d’« Ogb-Ellil » à la
direction de ce groupe atteignit un niveau de tension et de dureté tel
qu’il n’entretenait plus avec elle aucune relation directe. Ce groupe
était devenu, à ses yeux, une source de soupçons et un foyer de
relâchement et de manipulation de la Révolution et de ses principes. Ses
agissements honteux et, parfois, ses positions obscures nuisaient au
moral des moudjahidine et avaient une influence négative sur l’ardeur de
leur enthousiasme révolutionnaire. Cette tension s’accrut encore,
notamment après deux incidents obscurs :
Le premier incident concerne la mise à mort collective d’un groupe de
jeunes de Tlemcen dans des60 circonstances
obscures. Jusqu’à peu de temps auparavant, ils avaient milité dans le «
Mouvement pour le triomphe des libertés démocratiques », puis «
Ogb-Ellil » les avait recrutés dans les rangs de la Révolution. Comme
ils possédaient un certain niveau de formation et d’instruction, ils
furent envoyés à la direction d’Oujda afin que celle-ci examine comment
les intégrer dans l’une des structures de la Révolution. Mais cette
direction prit la décision de les tuer tous, pour des raisons qui
restent inconnues.
Le deuxième incident fut la lettre que « Boussouf » envoya à «
Ogb-Ellil » par l’intermédiaire des agents de liaison en avril 1956. Son
contenu l’appelait à cesser et à interrompre définitivement les
opérations militaires et révolutionnaires contre l’armée ennemie. Il lui
écrivit que la direction, alors installée à Oujda, avait décidé
d’assumer elle-même la supervision complète de ce type d’opérations :
leur planification et leur préparation, jusqu’à la détermination du lieu
et du moment, c’est-à-dire la fixation préalable du lieu et de la date
de toute opération révolutionnaire.
Naturellement, la conséquence inévitable de décisions aussi obscures
– telles que les comprit « Ogb-Ellil » – était que les organisations
révolutionnaires de terrain, c’est-à-dire le système des secteurs, se
trouveraient dans une situation d’attente et de guet des ordres qui leur
parviendraient de temps à autre. Dès lors, les chefs de secteurs et les
moudjahidine en général, à l’intérieur du territoire national,
n’auraient plus qu’à rester sur leurs positions et à attendre les ordres
et directives venant d’Oujda. Bien qu’un tel message ait sans aucun
doute été reçu par tous les chefs de secteurs – et constituât une
première épreuve de leur disposition à se soumettre et à s’incliner
devant la direction d’Oujda -, ils n’opposèrent aucune objection ni
réaction notable, alors même que de tels ordres contredisaient la
réalité de la guérilla. « Ogb-Ellil », au contraire, entra dans une vive
colère et rejeta entièrement ces instructions. Il y vit l’expression de
desseins vils et d’une tendance au complot et au coup porté dans le dos,
notamment la volonté d’imposer le fait accompli d’une direction d’Oujda
ayant organisé ses conditions de manière à rester à l’écart de tous les
dangers de la Révolution. Il comprit également, avant d’autres, les
voies de trahison et les conséquences dangereuses qui pouvaient en
résulter, et qui étaient peut-être précisément recherchées par les
mesures exposées dans la lettre de Boussouf. D’autant plus qu’«
Ogb-Ellil » nourrissait depuis longtemps des soupçons selon lesquels
certaines communications secrètes étaient envoyées depuis Oujda par «
radio » et parvenaient, soit par erreur soit intentionnellement, au
poste colonial situé à Sidi Moudjahid. Tout 61cela le poussa à répondre par une
lettre adressée à « Abdelhafid Boussouf », au ton sévère et aux termes
durs. Elle disait notamment, en substance : « … Si tu veux planifier
les opérations contre l’armée ennemie et déterminer ensuite comment
elles doivent être exécutées, à l’heure et au lieu que tu veux, il ne te
reste qu’à venir sur le champ de bataille et à les mener toi-même, au
lieu de te replier à Oujda et de t’immerger dans les complots… Quant à
moi et aux moudjahidine, nous vivons sur le champ de bataille et nous
savons mieux quelles opérations révolutionnaires doivent être menées
contre l’armée ennemie et lesquelles conviennent à la situation… »
C’est avec cette clarté et cette position ferme qu’« Ogb-Ellil »
affronta la direction d’Oujda. À partir de ce moment, celle-ci n’hésita
plus à préparer des intrigues et à élaborer complot après complot afin
de l’assassiner. Ses positions révolutionnaires lui causaient désormais
beaucoup d’embarras et de difficultés, notamment parce qu’il continuait
d’exiger qu’elle entre et demeure sur la terre de la Révolution, là où
se déroulait la bataille de libération. Cette question prit de l’ampleur
et parvint aux oreilles des proches comme des lointains, devenant en
même temps une source d’éveil de la conscience de l’ensemble des
moudjahidine, dans les différents secteurs, quant à la réalité de leur
défaillance et de leur fuite vers l’extérieur.
Dans sa manière de faire face aux revendications d’« Ogb-Ellil »,
cette direction recourut parfois à des comportements obscurs et
tortueux, et à d’autres moments à des procédés vils chargés de trahison,
consistant à tenter de l’isoler et à cesser de fournir à ses soldats des
armes et du matériel
de guerre, puis à tenter de le tuer. Sa réaction à ces complots –
comme on le sait – fut d’une grande fermeté révolutionnaire. Il commença
par refuser de leur remettre les fonds de la Révolution, qui étaient
recueillis au moyen de cotisations de différentes manières. D’un autre
62côté, il mit en place un réseau
secret d’une efficacité notable, chargé d’acheminer du matériel de
guerre par la ville marocaine de Nador. Il se rendit lui-même plusieurs
fois dans cette ville à cette fin, où il prenait contact 63avec des personnes clandestines
liées à ce réseau. Celui-ci se mit à transférer de temps à autre vers le
front intérieur, dans le cadre des structures du « cinquième secteur »,
d’importantes quantités d’équipements et de moyens de guerre.
En plus de tout cela, la direction d’Oujda tenta d’assassiner
directement « Ogb-Ellil » lorsqu’elle chargea l’un de ses éléments de
cette64 mission. Celui-ci le guetta et tira
sur lui alors qu’il s’apprêtait à sortir de l’hôpital « Lesto » d’Oujda,
au début du mois d’août 1956, mais il ne parvint pas à l’atteindre. Cet
homme révolutionnaire avait l’habitude de rendre visite aux malades
algériens et aux moudjahidine blessés dans cet hôpital chaque fois qu’il
venait dans cette ville pour une raison ou une autre. Il était connu
pour leur fournir souvent tout ce dont ils avaient besoin, vêtements,
argent et autres choses. C’était l’une de ses bonnes qualités, alors que
la direction du groupe d’Oujda ne se préoccupait pas de leur sort malgré
son installation permanente dans la ville. Après tous ces événements
marqués par la trahison, les intrigues et les coups portés dans le dos,
pour lesquels Boussouf et Boumediene avaient mobilisé tous les éléments
du renseignement et de la police secrète – cet appareil policier mis en
place par Boussouf à Oujda et dont la mission, comme on le sait, se
limitait aux enlèvements, aux meurtres, à la terreur et aux menaces
contre tout officier ou chef de la Révolution qui osait critiquer la
direction d’Oujda, refuser de la suivre ou se soumettre à ses décisions
-, après tous ces événements, dis-je, et malgré l’utilisation de tous
ces moyens terroristes sous le couvert de l’application de la légitimité
révolutionnaire depuis Oujda, située au-delà des frontières algériennes,
loin du terrain de la Révolution où se trouvait véritablement la «
légitimité révolutionnaire », ils ne réussirent toujours pas à
assassiner « Ogb-Ellil ». L’homme faisait partie de ces héros
révolutionnaires qu’il était difficile d’affronter directement. Il ne
leur restait donc plus qu’à recourir à la tromperie consistant à le
convoquer au prétendu « meeting », sous la supervision et la garantie de
Si « Tayeb El Watani », c’est-à-dire Mohamed Boudiaf. On sait que la
préparation de ce complot reposa essentiellement sur une lettre secrète
qu’« Ogb-Ellil » avait envoyée, au cœur de ces événements, directement à
la direction nationale de la Révolution, devenue connue sous le nom de
Comité de coordination et d’exécution. Comme « Mohamed Boudiaf » se
trouvait alors au Maroc, il reçut cette lettre, qui décrivait la
situation dégradée de la Révolution dans la région frontalière
occidentale, critiquait la direction d’Oujda, son autoritarisme et sa
persistance à se maintenir dans cette ville, ainsi que son gaspillage
des fonds de la Révolution dans des affaires privées. Elle signalait
aussi certains crimes d’enlèvement, de mauvais traitements et de meurtre
ayant touché de nombreux militants dans des circonstances obscures.
L’essentiel est qu’« Ogb-Ellil » demandait dans cette lettre la tenue
d’une réunion sous la supervision d’un membre de la direction nationale
de la Révolution et en présence de toutes les parties. Il espérait y
affronter la direction d’Oujda, dévoiler ses complots et ses
comportements obscurs et tortueux et, avant toute chose, la faire
revenir sur sa position et la contraindre à rejoindre la Révolution à
l’intérieur de l’Algérie. Il expliquait que cette situation anormale
représentait désormais un danger pour la marche de la Révolution dans
cette région du pays, notamment les orientations et les pratiques du
système de renseignement mis en place par « Boussouf », dont la base
essentielle ne consistait pas à combattre et poursuivre le colonialisme,
mais à poursuivre d’autres objectifs : exécuter des complots, fabriquer
la trahison et monter des accusations par des moyens vils afin
d’éliminer quiconque serait tenté de s’opposer à la direction d’Oujda ou
de lui faire face sur telle ou telle question.
Ce qui suscite peut-être le plus d’interrogations dans toute cette
affaire est que la position de « Boudiaf » et sa réaction à cette
question ne furent pas à la hauteur de sa responsabilité révolutionnaire
nationale, en matière d’intégrité, de clairvoyance et d’assomption des
responsabilités. Au lieu de s’en tenir à la sincérité et à l’honnêteté
dans le traitement des causes de ces conflits et divergences, quelles
qu’en fussent la nature et l’intensité, il se laissa au contraire
entraîner dès le premier instant par sa subjectivité extrême et se plaça
comme partie prenante et partiale dans le conflit, au lieu de demeurer,
du fait de sa responsabilité, neutre et intègre. Cette position s’était
peut-être formée chez lui à partir de son sentiment que de telles
critiques contenues dans la lettre d’« Ogb-Ellil » pouvaient, d’une
manière ou d’une autre, s’appliquer également à lui. La réalité
confirmait que ses ambitions et ses convoitises ne différaient pas de
celles de la direction d’Oujda, notamment le désir effréné d’occuper,
par n’importe quel moyen, les premiers postes exclusifs dans le système
de la Révolution, malgré son affirmation fréquente – comme celle de tous
– du slogan de la direction collective. Ou peut-être sa position
n’était-elle qu’une expression d’une tendance régionaliste détestable
qui avait longtemps65 nourri et dissimulé derrière elle
la plupart des conflits et des complots éclatant entre les différents
éléments dirigeants au sein des systèmes révolutionnaires, et qui resta
également présente dans le système du pouvoir après la Révolution. Ou
encore peut-être était-il poussé par son désir d’obtenir l’appui et le
soutien du groupe d’Oujda, notamment en la personne de « Boussouf » et
de son rang, contre ses ennemis et ses concurrents dans les niveaux de
responsabilité, tels qu’Ahmed Ben Bella, Abane Ramdane et d’autres, même
si cela devait passer par la participation et l’implication dans un
complot ayant conduit à un crime odieux contre un héros de la
Révolution, dont l’armée coloniale elle-même avait attesté la force de
résistance et le courage, et qu’elle n’avait pas réussi à atteindre
malgré la multiplicité des affrontements et la violence des
batailles.
C’est donc de cette manière hideuse et par cette méthode de trahison
que « Boudiaf » traita cette affaire. Il se hâta de prendre contact avec
la direction d’Oujda et lui communiqua le contenu de la lettre. Ils se
mirent alors tous d’accord pour préparer le complot visant à assassiner
« Ogb-Ellil » et à se débarrasser de lui. Les étapes en furent d’abord
de lui faire savoir que « Boudiaf » et la direction d’Oujda acceptaient
de tenir le « meeting » qu’il avait demandé et souhaité ; ensuite de
transformer ce « meeting » apparent en procès fictif ; enfin de conduire
les événements vers l’assassinat, en présence et sous le témoignage de
nombreux éléments dirigeants de la Révolution.
Tout cela fut organisé dans un contexte de complot auquel s’applique
la parole de l’imam Ali : « Une vérité par laquelle on veut le faux. »
C’est ainsi qu’« Ogb-Ellil » fut trompé et accepta ce meeting-complot.
Ils veillèrent avec un soin extrême à ce que tout soit organisé et se
déroule dans un cadre naturel, familier et attendu, de manière à ne
susciter aucun doute ni soupçon. « Si Mabrouk » veilla tout
particulièrement à ce que les étapes de ce piège soient conçues et
exécutées selon des procédures d’une extrême précision. Il était sans
rival expérimenté et habile dans la préparation et la conduite des
complots, d’autant qu’il connaissait parfaitement la nature d’«
Ogb-Ellil », son courage et la violence de ses réactions.
C’est précisément pour cette raison, afin de ne susciter chez lui
aucun soupçon, qu’ils fixèrent le lieu de la réunion dans la maison
appartenant à l’un de ses amis les plus chers et les plus fidèles, «
Abderrahmane Belkhadim ». C’était un militant qui disposait d’un soutien
et d’un rang dans l’activité révolutionnaire, au point qu’il était le
premier militant qu’« Ogb-Ellil » visitait et rencontrait chaque fois
qu’il venait à Oujda. Cela témoigne de la force du lien qui unissait les
deux hommes.

Maison d’Abderrahim Belkhadim, où le complot fut préparé ;
photographie prise après la reconstruction de cette maison
Telle fut donc la première tromperie qui le rassura quant au lieu où
ils l’avaient attiré. Il faut toutefois signaler ici qu’il est établi
qu’après avoir été informé du lieu et de la date du prétendu « meeting »
– au milieu du mois d’août 1956, quelques jours seulement après son
arrivée à Oujda à la suite des blessures et brûlures reçues lors de la
bataille d’« Aïn El Ban », comme indiqué précédemment -, « Ogb-Ellil »
prit immédiatement contact, par le système de liaison, avec son adjoint
militaire « El Wahrani Ahmed ». Celui-ci se trouvait alors dans la
région de « Moutas ». Il lui demanda de le rejoindre immédiatement en
amenant avec lui le jeune moudjahid « Ben Bilal Ali ». Lorsqu’ils
arrivèrent à Oujda, ils le trouvèrent en train de66
les attendre dans la maison du militant « Khalil Mohamed », en présence
de celui-ci et d’une autre personne. Après s’être renseigné auprès de
son adjoint militaire sur la situation sur le champ de bataille, il
présenta la personne qui se trouvait avec eux en disant : « … Cet
homme est un officier marocain. Il est ici pour aider, et nous avons
besoin de lui pour certaines affaires… » Je pense qu’il faisait
allusion à la question de l’aide à l’acheminement des armes et du
matériel de guerre. Peu de temps après, lorsqu’il ne resta plus sur
place qu’« Ogb-Ellil », El Wahrani Ahmed et Khalil Mohamed, il tira une
grosse valise de dessous le lit sur lequel il était assis, puis l’ouvrit
afin que tous voient qu’elle était remplie d’argent. Il dit ensuite, mot
pour mot : « … Cet argent appartient au peuple algérien. Personne n’en
connaît l’existence en dehors de Dieu et de nous trois. Comme je vais
dans un instant à une réunion avec Si Tayeb El Watani (Mohamed Boudiaf),
si quelque chose se produit et que je ne reviens pas, cet argent, qui
est le dépôt du peuple algérien, restera sous votre responsabilité… 67»
À travers cette attitude claire et à partir des allusions et des
intentions de ces paroles par lesquelles il donna ses recommandations à
ses compagnons, il apparaît clairement qu’« Ogb-Ellil » nourrissait en
lui un certain doute et ressentait intérieurement l’existence d’une
tromperie dans ce « meeting ». La raison en était peut-être son
expérience avec ces hommes et ce qu’il avait connu de leurs complots et
de leurs trahisons. Malgré tout cela, « Ogb-Ellil » alla assister à ce
meeting-complot, sans hésitation ni recul. C’est l’une des
caractéristiques marquantes – et mortelles – de tous les héros, hommes
de courage et d’audace : il peut leur venir un sentiment puissant et une
intuition intérieure de l’existence d’une tromperie ou d’une trahison
dans ce vers quoi ils s’avancent, et pourtant ils ne reculent ni ne se
replient. On sait qu’il emmena avec lui son compagnon de djihad « Bekhti
Abderrazak », qui ne le quittait plus, surtout dans les derniers mois et
quelles que fussent les circonstances. À peine eut-il fait les premiers
pas pour entrer qu’une attaque surprise s’abattit sur lui. Des éléments
de l’organisation du renseignement surgirent de toutes parts. Il
s’agissait d’un groupe formé et dressé par « Boussouf » à Oujda pour
accomplir de telles actions viles. Naturellement, ils ne lui laissèrent
aucune possibilité de se défendre. Leur priorité lors de cette attaque
surprise était sans aucun doute de lui arracher son arme, qu’il avait
toujours l’habitude de dissimuler sous sa djellaba, ce qu’ils savaient
parfaitement. Malgré cela, il réussit à se jeter sur l’un des membres du
groupe et faillit l’étrangler à mort, si des coups ne l’avaient pas
atteint par derrière puis de toutes parts. Les coups furent violents et
durs aux épaules et à la tête, et il finit par tomber inconscient. Au
milieu de cet affrontement, son compagnon « Abderrazak » avait réussi à
sortir son pistolet et à tuer l’un des assaillants avant qu’ils ne se
jettent sur lui sauvagement de toutes parts. Lorsqu’ils parvinrent à le
maîtriser, ils le ligotèrent par derrière en attachant ses mains à ses
pieds, tandis qu’ils placèrent « Ogb-Ellil », toujours évanoui, sur une
chaise et l’attachèrent avec une corde en l’enroulant tout autour, des
pieds jusqu’au cou.
C’est donc de cette manière, qui atteignait le degré extrême de la
trahison, que commença le « meeting » venu être présidé par « Si Tayeb
El Watani » et dont le complot avait été conçu et dirigé par « Si
Mabrouk » et « Boumediene ». Un groupe d’hommes de la Révolution dans
l’Ouest algérien participa à la représentation de cette scène ou en fut
témoin.
Après avoir maîtrisé « Ogb-Ellil », ils le transportèrent dans cet
état, alors que son sang coulait encore, jusqu’à l’endroit où tous se
trouvaient dans l’attente. Ceux des présents qui ignoraient les
intrigues et les fils du complot furent surpris et stupéfaits par cette
scène, tandis que ceux qui avaient planifié et conspiré poussèrent un
soupir de soulagement. Afin de ne laisser aucune place à une initiative
consistant à poser des questions ou à demander des explications, ils se
hâtèrent, sans retenue et sans préambule, de l’accuser d’une série de
charges et de mensonges fondés sur la fabrication et les contrevérités,
puis commencèrent à lui poser question après question. Leur intention
était de faire comprendre à tous qu’ils ne se trouvaient pas là pour
simplement assister à une réunion destinée à examiner les désaccords
dans le cadre d’un rassemblement important des directions de la
Révolution dans l’Ouest algérien, comme ils l’avaient imaginé ou prévu,
mais que leur présence équivalait à une participation à un procès
fabriqué et falsifié.
Selon le témoignage du moudjahid « Chenouf Mohamed », 68chef du deuxième secteur et présent
lors de ce complot, tout avait été préparé et planifié à l’insu de
l’ensemble des personnes présentes. « Boussouf » et « Boumediene » se
mirent à lui poser des questions qui n’avaient aucun rapport ni aucun
lien avec le sujet du « meeting » tel que les présents l’avaient en
tête, à savoir régler le conflit entre les deux parties et clarifier
certaines positions concernant l’armement et l’utilisation des fonds de
la Révolution.
Les questions étaient notamment les suivantes : pourquoi « Ogb-Ellil
» ne reconnaissait-il pas et n’obéissait-il pas aux ordres de leur
direction, la direction d’Oujda ? Pourquoi avait-il cessé de leur
remettre les fonds de la Révolution qu’il recueillait dans le cadre de
sa responsabilité au cinquième secteur ? Que faisait-il lorsqu’il se
rendait à Nador ? Y avait-il rencontré « Ahmed Ben Bella » ? Comment
l’un de ses groupes de moudjahidine avait-il tué tel harki sans se
référer à leur direction ? Et pourquoi qualifiait-il Si Mabrouk, son
premier responsable, de « chien aveugle » ?
Après avoir terminé ces questions, « Boussouf » se tourna vers le
moudjahid « Ahmed El Wahrani », qui 69était l’adjoint
militaire dans l’organisation du cinquième secteur comme indiqué
précédemment, et lui dit : « Tu as travaillé avec El Mokhtar
(Ogb-Ellil). Que penses-tu de lui ? » Son intention était de l’amener à
livrer un témoignage contre son chef. Celui-ci ne fit que répondre, dans
un état de grande confusion : « … Vous savez tous très bien qui est El
Mokhtar, vous connaissez son courage et ses actions contre le
colonialisme… Tous les moudjahidine témoignent de son courage et de
son héroïsme… Que pourrais-je dire de plus ?… »
« Boussouf » l’interrompit alors sèchement en disant : « … Oui,
nous savons tout cela, et nous savons aussi qu’il remplissait ses poches
de bonbons puis vous les distribuait comme à des enfants… »70
« Ogb-Ellil » garda le silence durant toute cette « réunion », ce
complot, car il était presque inconscient et son état s’était fortement
dégradé sous l’effet des coups mortels qu’il avait reçus. Malgré cela, à
un moment donné, tous l’entendirent dire qu’il ne reconnaissait pas
cette direction installée dans la ville d’Oujda et qu’il ne parlerait de
quoi que ce soit devant cette bande qu’en présence de « Larbi Ben M’hidi
». Puis il dirigea son regard vers « Boudiaf », qui lui avait demandé
pourquoi il avait qualifié « Boussouf » de cette manière, et lui dit : «
Tu dois lui poser cette question ; il sait très bien pourquoi ! »
Par ces quelques mots, il montra à tous sa position, son refus de
reconnaître cette direction et son indifférence à leurs prétentions et à
leurs mensonges fabriqués.
À la suite de ces paroles, certaines voix commencèrent à s’élever ici
et là. Elles convergeaient toutes vers une même position : il fallait
régler ce différend et ce conflit en transférant Si Mokhtar (Ogb-Ellil)
vers une autre région, par exemple vers le Sud (la région du Sahara).
Cette idée circulait déjà parmi eux avant même la préparation de ce
complot. La bande d’Oujda la lui proposait d’ailleurs souvent chaque
fois qu’il insistait sur la nécessité qu’elle rejoigne la Révolution à
l’intérieur de l’Algérie.
Face à cette confusion qui annonçait une dispersion des avis et des
divisions entre les présents, et qui commençait ainsi à éloigner le
cours des événements de ce qui avait été préparé et planifié derrière ce
rassemblement suspect, « Houari Boumediene » ne put se contenir. Il se
leva, très nerveux, et déclara à tous avec insistance qu’il n’y avait
aucune possibilité d’entente. Il sortit aussitôt une feuille blanche et
se mit à71 la faire passer de l’un à l’autre à
toute vitesse, ordonnant à chacun d’y écrire son nom puis de signer. La
feuille circula ainsi parmi tous les présents, alors que l’objet ou le
motif de la signature n’y était pas encore indiqué. Il convient de
signaler que, parmi les présents, un seul homme, « Si Bousseif », chef
du troisième secteur, eut la capacité et le courage d’annoncer son refus
et de s’abstenir de signer. Lorsque Boumediene lui présenta la feuille,
il lui dit : « … Éloigne-toi de moi, toi et ta feuille. Je ne
participerai pas à cette mascarade… et je ne m’impliquerai pas dans ce
complot visant à tuer un héros de la Révolution. Je suis innocent de
tout cela… »
À cet instant, « Ogb-Ellil » attira de nouveau l’attention de tous en
prononçant ses dernières paroles : « … J’ai compris ce que vous
voulez, vous… »
Il leur proposa alors quelque chose auquel personne n’avait pensé et
qui les surprit tous : il demanda à être transféré vers la zone
frontalière où se trouvait un poste de l’armée coloniale qu’il
connaissait bien, près de la ferme « Lafil ». Il voulait l’attaquer,
tuer autant d’éléments ennemis qu’il le pourrait, puis tomber en martyr
à la manière des héros courageux. C’était le but qu’il avait toujours
recherché et demandé dans toutes ses batailles contre l’ennemi. Tous
furent alors stupéfaits et échangèrent des regards. À ce moment, Houari
Boumediene se leva une seconde fois et dit : « … Il ne faut pas le
laisser faire ce qu’il veut… Nous ne pouvons lui faire confiance
quelles que soient les circonstances ; vous connaissez tous la
dangerosité de cet homme… 72»
Ainsi, « Ogb-Ellil », dans les derniers instants de sa vie, exprima
sa position révolutionnaire héroïque et sa disposition à se sacrifier de
quelque manière que ce soit pour l’Algérie. De son côté, la direction
d’Oujda exprima sa véritable nature conspiratrice et son désir aveugle
de se venger d’un héros révolutionnaire qui l’avait placée dans une
situation extrêmement embarrassante en la poursuivant et en l’appelant à
entrer en Algérie, terre de la Révolution et de la bataille, au lieu de
fuir et de se cacher comme des enfants et des femmes dans les maisons
d’Oujda.
Il fut tué par strangulation alors qu’il se trouvait dans le même
état et la même position, attaché à la chaise, par celui que l’on
appelait « Bouchkour » et son groupe, membres de l’unité chargée des
exécutions relevant de « Boussouf ». Bien qu’il eût demandé, dans sa
dernière prise de position, à être enterré sur le territoire algérien,
ces terroristes criminels se contentèrent de jeter son corps et celui de
« Abdelrazak Bakhti », qu’ils avaient tué de la même manière, sur la
bande frontalière près de la ferme (ferma) Lafil. Ils mutilèrent
sauvagement les deux corps afin que personne ne puisse les identifier.
Quelques jours plus tard, un citoyen marocain habitant la région de «
Halanqad » découvrit les deux corps et les enterra au même endroit.
Après l’exécution de ce crime odieux, par tromperie et trahison,
contre un vaillant héros révolutionnaire que l’armée coloniale avait
longtemps tenté en vain d’atteindre, et qui, dès le début, avait offert
sa propre personne, les membres de sa famille un à un et tous les hommes
de son clan au sacrifice pour la libération du peuple algérien ; puis
contre un autre vaillant héros (Bakhti Abdelrazak), qui comptait parmi
les plus jeunes moudjahidine ayant rejoint la Révolution algérienne à un
âge précoce et qui combattit l’armée coloniale dans plusieurs batailles
; aussitôt après cela, les services de renseignement et les hommes de «
Boussouf » commencèrent à s’activer et à répandre parmi les gens, les
militants et tous les moudjahidine diverses propagandes et divers
mensonges afin de dissimuler la réalité du complot. Ils entreprirent
ensuite, par l’intimidation et la menace, de pousser les gens à y croire
puis à les propager. Le groupe des conspirateurs connaissait en effet la
place de cet homme révolutionnaire et son influence parmi les militants
et les moudjahidine. Ils étaient certains que la fuite de la moindre
information sur ce complot entraînerait parmi les moudjahidine des
réactions générales dont il serait difficile de maîtriser le cours.
Parmi les propagandes et mensonges qu’ils diffusèrent avec insistance
figurait l’affirmation selon laquelle « Ogb-Ellil » avait demandé à la
direction son transfert dans la région du Sahara, qu’il l’avait obtenu
et qu’il avait emmené avec lui son compagnon « Bakhti Abdelrazak ». Pour
renforcer cette propagande et amener les gens à y croire,73
ils rédigèrent en son nom une lettre falsifiée qu’ils envoyèrent à son
frère. Ils perfectionnèrent la falsification de cette lettre, qui
annonçait son transfert vers le Sahara. On y affirmait même qu’il
l’avait écrite dans l’urgence, alors qu’il était en route vers sa
nouvelle direction. Ils veillèrent particulièrement à y mentionner
certains hadiths et versets coraniques qu’il avait l’habitude de citer
devant les moudjahidine dans certaines situations et occasions. Les
conspirateurs n’oublièrent pas non plus de répéter dans cette lettre
falsifiée la belle phrase qu’il disait si souvent aux moudjahidine
lorsqu’ils pensaient à leurs enfants dans les moments difficiles : « Le
premier jour, nous n’avons pas pris d’engagement envers nos enfants ;
nous nous sommes engagés envers le peuple algérien afin de le libérer.
»

Première page de la lettre falsifiée

Deuxième page de la lettre falsifiée

Troisième page de la lettre falsifiée
La lettre falsifiée transposée de la langue dialectale à la
langue arabe
« Au nom de Dieu, le Clément, le Miséricordieux »
À mon cher frère, que soient sur toi les salutations les plus
honorables, avec la miséricorde et la bénédiction en permanence, de la
part de ton frère dont tu connais le nom : « Abbadi ».74
Je t’informe que j’ai demandé à la direction à être remplacé et
qu’ils ont accepté. J’ai effectivement été transféré et je n’ai pas pu
venir jusqu’à toi parce que je n’avais pas le temps ; je te demande donc
de me pardonner.
Je ne t’ai pas indiqué le secteur où je suis parti afin de préserver
le secret ; c’est l’action qui te le fera connaître. Nous sommes trois
chefs de secteur à avoir été transférés. Quant à mes enfants,
l’organisation se chargera d’eux ; ils sont comme tout Algérien.
J’ai demandé qu’Abdelrazak soit transféré avec moi75 ;
ils ont accepté et il est parti avec moi.
Si tu veux m’écrire, écris la lettre et remets-la à l’organisation ;
elle me la fera parvenir. Ne t’inquiète pas de cela, car la lutte et le
djihad ne se déroulent pas en un seul endroit. Dieu, Très-Haut, a dit :
« Il se peut que vous détestiez une chose alors qu’elle est un bien pour
vous, et il se peut que vous aimiez une chose alors qu’elle est un mal
pour vous… »
Je vous demande pardon, mon frère, de ne pas vous avoir vus avant mon
départ. Je sens combien vous êtes perplexes de ne pas me voir venir
cette fois-ci chez vous. Je t’ai écrit cette lettre alors que j’étais en
route.
Quant à mes enfants, ne t’inquiète pas à leur sujet. J’ai écrit une
lettre au frère « Miloud » pour qu’il s’occupe d’eux. Le premier jour,
nous n’avons pas pris d’engagement envers nos enfants ; nous nous sommes
engagés envers le peuple algérien afin de le libérer.
Transmets mes salutations à mes enfants, chacun par son nom, à
Abderrahmane et ses enfants, à Miloud et ses enfants, ainsi qu’à tous
ceux qui demandent de nos nouvelles ; à « Khalil » et son frère Ahmed, à
Bousseif, et à tous les membres du groupe que tu rencontrais, chacun par
son nom.
Celui qui est à Dieu, Dieu est avec lui… Les actes ne valent que
par les intentions, et chacun n’a que ce qu’il a eu l’intention de
faire. Celui dont l’émigration est vers Dieu et Son Messager, son
émigration est vers Dieu et Son Messager ; et celui dont l’émigration
est vers un bien de ce monde qu’il obtient, ou vers une femme qu’il
épouse, son émigration est vers ce pour quoi il a émigré.
Et paix à celui dont le cœur porte la foi et l’esprit de fraternité,
qui aime les bonnes œuvres. Paix.
« Abbadi, le 20 septembre 1956 »
Cette hystérie de mensonges destinée à dissimuler le complot ne
s’arrêta pas là. Ils se mirent, à plusieurs reprises, à introduire parmi
les gens des personnes qui prétendaient faussement et mensongèrement
avoir vu de leurs propres yeux « Ogb-Ellil », ou l’avoir rencontré ici
ou là. Dans le même temps, parallèlement à tout cela, ils se mirent à
poursuivre et à traquer nombre de ses militants, en particulier ceux qui
entretenaient avec lui des liens de lutte ou des relations étroites.
Certains furent soumis à la terreur, d’autres maltraités, d’autres tués
; certains se plièrent au fait accompli et rejoignirent leur groupe par
peur ou pour une raison qui leur était propre. Plus grave encore, après
son crime odieux, la bande d’Oujda fut prise d’un tel trouble qu’elle
interdit à quiconque, quels que fussent les motifs, de prononcer le nom
d’« Ogb-Ellil » ou de Si Mokhtar dans quelque circonstance que ce soit.
Pour cela, ils espionnèrent les militants et les moudjahidine et les
terrorisèrent de la manière la plus intense.
Quant à ses soldats du cinquième secteur, après l’échec de la mission
du nouveau chef nommé par la bande d’Oujda pour le remplacer, Bouaizem
Mokhtar dit « Nasser », qui se heurta à un fort refus et ne put rester
dans leur région plus d’un mois, la direction d’Oujda recourut ensuite à
leur transfert et à leur dispersion – qu’ils fussent officiers,
moudjahidine ou militants – à travers les différents secteurs et
régions. Il convient de signaler ici que la très grande majorité de ces
moudjahidine tombèrent en martyrs dans leurs combats contre l’armée
ennemie. Certains accomplirent des actes héroïques reconnus, tels Si
Abdelhamid Bouzidi, Ahmed El Hadj, Maarouf Abdelrazak, Zeitouni et
d’autres, sans doute nombreux.
On peut dire après cela que la personnalité d’« Ogb-Ellil », ou Si
Mokhtar, resta malgré tout vivante parmi les gens durant toutes les
années de la Révolution, puis après la Révolution. Tous continuaient à
s’interroger et à chercher à connaître quelque chose des secrets de sa
disparition mystérieuse et inconnue. Depuis lors, diverses histoires et
divers récits se tissèrent autour de lui, la plupart créés par les gens
ou issus de l’imagination. D’autant que la direction d’Oujda n’épargna
aucun effort pour cacher la vérité et dissimuler le complot et le crime.
Cette personnalité se transforma ainsi en quelque chose qui ressemblait
à une légende populaire. 76Les femmes la
chantèrent, des enfants reçurent son nom, et les adultes la transmirent
aux plus jeunes. Ainsi cette personnalité révolutionnaire fut-elle
destinée à demeurer, et le nom d’El Mokhtar ou d’« Ogb-Ellil » continua
d’être cité au fil des longues années, malgré l’acharnement de la
direction d’Oujda, en particulier de « Boussouf » et de « Boumediene »,
à effacer les actes héroïques et les sacrifices de cet authentique
révolutionnaire dont la valeur fut reconnue par les ennemis avant les
amis. L’armée coloniale reconnut son importance dès le début de la
Révolution de libération. Il demeura également un symbole et un sujet de
conversation parmi les gens, les militants et les moudjahidine pour son
courage et sa bravoure, durant la Révolution comme à l’époque de
l’indépendance. Puis vint le tour du pouvoir officiel de le reconnaître,
mais après des dizaines d’années. Sous la présidence de Chadli
Bendjedid, en 1985, il fut réhabilité et sa place révolutionnaire
reconnue. Ses restes et ceux de son compagnon martyr Bakhti Abdelrazak
furent transférés et réinhumés au cimetière d’El Alia à Alger,
conformément à un décret présidentiel ordonnant la réinhumation de tous
les officiers et chefs de la Révolution de libération tombés en martyrs
dans des circonstances de « complots et de trahison ». Plus encore, ce
martyr symbole reçut un nouvel hommage, un honneur et une distinction
lorsque M. Abdelaziz Bouteflika, président de la République, salua et
loua sa remarquable personnalité révolutionnaire dans le cadre de son
discours adressé au public algérien depuis la ville de Tlemcen en 1999.
Il lui décerna en même temps la médaille Athir de l’Ordre du Mérite
national, conformément au décret présidentiel n° 99-136, en date du
04 juillet 1999.
Au moment où « Ogb-Ellil » menait sur le terrain de la Révolution une
bataille continue, entourée de tous les dangers, et œuvrait à affermir
la Révolution de libération dans la région dont il avait la
responsabilité, en utilisant tous les moyens dont disposaient les
moudjahidine, de sorte que son armée n’achevait un affrontement que pour
en commencer un autre, les conspirateurs, ceux qui avaient fui vers les
lignes arrière pour se consacrer au projet du pouvoir et du gouvernement
– leur projet réel et véritable qu’ils avaient apporté et adopté d’une
manière obscure depuis le déclenchement de la Révolution de libération –
au lieu de prendre part à la Révolution avec les moudjahidine et
d’affronter les dangers et les terreurs, étaient, dis-je, sur le sol
marocain, en train de préparer et d’ordonner les procédés les plus vils
de trahison et de perfidie, et de tisser les fils du complot abject. Ils
recoururent pour cela, comme on le sait, à des méthodes d’une extrême
ruse et d’une grande perfidie, que même l’armée coloniale n’avait pu
mettre en œuvre, bien qu’« Ogb-Ellil » fût devenu pour elle l’homme le
plus dangereux et recherché, mort ou vif, à n’importe quel prix. Il n’y
a là rien d’étonnant : cet homme rural révolté était devenu une cible et
un ennemi commun aux deux parties – l’armée coloniale et la direction
d’Oujda. Autant il affronta l’armée coloniale et lui infligea perte
après perte, autant il affronta et dénonça la direction d’Oujda après sa
fuite et son installation en terre d’émigration, loin du champ de la
Révolution et du combat.
Mohamed Boudiaf
Cet homme fut connu, durant le mouvement national, pour sa
participation politique dans les rangs du Parti du peuple algérien, puis
dans le Mouvement pour le triomphe des libertés démocratiques. Il figura
notamment au premier plan de la discorde et du conflit politique qui
conduisirent à l’effondrement de ce dernier parti. D’autre part, il fut
accusé d’avoir été le principal responsable de la découverte, par la
police coloniale dans la région de Constantine en 1950, des cellules de
l’Organisation spéciale secrète qui préparaient la résistance armée au
sein des structures du Parti du peuple. Cela conduisit à la mort et à
l’arrestation de certains membres de cette organisation secrète. M.
Abdelhamid Mehri, secrétaire général du parti du Front de libération
nationale, le confronta à cette réalité – comme on le sait – lors d’une
confrontation organisée par la télévision algérienne en 1992.
Il contribua à la fondation du Comité révolutionnaire d’unité et
d’action, puis à la naissance du Front de libération nationale et au
déclenchement de la Révolution de libération en 1954. En outre, il
occupa des fonctions dirigeantes dans la Révolution de libération en
qualité de membre du Conseil national de la Révolution algérienne en
1956, puis de membre du Comité de coordination et d’exécution, puis de
ministre d’État dans le Gouvernement provisoire, avant d’en devenir plus
tard vice-président.
Immédiatement après l’indépendance, il participa, avec ceux qui s’y
engagèrent, à une lutte acharnée pour s’emparer du pouvoir. Il n’eut
aucune chance à cet égard. Le groupe d’Oujda, aux côtés du groupe de
Tunis, domina l’arène du conflit. À la suite de cela, il fonda en 1963
son parti, qu’il appela Parti de la Révolution socialiste, avec le grand
espoir d’obtenir ainsi le soutien et l’appui de l’Internationale
communiste. Mais celle-ci avait depuis quelque temps déjà choisi de
soutenir et de renforcer l’un de ceux qui lui appartenaient, plus
croyant en ses principes et plus enthousiaste : « Houari Boumediene ».
En fondant ce parti, il déclara son opposition au régime en place et à
ses hommes. Peu après, il partit à l’étranger, ayant acquis la certitude
qu’il était devenu une cible d’assassinat et de liquidation de la part
des mêmes éléments avec lesquels il avait longtemps participé ou s’était
impliqué dans des complots d’assassinat durant la Révolution de
libération. Le régime de l’époque n’hésita pas à le condamner à mort par
contumace en 1964.
Après une période passée à se déplacer entre la France et le Maroc,
il s’installa dans la ville marocaine de Kénitra. Cette ville, malgré sa
petite taille, attirait alors divers éléments des services de
renseignement internationaux. Mohamed Boudiaf fut amené en Algérie en
1992 après avoir été séduit par la réalisation du rêve qui
l’accompagnait depuis l’époque du mouvement national : occuper la
fonction de premier homme du régime. Cela se réalisa après une longue
période, mais pour peu de temps, alors que l’Algérie vacillait sous
trois maux : un système politique produit par un pouvoir militaire et un
appareil de renseignement stérile et détestable, un régime militaire
détestable ; un extrémisme religieux barbare revêtu des habits du
christianisme du Moyen Âge ; et la domination d’une administration de
francisés, héritiers du legs colonial défunt. Après avoir pris le
pouvoir en Algérie dans ces circonstances tumultueuses et obscures, il
ne trouva comme décision importante à prendre, en ouverture de son
pouvoir, que sa décision suspecte de geler l’application de la loi sur
la langue arabe. Cette décision ouvrit largement la voie – et la porte
demeure ouverte jusqu’à notre époque – à la langue coloniale et à sa
culture pour se répandre de nouveau sur la terre de la Révolution, après
qu’elles étaient à l’agonie et en voie de disparition. Ce fut un acte et
un comportement fanatiques qui caractérisaient les catégories
francophones, héritières légitimes des revendications des
assimilationnistes – l’assimilation à la société et à la culture
françaises – durant la période du mouvement national. Cette décision
vint, sans aucun doute, démentir et contredire le nom sous lequel il
était surnommé durant la Révolution de libération, « Si Tayeb El Watani
». Et je me demande : quelle nationalité peut avoir un homme qui méprise
– hait – et dédaigne la langue de sa patrie, quels que soient la
faiblesse, le retard et l’humiliation qui règnent parmi ses locuteurs
?
Mohamed Boudiaf fut assassiné le 29 juin 1992 alors qu’il se trouvait
à la tribune, prononçant un discours dans lequel il expliquait les voies
de la croissance et du développement. L’ensemble de la société
algérienne assista en direct à cet assassinat.
Abdelhafid Boussouf
Il occupa la fonction de deuxième adjoint de Larbi Ben M’hidi, tandis
que Hadj Ben Alla était le premier adjoint au sein de la direction de la
Révolution dans l’Ouest algérien, et ce dès son déclenchement le 1er
novembre 1954. Il continua à exercer sa direction dans la région
occidentale en se déplaçant d’une zone frontalière à une autre, jusqu’à
ce qu’il prenne sa décision suspecte : transférer sa direction dans la
ville marocaine d’Oujda au début de l’année 1956.
Là se forma autour de sa personne le « groupe d’Oujda », qui demeura
sous sa direction directe, aux côtés de Houari Boumediene, pendant
toutes les années de la Révolution de libération. Il créa également,
dans cette même ville, un système de renseignement et de police secrète,
ainsi qu’un autre groupe clandestin appelé par les gens « Jamaat
Ech-Chkara », c’est-à-dire le groupe du sac. Ce groupe était composé
d’un nombre limité d’éléments, très bien entraînés. Ils enlevaient leurs
victimes selon une méthode consistant à introduire la tête de la victime
dans un sac (chkara), puis à la pousser dans une voiture afin de la
transporter vers un lieu inconnu où elle rencontrait son destin.
Il est à remarquer à ce propos qu’Abdelhafid Boussouf suivit, dans sa
manière d’organiser le renseignement et la police secrète, la méthode du
dirigeant de l’Internationale communiste « Trotski » lorsqu’il procéda
ainsi en réorganisant l’Armée rouge soviétique, comme il l’exposa dans
son livre « Défense du terrorisme », publié en 1920.
Il adopta également sa méthode et imita ses démarches, qui
consistaient – comme on le sait – à pratiquer la terreur, à fomenter des
complots et à procéder à la liquidation physique, afin de vaincre et
d’écraser les opposants, avec pour devise : la fin justifie les
moyens.
Ainsi, cet homme était connu pour ne pas hésiter à recourir à la ruse
et à la tromperie, et à le faire dans le plus grand secret. Par exemple,
il avait l’habitude de commencer par fabriquer de fausses accusations en
inventant des rumeurs contre ses adversaires et ses opposants. Il
prenait également les devants en constituant contre eux des dossiers
fabriqués, qu’il conservait pour les brandir lorsqu’il en avait besoin.
S’il prenait les décisions de complot d’une manière obscure et secrète,
il ne les mettait en œuvre qu’en impliquant et en compromettant tous les
membres de son groupe. Il espionnait aussi continuellement les chefs de
la Révolution et recueillait sur leur personnalité et leurs secrets le
moindre détail, en particulier sur ceux qui étaient actifs et se
distinguaient par leur dynamisme. Pour cela, il recrutait de jeunes
éléments qu’il formait au travail du renseignement, dépourvus de
perspicacité et de conscience. Il faisait croire à tous qu’il n’agissait
ainsi que contraint et mû par la défense de l’intérêt de la Révolution –
depuis la ville d’Oujda – et conformément à ce qu’exigeait sa
légitimité.
Il importe, à ce propos, de signaler certains aspects de sa
personnalité obscure et de ses comportements suspects, tels que les
connurent tous les moudjahidine lorsqu’il se trouvait sur le territoire
de la Révolution, dans la zone frontalière occidentale, c’est-à-dire
avant son départ pour la ville d’Oujda. Il veillait avec le plus grand
soin à ce que sa véritable personnalité demeure inconnue et obscure,
même pour les moudjahidine les plus proches. Aucun d’eux ne savait d’où
il venait ni où il allait. Il continuait à se déplacer d’un lieu à
l’autre sans se fixer. Quant aux agents de liaison de l’organisation de
la Révolution qui assuraient son déplacement – monté sur le dos d’un
mulet ou d’un âne -, aucun d’eux ne savait qui était cet homme. Plus
encore, il ne se permettait pas de passer deux nuits au même endroit,
sauf impossibilité. Il ne faisait confiance à personne, même parmi ses
proches. Il se montrait bon et simple et traitait chaque responsable de
la Révolution avec un visage différent, prétendant lui apporter un
soutien absolu. Comme il comprit rapidement qu’il ne pourrait continuer
à cacher sa personnalité et à dissimuler sa réalité par cette méthode
tortueuse, dans cet état de dissimulation, de peur et de fuite ou
d’évitement des dangers, sans susciter autour de lui soupçons et doutes,
surtout parmi les moudjahidine doués de discernement et d’expérience
révolutionnaire, il trouva vite une issue qui lui épargnait la peine de
cette extrême prudence, de cette affectation et de cette inquiétude
permanente : il décida de transférer sa direction à Oujda, où il finit
par s’installer, rassuré et éloigné de toutes les causes de frayeur et
de peur. Cela d’une part. D’autre part, si l’on considère le niveau
organisationnel et technique sur lequel il avait constitué les cellules
de renseignement au sein du groupe d’Oujda, niveau qui atteignait celui
des services de renseignement internationaux, on ne peut que
s’interroger sur la source de cette expérience précise du travail de
renseignement, sur le moment où il l’acquit et sur l’organisme qui se
trouvait derrière cela. Cette interrogation devient sans doute plus
insistante et plus objective lorsque l’on sait que ce système de
renseignement qu’il créa dans la ville d’Oujda ne fut jamais – en raison
de la nature terroriste de son organisation – destiné à espionner le
colonialisme ni à traiter ses dossiers secrets, comme on pourrait le
penser. Au contraire, durant toute la Révolution de libération, ce
système resta directement orienté vers la fabrication de complots et
d’assassinats qui touchèrent nombre de pionniers de la Révolution dans
l’Ouest algérien.
Après tout cela, il est peut-être également important de signaler que
cet homme, malgré sa position dirigeante dans la Révolution de l’Ouest
algérien, puis ensuite au niveau de la Révolution dans le cadre
national, n’avait pourtant ni confiance ni assurance dans ses
organisations ni dans ses hommes. Ce qui le confirme est qu’à la fin de
la Révolution – comme il me l’a déclaré lui-même peu avant sa mort – il
transféra son dossier personnel concernant la Révolution de libération
d’Oujda vers l’étranger. Il le déposa à son nom dans une banque en
Italie. Ce dossier contient les récits des assassinats dont il avait
fabriqué les événements et organisé les complots comme il le voulait et
l’avait planifié, sans que personne ne le conteste ni ne lui demande des
comptes. Rien d’étonnant : il y avait compromis tous les membres de la
direction d’Oujda. Ce dossier demeure encore, à mon avis, enfoui à sa
place dans les profondeurs de l’oubli.
À partir de là, on peut dire que ce comportement obscur et suspect
est peut-être de nature à suggérer que l’homme avait également déposé à
son nom personnel une « quantité » de fonds de la Révolution dans la
même banque italienne. Peut-être s’agit-il des mêmes fonds qu’il
commença à investir durant les premières années après l’indépendance,
aussi bien en Algérie qu’à l’étranger, malgré son affirmation et son
insistance selon lesquelles il n’avait créé ces projets et
investissements qu’avec des aides particulières reçues de certains de
ses riches amis dans les gouvernements arabes.77
Qui pouvait donc être cet homme qui confiait en toute tranquillité à
une banque étrangère les secrets de la Révolution de libération,
pourtant d’une extrême gravité, au lieu de recourir aux organisations et
aux appareils de la Révolution, qui étaient différents et variés ? Et
quelle pouvait être sa véritable personnalité, surtout si l’on sait que,
durant les derniers mois précédant sa mort en 1979, il s’était
entièrement consacré à la préparation d’une étude précise et détaillée
sur la situation générale du peuple algérien telle qu’elle régnait à
cette époque : une situation de déclin social, économique et politique.
Ce seraient, selon son hypothèse, les mêmes conditions générales qui
prévalaient à la veille de la colonisation française en 1830 et qui
furent à l’origine de la faiblesse du peuple algérien et de sa chute
comme proie du colonialisme. À ma connaissance, le sujet relève autant
de la compétence et de l’intérêt des recherches et études scientifiques
universitaires – domaine avec lequel cet homme n’avait aucun lien et
auquel il n’appartenait pas – qu’il relève aussi du cœur de la
compétence des services de renseignement internationaux développés.
Ceux-ci recourent à la réalisation de tels sujets, surtout lorsque
l’objectif est de préparer et d’organiser des changements radicaux ou
des renversements au sein d’un peuple, et de le faire passer d’une
situation troublée et dégradée à une situation plus extrême et plus
basse, afin qu’il soit ensuite plus facile de planifier pour lui et de
l’orienter vers certaines situations qui lui imposent la soumission et
l’obéissance absolues. Quel était donc l’organisme de renseignement qui
l’avait chargé de réaliser cette étude et cette mission ?
Houari Boumediene
Il rejoignit la Révolution de libération en avril 1955 dans la zone
frontalière de l’Ouest algérien, après être arrivé de la République
d’Égypte avec un groupe de jeunes Algériens : Chenoufi Abdelkader (qui
devint connu sous le nom de « Si Abdelkader »), Arfaoui Mohamed Salah
(dont le nom révolutionnaire devint « Si Bousseif ») et Mengaoui Ali
(connu sous le nom de « Cheikh 78Senoussi »). Ils
arrivèrent tous à bord du navire « Dina », chargé d’armes, qui accosta
sur une petite côte près de la ville marocaine de Nador en mars 1955.
Cette opération fut supervisée – comme on le sait – et organisée au
Caire par M. Ahmed Ben Bella.
La direction de la Révolution, représentée par le chef Larbi Ben
M’hidi et son adjoint Abdelhafid Boussouf, procéda ensuite à la
nomination de ces jeunes ayant rejoint la Révolution comme chefs de
secteurs dans différentes régions de l’Ouest algérien.79
Houari Boumediene fut exclu de ces nominations. Il disparut bientôt des
regards pendant plus d’un mois, puis reparut dans la région. Larbi Ben
M’hidi confia alors son cas à Abdelhafid Boussouf en lui disant : « …
Je n’ai pas trouvé quoi faire de cet homme… À toi de t’occuper de son
cas… » Celui-ci s’empressa alors de le nommer instructeur général de
l’armée. Il est certain qu’il n’exerça cette fonction sur le terrain
révolutionnaire que pendant une courte période, puis se rendit
rapidement avec Abdelhafid Boussouf dans la ville d’Oujda, où leur
direction s’installa effectivement. Là, il commença à gravir les grades
et les responsabilités militaires dans l’environnement de la caserne «
Larbi Ben M’hidi » de la même ville, jusqu’à atteindre la plus haute
responsabilité dans l’armée de la Révolution de libération : chef
d’état-major. Il est évident que toutes ces responsabilités et ces
grades militaires ne résultaient ni de son engagement dans le champ de
la Révolution ni de la multiplicité de ses confrontations à ses dangers,
ni de sa participation aux batailles et de son éclat dans celles-ci. Il
est réellement remarquable que cet homme ait « récolté » ou qu’il ait
été couvert de tous les exploits héroïques de la Révolution de
libération, puis qu’il ait, à partir de là, accaparé à lui seul la «
direction » à l’époque de l’indépendance, alors qu’il ne80
fut jamais l’un de ses véritables héros. Comment aurait-il pu l’être
alors qu’il ne participa jamais à aucune de ses batailles et qu’aucune
balle ne sortit de son arme en direction de l’armée ennemie, malgré sa
présence, à certaines occasions – avant son départ pour la ville d’Oujda
-, dans l’environnement de ces batailles et à proximité ? Peut-être
veillait-il – comme l’ont dit certains moudjahidine que j’ai interrogés
à ce sujet – à s’en tenir à sa responsabilité d’observateur uniquement,
depuis une position sûre et protégée. Il avait naturellement, en cela,
un plan et des calculs personnels, chose qui ne venait pas à l’esprit
des moudjahidine combattants lorsqu’ils affrontaient l’armée ennemie
dans un esprit de djihad rempli d’esprit de sacrifice national. Mais,
tout à l’opposé de cela, dans un autre domaine, celui de la perfidie et
des complots, il eut un rôle décisif dans le meurtre et l’assassinat de
nombreux véritables héros de la Révolution, que ce soit durant celle-ci,
tels « Ogb-Ellil », Bousseif, El Yemeni et Zoubir, ou à l’époque de
l’indépendance, tels Khider, Krim Belkacem, Chaabani et beaucoup
d’autres.
Après l’indépendance, il occupa le poste de ministre de la Défense
nationale, alors qu’Ahmed Ben Bella était président de la République.
Peu après, il mena contre lui un coup d’État militaire le 19 juin 1965.
Fait étonnant, le peuple algérien continua à célébrer ce coup d’État
militaire comme une victoire venant s’ajouter aux victoires de la
Révolution de libération. En réalité, il fut comme le premier choc
violent reçu par le peuple algérien dans son unité et son harmonie.
Houari Boumediene fut ainsi le premier à établir un système politique
fondé, d’une part, sur un pouvoir et une domination militaires ; d’autre
part, sur une administration bureaucratique francophone ayant hérité des
méthodes du colonialisme – répression, interdictions, obstacles et
entraves – ; et, troisièmement, sur les orientations et les démarches de
l’Internationale communiste. Ainsi, ce système politique répressif, qui
maltraitait et n’hésitait même pas à assassiner tout opposant ou toute
personne en désaccord avec le régime au nom de la Révolution et du
patriotisme, conduisit, dis-je, à ébranler la société algérienne et à
provoquer un grand trouble dans son identité et sa personnalité
culturelle. Ce système et cette méthode politique répressive, qui
dissimulaient l’Internationale communiste et affichaient « l’arabité et
l’islam » durant toute la période 1965-1978, constituèrent
l’environnement social et psychologique dégradé propice à la naissance
et à l’apparition d’un autre type d’extrémisme – en réaction -, à savoir
l’extrémisme religieux dont les traits, les significations et les
dimensions se manifestèrent dans le phénomène du « terrorisme » en
1992.
Houari Boumediene mourut alors qu’il était président de l’État
algérien, à la suite d’un accident cérébral rare, en 1978.
CONCLUSION – La Révolution et les criminels de la Révolution
Les criminels durant la Révolution de libération (1954-1962), qui
commirent les formes les plus abominables de terreur et de tueries,
publiquement ou secrètement, en dehors des lieux de combat, du champ des
batailles et des affrontements directs, et en dehors de toute
considération humaine et morale, formaient, dis-je, des bandes
différentes et diverses, aussi bien par leur nature et leur identité que
par les causes et les circonstances de leurs crimes. Malgré cela, on
peut dire que ces bandes qui exerçaient le métier de tuer se
ressemblaient dans une large mesure, notamment par leur tendance barbare
et agressive et par leurs méthodes de trahison, d’intrigue et de
complot.
Il y avait les soldats et les officiers de l’armée française, puis
les mercenaires, les haineux et les racistes parmi les colons. Ceux-ci
pratiquèrent sans relâche la terreur et les tueries, utilisant les
techniques de guerre les plus meurtrières, les plus viles et les plus
barbares. Ils menèrent donc, avec certitude, une guerre de croisade
visant à éliminer tout un peuple de l’histoire, voire de l’existence, en
plus de détruire la nature et de brûler la terre et les montagnes.
Il y avait d’autres criminels, issus du groupe des traîtres et des
harkis. C’étaient des Algériens qui ne s’étaient pas contentés de se
soumettre au régime colonial et de s’y intégrer, mais avaient choisi de
lier leur existence et leur destin à la France coloniale. Ils se mirent
à tuer hommes, femmes et enfants sous l’effet de la rancœur et de la
haine, imprégnés d’un esprit de vengeance et guettant tout Algérien
patriote qui refusait de se soumettre à l’autorité et au pouvoir du
colonialisme.
Il y avait aussi des criminels et des tueurs venus de l’intérieur des
rangs de la Révolution de libération. Ceux-ci se frayèrent un chemin
dans la Révolution de libération en adoptant la liquidation physique et
les assassinats comme méthode et comme ligne de conduite. Cette méthode
terroriste resta dissimulée dans les événements de la Révolution, cachée
derrière ses slogans et revêtue de ses principes et de ses objectifs. Le
projet de ces éléments de la direction de la Révolution – en tant
qu’individus ou groupes – dépassait, dans ses visées, la Révolution de
libération et ses objectifs idéaux, et se projetait vers les horizons de
l’avenir, là où se situaient pour eux les véritables objectifs attendus
: la prise du pouvoir et le système politique qui en découlerait lorsque
l’Algérie deviendrait libre et indépendante. Ce groupe de dirigeants
possédait une conscience aiguë et veillait avec le plus grand soin à ne
pas s’aventurer ni se jeter directement dans les terreurs de la
Révolution sous le seul effet de l’impulsion du sacrifice national.
Certains d’entre eux, dans l’Ouest algérien, n’hésitèrent donc pas à
transférer leur direction dans la ville marocaine d’Oujda – c’est-à-dire
à transférer hors des frontières de la Révolution la direction militaire
de la Révolution dans l’Ouest algérien – et se consacrèrent dès lors à
fomenter intrigues et complots. Ils mirent en place, pour cette mission
et dans ce but, un système de renseignement et de police secrète, comme
cela a déjà été indiqué. Ils frappèrent ainsi par derrière et trahirent
tout révolutionnaire ou héros qui leur demandait de revenir sur le champ
de bataille et de participer directement à la Révolution, au lieu de se
positionner hors des frontières algériennes et de diriger les
moudjahidine depuis là-bas ; ou qui critiquait et s’opposait à leurs
comportements obscurs et tortueux ; ou qui tentait de poser des
questions et de s’informer sur l’utilisation des fonds de la Révolution
ou leur gaspillage à des fins et intérêts personnels ; ou encore toute
personne qui dénonçait les agissements de certains membres de cette
direction suspecte dans la ville d’Oujda, ou découvrait les secrets et
les plans qu’elle cachait et qui n’avaient aucun lien avec les exigences
et les orientations de la Révolution. Pour tout cela, et pour d’autres
raisons qui demeurent encore cachées, ils frappèrent par derrière et
trahirent tout authentique chef révolutionnaire ferme dans ses
positions, ou dont la personnalité révolutionnaire, par le travail de
terrain et la lutte, laissait apparaître certains traits de leadership,
de détermination, d’audace et d’initiative. Ces qualités constituaient
pour eux un obstacle et une menace directe, que ce soit pour l’exécution
de leurs objectifs, apparents ou cachés, dans le présent ou l’avenir, ou
pour ce qui concernait leur fuite, la poursuite de leur dissimulation et
l’évitement des terreurs de la Révolution.
C’est ainsi, et pour tout cela, que la direction du groupe d’Oujda
n’hésita pas à assassiner les meilleurs hommes de la Révolution et ses
héros éminents dans la zone frontalière occidentale, tels « Ogb-Ellil »,
Bousseif, El 81Yemeni et Zoubir.82
En vérité,83 chacun de ces martyrs constituait,
à des degrés divers, une source d’inquiétude pour ce groupe, notamment
sur les questions liées à l’accaparement du pouvoir et des fonds de la
Révolution et au séjour dans la ville d’Oujda, ainsi qu’à la révélation
de ses secrets et de ses complots devant tous les moudjahidine.
Fait étonnant et surprenant – et, dis-je, relevant de la ruse et de
la tromperie -, cette direction conspiratrice exécuta ses crimes contre
cette élite de héros de la Révolution, comme contre d’autres hommes de
la Révolution qui s’opposaient à elle, sous le couvert de « l’intérêt de
la Révolution ». Cet intérêt qui, selon leurs mensonges et leurs
prétentions, était absent et ne se trouvait pas dans l’esprit ni dans
les actes de ces héros révolutionnaires alors qu’ils menaient sur le
terrain bataille après bataille contre l’armée ennemie coloniale, à
l’intérieur de la terre de la Révolution ; tandis que l’intérêt de la
Révolution était présent et incarné dans leurs propres personnes alors
qu’ils menaient une vie de tourisme et de débauche, dormaient chaque
jour profondément dans des lits à Oujda et se réveillaient chaque fois
en sécurité et en paix ?
De tout ce qui précède, je conclus qu’il y a une immense différence
entre la révolution de ces conspirateurs, qui restèrent dissimulés dans
les lignes arrière dans la ville marocaine d’Oujda, et la révolution
d’Ogb-Ellil et des moudjahidine comme lui : une révolution authentique
et sincère qui portait en elle les significations les plus profondes du
sacrifice pour libérer la patrie de l’emprise du colonialisme. N’est-ce
pas lui qui disait : « Combien cela m’a fait souffrir et m’a peiné,
alors que les circonstances m’ont contraint à passer la nuit dernière
dans un lit dans la ville d’Oujda. Et combien est grande la tranquillité
que je ressens aujourd’hui, alors que je dors appuyé sur un bâton dans
ce ravin sauvage de la terre d’Algérie. Je jure par Dieu, le Très-Haut,
que je ne passerai plus jamais une nuit dans un lit tant que la
Révolution sera en cours, sinon je ne serai pas cet homme qui mérite
d’être appelé “Ogb-Ellil”.84 »
-
Le martyr Bousseif est « Arafoui Mohamed Salah », chef
du troisième secteur.↩︎ -
Le moudjahid « Antar » est Sahnoun Mohamed. Devenu l’un
des moudjahidine âgés, il réside au village de Hennaya, wilaya de
Tlemcen.↩︎ -
Zegdouna : village situé entre Hammam Bougrara et le
village de Sabra.↩︎ -
L’ECHO D’ORAN↩︎
-
Les défendre.↩︎
-
Peut-être les moudjahidine qui ont connu « Boumediene »
pendant la Révolution et après la Révolution ont-ils reconnu en lui de
telles qualités.↩︎ -
Cette phrase était le slogan de la première génération
des héros de la Révolution et des moudjahidine.↩︎ -
La majorité d’entre eux arrivèrent au douar « El Hsainat
», territoire situé aux abords de Sabra du côté sud. Les habitants d’«
El Hsainat » les accueillirent avec beaucoup d’enthousiasme, puis les
répartirent entre les différentes familles. Ce fut l’une des plus
grandes manifestations de solidarité qui caractérisèrent la société
algérienne pendant la Révolution de libération.↩︎ -
Ces hommes appartiennent à différentes familles dont la
filiation remonte toutes à « Sidi Bouzid » : les familles Ben Malek, Ben
Ghlima, Essaïm, Ben Ammar, ainsi que la famille Bouzidi. Il va sans dire
que le nombre de martyrs de la famille Bouzidi s’élève à 67 ; ils
constituaient l’ensemble de ses jeunes et de ses hommes à cette
époque.↩︎ -
Socomat : elle attirait alors de nombreux ouvriers
algériens qui travaillaient au creusement de la conduite d’eau reliant
le barrage de « Beni Bahdel » à la ville d’Oran.↩︎ -
L’O.S↩︎
-
Turenne↩︎
-
L’O.S↩︎
-
Il sera question de la nomination des premiers chefs et
des secteurs dans la partie consacrée à l’organisation du cinquième
secteur.↩︎ -
On sait que Si Ahmed Bouzidi est celui qui donna au
martyr Ferraj le nom d’« Abdelmoumen ».↩︎ -
Ce héros tomba en martyr dans la région d’Aflou, en
1959.↩︎ -
Comme Tayeb Larbi.↩︎
-
Il accomplissait cette mission dans différentes zones,
telles que Bouhlou, Sidi Moudjahid et Taghalimet.↩︎ -
Telle est l’image de l’homme appelé « El Mamoun »,
telle qu’elle s’est dessinée dans mon esprit après l’avoir vu pour la
première fois, alors que je n’avais pas plus de neuf ans et que
j’accompagnais mon père « Ogb-Ellil » lors d’une de ses visites chez
lui, sur le territoire de « Moutas », dans les quelques jours qui
précédèrent le déclenchement de la Révolution de libération.↩︎ -
Les mouvements et partis politiques du mouvement
national se divisaient, du point de vue de leurs orientations et de
leurs revendications, en une catégorie qui aspirait à l’intégration dans
la société française et une autre dont les orientations reposaient sur
la réforme sociale et religieuse. Parmi la première catégorie figuraient
le Parti communiste algérien, les élus musulmans, l’Union des députés et
le Parti du Manifeste. Parmi la seconde figurait l’Association des
oulémas musulmans algériens, tandis que le Parti du peuple algérien
réclamait l’indépendance et la liberté.↩︎ -
Le dirigeant du mouvement national est « Messali Hadj
», qui dirigeait alors le Mouvement pour le triomphe des libertés
démocratiques.↩︎ -
El Khemis : village des Beni Snous, situé à l’ouest de
la ville de Tlemcen.↩︎ -
L’O.S↩︎
-
Il n’est pas exclu que cette opération et le choix de
son lieu aient été décidés lors de la rencontre qui réunit cette élite
de moudjahidine le 15 octobre 1954 au village de Beni Snous.↩︎ -
L’O.S↩︎
-
Ahmed El Wahrani, qui devint l’adjoint militaire au
sein de la direction du cinquième secteur.↩︎ -
Mohand Lahcen « Ogb-Ellil ».↩︎
-
L’O.S↩︎
-
Les secteurs↩︎
-
Les secteurs↩︎
-
Il s’agit de la famille Bouzidi.↩︎
-
Les groupes d’émigrés et de moussebiline : ce sont les
éléments civils, ou « militants », qui accompagnent les moudjahidine
afin d’être préparés et entraînés avant de rejoindre ensuite les rangs
des moudjahidine.↩︎ -
« Ogb-Ellil » donna à ce moudjahid, originaire du Rif,
le nom de « Brixi », d’après l’une des familles citadines résidant dans
la ville de Tlemcen. Son but – comme il l’expliqua à ses compagnons
moudjahidine – était de faire comprendre à la police coloniale que les
hommes de la Révolution ne venaient pas seulement, comme elle
l’imaginait, de la campagne et du monde rural où régnaient la souffrance
et la pauvreté, mais qu’ils venaient également des villes et des
familles aisées. Il s’agissait d’une Révolution de libération globale et
générale.↩︎ -
Sur cette terre isolée de « Zegdouna », dépourvue
d’habitants, une maison fut construite pour la famille d’« Ogb-Ellil »
après que le colonialisme eut détruit la mechta de « Timexsalet », où se
trouvait leur résidence d’origine, à la fin de l’année 1955. Quelques
mois à peine s’écoulèrent avant que l’armée coloniale ne découvre cette
nouvelle maison par l’intermédiaire des « vendeurs ». Elle la fit alors
exploser entièrement avec tout ce qu’elle contenait, après avoir fait
sortir l’épouse d’« Ogb-Ellil » et ses enfants et les avoir contraints à
s’éloigner et à quitter les lieux.↩︎ -
Le poste de Dar Miloud Ould El Caïd n’est séparé de la
bande frontalière que par une courte distance. Il se situe du côté sud
du début de la route reliant les frontières algérienne et marocaine.↩︎ -
Arbaoui Abdallah Nahrou : ce moudjahid héros occupa,
après l’indépendance, durant la période 1973-1978, le ministère des Eaux
et de l’Irrigation. Après son éviction du ministère, il subit de fortes
pressions, au point d’être contraint de quitter l’Algérie. Il revint
ensuite dans la ville de Tiaret, où il vécut comme un simple citoyen
jusqu’à sa mort en septembre 2001.↩︎ -
Parmi eux se trouvaient certains appelés algériens,
dont le martyr Krib Ahmed, dit « Ahmed Ould Lm’qadem », qui était en
contact clandestin avec l’organisation de la Révolution. Cela lui permit
de préparer et d’organiser les faits de l’attaque depuis l’intérieur de
la caserne militaire, ce qui joua un rôle décisif dans la réussite
complète de cette opération.↩︎ -
Dans les différents autres secteurs, les moudjahidine
désignaient les moudjahidine du cinquième secteur comme les soldats
d’Ogb-Ellil.↩︎ -
Les quartiers populaires, tels El Kalaa, El Medress,
Sidi El Haloui et Agadir.↩︎ -
L’attaque de l’usine textile (M.T.U), puis l’attaque du
restaurant « L’Auberge », à l’intérieur duquel se trouvait un groupe
d’officiers de l’armée française et de sa police.↩︎ -
Peu de temps s’écoula avant que la nouvelle de ce
groupe installé dans la région d’« Ouled Riyah » n’arrive à « Boussouf
», qui se hâta à son tour de contacter « Ogb-Ellil » en lui demandant
d’arrêter ce « groupe », ou d’en tuer les membres s’il doutait d’eux. «
Ogb-Ellil » chargea de cette mission le moudjahid « Ben Ziane », chef
d’un groupe. Celui-ci les trouva dans la maison de « Ben Touat », où ils
étaient cachés et attendaient de prendre contact avec les moudjahidine.
Après s’être renseigné à leur sujet, il constata qu’il s’agissait de
jeunes, parmi lesquels « Lotfi », portant des vêtements militaires et
armés, qui souhaitaient rejoindre l’organisation de la Révolution. Le
moudjahid « Ben Ziane » retourna alors auprès de son chef, convaincu de
la réalité de leur situation, ce qui le conduisit à ne rien exécuter des
ordres venus de la direction depuis la ville d’Oujda.↩︎ -
Ce militant, qui rejoignit les moudjahidine après cette
opération, est Dahmani Ben Omar.↩︎ -
25ق↩︎
-
La rencontre eut lieu dans la maison de la famille «
Mezouar », où cette quantité de « munitions » fut organisée et préparée
afin d’être distribuée dans les différentes directions à travers les
secteurs.↩︎ -
Un groupe d’éléments fidai participa à cette opération
de fedayin en raison de sa difficulté et de son importance. La personne
principale fut le moudjahid « Ben Dahmane Mohamed », puisqu’il était le
chauffeur du « gouverneur », puis le fedai audacieux appelé « Mami »,
ainsi que Boujemaa, El Ayouni Ben Dahmane, Rachid Ben Demrad, Mohamed
Bakhti, Hamadi Bousseif, Larbi, Rachid Ben Bilal, Boudkhil et Mohamed
Triki, le pharmacien qui fournit à l’unité de fedayin des « rouleaux »
utilisés pour mettre le feu et incendier l’administration coloniale.↩︎ -
La mechta de Melilia est située à l’ouest du village de
Hennaya, wilaya de Tlemcen.↩︎ -
La martyre Ferouani Yamna : les soldats du colonialisme
la tuèrent au même endroit après qu’elle eut nié la présence des
moudjahidine, alors qu’ils savaient tout. Ils tuèrent également la
martyre Mostefaoui Fatma pour la même raison.↩︎ -
Le moudjahid Hedjadji Ahmed survécut parmi ce groupe
alors qu’il avait été compté parmi les morts. Un élément de l’armée
ennemie découvrit que l’homme respirait encore ; il fut transporté à
l’hôpital et la vie lui fut accordée jusqu’à notre époque. C’est ce
moudjahid qui eut l’amabilité de me communiquer le contenu de la
conversation qui avait eu lieu entre eux à l’intérieur de la « cache »,
et qui me remit également les photographies des martyrs.↩︎ -
Les moussebiline : ce sont des militants qui
accompagnent les moudjahidine afin d’être entraînés et préparés à
rejoindre les moudjahidine.↩︎ -
M. Abdelkrim Hassani a mentionné cette mitrailleuse et
sa valeur dans son livre Guérilla sans visages, p. 46.↩︎ -
« Et Tlemcen, avec Sabra, sa patience ; El Mokhtar y
est venu, avançant fièrement. Et Barbata, perle de son Ouest ; un fleuve
lui vient du sud, grondant. » Ces vers furent dits à la prison de
Serkadji, dans la capitale, lorsque l’un d’eux apprit ce qu’« Ogb-Ellil
» El Mokhtar avait fait à l’armée coloniale dans l’oued Barbata, à
Sabra.↩︎ -
L’ECHO D’ORAN↩︎
-
Turenne : c’est aujourd’hui Sabra.↩︎
-
El Mokhtar Bouzidi : c’est Ogb-Ellil.↩︎
-
Dragon↩︎
-
« Hors-la-loi », « rebelles » et « fellagas » : ce sont
des appellations synonymes par lesquelles le colonialisme français
désignait les révolutionnaires et les moudjahidine.↩︎ -
Si Hocine : c’est un journaliste égyptien dont le vrai
nom est Jamil Aref, rédacteur au magazine Akher Saa. Il entra en Algérie
par la Tunisie afin de réaliser une enquête sur la Révolution
algérienne. Il poursuivit cette mission à travers les réseaux de liaison
de la Révolution jusqu’à parvenir à la zone frontalière occidentale. Il
se retrouva alors dans le cinquième secteur, dirigé par « Ogb-Ellil ».
Il se retrouva même au milieu d’une bataille où il faillit être tué,
n’eût été la résistance acharnée des moudjahidine et l’intensité de leur
résistance ; il fut évacué avec une extrême difficulté. L’important est
que ce courageux journaliste égyptien traversa la Révolution de l’est à
l’ouest et n’eut l’occasion d’assister directement à une bataille entre
les moudjahidine et l’armée française que lorsqu’il accompagnait «
Ogb-Ellil ».↩︎ -
Ceci est la traduction du rapport qui était
dactylographié en caractères latins (langue française).↩︎ -
C’est précisément à partir de ce point que l’on peut
expliquer comment le groupe d’Oujda, immédiatement après l’indépendance
– sous la direction de « Boussouf » dans l’ombre et de « Boumediene »
ouvertement – parvint à éliminer tous les autres centres de pouvoir de
la Révolution, puis à monopoliser ensuite le gouvernement et le
pouvoir.↩︎ -
Ces jeunes sont : Abou Mediene Abou Bakr, Abdelhamid
Cherif Ben Moussa, Mustapha El Hassar, Djellali Kara Slimane, dit «
Djelloul ».↩︎ -
« Ogb-Ellil » prit conscience de tels contacts secrets
grâce aux informations que lui transmettaient certains de ses éléments
ayant rejoint les rangs de l’ennemi à l’intérieur du poste colonial de
Sidi Moudjahid, tout en restant en contact avec l’organisation de la
Révolution. On sait que ce poste comptait parmi les postes coloniaux les
plus dangereux de la région, que ce soit pour la collecte des
informations, les assassinats secrets ou la torture. Il est peut-être
utile de signaler ici que le martyr Hamidi Tahar, dit « Zoubir », héros
et chef révolutionnaire éminent, découvrit lui aussi l’existence de ces
communications radio inconnues et accusa la direction d’Oujda d’être à
l’origine de leur fabrication et de leur orientation vers les postes
ennemis, dans le but de conspirer et de tuer indirectement certains
chefs de la Révolution qui s’opposaient à elle. Il l’accusa également de
complot et de meurtre contre de nombreux héros de la Révolution. Il la
considéra en outre – la direction d’Oujda – comme illégitime et
extérieure au cadre de l’organisation révolutionnaire. Pour cette
raison, cette direction prépara contre lui un grand complot qui se
termina par son assassinat en 1961.↩︎ -
On sait qu’« Ogb-Ellil » excellait dans la collecte de
sommes considérables pour la Révolution, allant très loin dans cette
opération lorsqu’il imposa secrètement à de nombreux colons le paiement
de cotisations mensuelles à la Révolution, après les avoir menacés
d’incendier et de détruire leurs fermes et leurs biens.↩︎ -
Un militant nommé Mohamed El Bouri assurait son
transport vers la ville de Nador.↩︎ -
Il apparut par la suite que la personne chargée par la
direction d’Oujda d’assassiner « Ogb-Ellil » était le commandant «
Abdelwahab », un homme de ce groupe connu pour l’ivrognerie et la
débauche dans la ville d’Oujda. Cet homme resta en contact permanent
avec le président Boumediene après le coup d’État du 19 juin 1965.↩︎ -
Le régionalisme : c’est le sentiment et la perception
que les individus lient leur destin à une région déterminée de la patrie
et s’y attachent avec fanatisme. Il constitue un vestige de l’esprit
tribal et de la vie primitive.↩︎ -
Le père de ce moudjahid, « Ben Bilal Ali », résidait
dans la ville d’Oujda et était gravement malade. Cela le conduisit à
contacter « Ogb-Ellil » pour lui exprimer son désir de rencontrer et de
voir son fils après en avoir été séparé depuis longtemps. On sait que la
vie fut accordée à ce jeune moudjahid, qui rejoignit les rangs de la
Révolution à un âge précoce et participa durant celle-ci à plusieurs
batailles. Après l’indépendance, il occupa la fonction de chef de daïra
d’Oran, puis de bâtonnier des avocats dans cette même ville.↩︎ -
La direction d’Oujda s’empara ensuite de ces fonds. Une
personne parmi celles à qui ils avaient été confiés révéla leur
emplacement, par peur, par désir de satisfaire cette direction ou pour
se prémunir contre son mal.↩︎ -
Le moudjahid Chenouf Mohamed, dit « Si Abdelkader »,
arriva d’Égypte à bord du navire « Dina » chargé d’armes. Il était
accompagné de Houari Boumediene, d’Arafoui Mohamed, dit « Si Bousseif »,
originaire d’Oued Zenati, et de Mengari Ali, dit « Cheikh Senoussi »,
originaire de Lakhdaria. On sait que ce navire accosta en mars 1955 dans
un petit mouillage proche des côtes marocaines de Nador, non loin des
côtes algériennes.↩︎ -
Des éléments des services de renseignement de «
Boussouf » l’amenèrent à la séance du complot après lui avoir barré la
route dans une rue et l’avoir contraint à monter avec eux dans la
voiture, en lui faisant croire que la direction l’attendait pour une
affaire grave et importante.↩︎ -
C’était une habitude d’« Ogb-Ellil », avant et pendant
la Révolution, que de commencer par donner une friandise à toute
personne qu’il rencontrait avant de prendre la parole, en signe
d’affection et de pureté d’âme. Il est évident que « Boussouf »
mentionna cette information à ce moment-là et devant tous afin d’attirer
leur attention sur le fait qu’il était l’homme qui connaissait les
moindres détails concernant les personnes et que rien ne lui échappait,
aussi insignifiant fût-il. C’est une méthode du travail de renseignement
destinée à effrayer les autres et, en même temps, à les menacer.↩︎ -
Peut-être cette feuille portant les noms de ceux qui
furent impliqués par leur signature est-elle encore conservée parmi les
documents privés que « Boussouf » déposa à son nom personnel dans une
banque en Italie, durant les dernières années de la Révolution.↩︎ -
J’ai exprimé, autant que possible, en langue arabe, par
des mots et des termes dont le sens correspond ou se rapproche de la
langue dialectale qu’ils employaient pendant le complot et que j’ai
moi-même entendue du moudjahid Chenouf Abdelkader.↩︎ -
Il s’agit de Bouzidi Kaddour, moudjahid invalide,
encore en vie. Il fut atteint de crises d’épilepsie et de troubles du
système nerveux après le complot contre son frère.↩︎ -
Abbadi : c’est Ogb-Ellil.↩︎
-
Abdelrazak Bakhti, tombé en martyr avec lui dans le
complot.↩︎ -
Parmi les paroles que chantaient les femmes de la
région dans les chants du « saff », après la disparition d’« Ogb-Ellil
», figuraient celles-ci : « Hana, hana ya El Mokhtar, où es-tu, alors
que la poudre retentit derrière toi ? » C’est-à-dire : comment peut-il y
avoir des batailles dans les montagnes alors que tu n’es pas présent
avec les moudjahidine ?↩︎ -
C’est ce qu’il m’a dit lors d’un entretien peu avant sa
mort en 1979. Il disait cela de temps à autre à tous ses visiteurs,
cherchant ainsi à écarter les soupçons sur l’origine de sa fortune,
surtout à l’étranger. Cette méthode est celle qui caractérisait son
travail de renseignement pendant la Révolution de libération : lancer
une rumeur en la diffusant parmi les gens, puis attendre qu’elle se
répande afin qu’elle se transforme ensuite en une « vérité » transmise
spontanément entre les gens.↩︎ -
L’auteur du livre « Houari Boumediene, le président
chef » a prétendu mensongèrement que, parmi ces jeunes arrivés à bord du
navire « Dina », Houari Boumediene était le superviseur et le premier
responsable de ce navire chargé d’armes. La vérité est différente : il
était le plus jeune de ses compagnons et celui dont la position et
l’importance étaient les moindres. L’auteur du livre a également affirmé
ailleurs que Houari Boumediene était l’adjoint du chef Larbi Ben M’hidi
dans la direction de la Révolution dans l’Ouest algérien. Il est connu
et certain que ce chef avait deux adjoints : Hadj Ben Alla et Abdelhafid
Boussouf, et cela avant même l’entrée de Boumediene dans la
Révolution.↩︎ -
Cela vint compléter le système de direction des
secteurs dans l’Ouest algérien. Une élite de ces chefs – chefs de
secteurs – avait déjà été nommée quelques mois auparavant. Elle se
composait de Bouzidi Ahmed (Si Ahmed), Bouzidi Mohamed (Ogb-Ellil),
Essaïm Abdelkader (Si Abdelkader) et Metaïch Abdelkader (Jaber). Celui
que l’on appelait « Ferraj » leur fut ajouté par la suite.↩︎ -
Si l’on considère que la qualité de héros
révolutionnaire se forge et s’acquiert sur le champ des batailles et
dans l’engagement acharné dans les actions révolutionnaires.↩︎ -
Bousseif : c’est le martyr Arafoui Mohamed Salah, chef
du troisième secteur. Un complot d’assassinat fut préparé contre lui en
1957, après qu’Abane Ramdane l’eut convaincu d’entrer dans la ville
d’Oujda pour rencontrer Boumediene et El Hansali au sujet de l’échange
des postes de responsabilité entre l’intérieur et l’extérieur. Il fut
alors liquidé, tandis qu’on lui fabriqua une accusation injuste, celle
d’avoir entretenu une relation avec une femme soldat.↩︎ -
El Yemeni : c’est le martyr Zahdour Abdelkhalek. Il
entra en conflit avec la direction d’Oujda après avoir pris connaissance
de certains de ses secrets. Boumediene le convoqua pour assister à une «
réunion » dans un lieu au sud d’Oujda, où il fut trompé et assassiné en
1959. Le bruit courut alors que le martyr El Yemeni avait recommandé à
son épouse d’informer la police marocaine s’il ne revenait pas de cette
« réunion ». Elle le fit, et la police marocaine d’Oujda enquêta auprès
de Boumediene sur la raison de la disparition de ce martyr.↩︎ -
Zoubir : c’est le martyr Hamidi Tahar. Il était chef de
région et annonça sa rupture avec la direction d’Oujda, demandant la
destitution de cette direction et son remplacement par une autre venue
de l’intérieur. Il demanda également qu’ils rendent compte de tous les
complots d’assassinat qu’ils avaient préparés contre les héros de la
Révolution et s’opposa à cette direction sur tout ce qui concernait le
gaspillage des fonds de la Révolution et la manière d’acheter les armes.
Le point le plus grave soulevé par ce chef martyr, et dont il accusa la
direction d’Oujda, fut la question des communications inconnues qui
partaient d’Oujda et parvenaient aux postes de l’armée coloniale, les
informant des jours et des heures de son passage ou de ses déplacements
avec des unités de ses soldats dans la zone frontalière. Ce martyr fut
assassiné en 1961 dans un complot qui prit des dimensions graves dans la
région d’« Aounia », au sud d’Oujda.↩︎ -
Il se plaignit en ces termes à l’un des moudjahidine
lorsque celui-ci s’approcha pour le réveiller alors qu’il dormait dans
cet état, dans l’un des ravins près de Wassar.↩︎
Dépôt légal : 2010-3677
ISBN : 978-9961-54-915-5
Dar El Gharb pour l’édition et la distribution
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